Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Ô émir, c’est la voie des faibles.» Alors an-Nuʿmân lui répondit : «Il m’est plus agréable d’être du nombre des faibles dans l’obéissance à Dieu que d’être parmi les forts et les puissants dans la désobéissance à Dieu.» Puis il descendit.

Cet homme écrivit à Yazīd pour l’en informer, et ʿAmâra ibn ʿUqba, ainsi que ʿAmr ibn Saʿd ibn Abī Waqqâṣ, écrivirent aussi à Yazīd. Celui-ci envoya alors une ordonnance destituant an-Nuʿmân du gouvernement de Kûfa et la rattachant à ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd, en plus de Baṣra, conformément à l’avis de Sarjûn, le mawlâ de Muʿâwiya. (Yazīd consultait souvent Sarjûn et ce dernier lui dit : «Aurais-tu accepté, de la part de Muʿâwiya, ce qu’il t’aurait conseillé s’il était encore en vie ?» Il répondit : «Oui.» Sarjûn ajouta : «Accepte donc mon conseil, car nul ne peut diriger Kûfa hormis ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd ; confie-lui donc cette mission.» En vérité, Yazīd détestait ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd et son intention était de le destituer de Baṣra. Mais il le nomma finalement gouverneur de Baṣra et de Kûfa à la fois, selon ce que Dieu avait décrété à son propos et à l’égard d’autres.) (1)

Ensuite, Yazīd écrivit à Ibn Ziyâd : «Quand tu seras parvenu à Kûfa, recherche Muslim ibn ʿAqîl ; si tu parviens à l’arrêter, tue-le ou bien exile-le.» Puis il envoya cette lettre et l’ordre d’investiture par l’intermédiaire de Muslim ibn ʿAmr al-Bâhilî. Ibn Ziyâd partit donc de Baṣra pour Kûfa et, lorsqu’il y entra, il dissimulait son visage derrière un turban noir. Il ne croisait pas un groupe de gens sans leur dire : «Que la paix soit sur vous !» et ils lui répondaient : «Et la paix soit sur toi, bienvenue, ô fils du Messager de Dieu !» — car ils pensaient qu’il était al-Ḥusayn qu’ils attendaient justement. Une foule nombreuse se regroupa autour de lui ; il arriva avec dix-sept cavaliers.

Alors, Muslim ibn ʿAmr, envoyé par Yazīd, leur déclara : «Éloignez-vous, voici l’émir ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd !» Lorsqu’ils le reconnurent, ils en éprouvèrent une grande tristesse. ʿUbayd Allâh leur confirma son identité, puis se rendit au palais du gouverneur de Kûfa. Lorsqu’il eut établi son autorité, il envoya le mawlâ (affranchi) d’Abû Ruhm — ou, selon une autre version, un de ses propres mawlas nommé Maʿqil —, avec trois mille dirhams, sous prétexte d’être un messager venant de Ḥimṣ, dans le but de prêter allégeance. Cet homme ruse pour découvrir la demeure où l’on prêtait serment à Muslim ibn ʿAqîl, jusqu’à ce qu’il y parvînt. C’était la maison de Hânī ibn ʿUrwa, dans laquelle ce dernier s’était installé après avoir quitté la précédente. Il y prêta allégeance, puis on le fit entrer auprès de Muslim ibn ʿAqîl. Il vécut avec eux plusieurs jours et découvrit la vérité sur leurs projets. Il remit la somme à Abû Thumâma al-ʿÂʾidhî (2), sur l’ordre de Muslim ibn ʿAqîl — c’était lui qui recueillait les fonds reçus et achetait les armes, et il comptait parmi les vaillants cavaliers arabes. Ensuite, ce mawlâ repartit informer ʿUbayd Allâh de la maison en question et de son propriétaire.

Pendant ce temps, Muslim ibn ʿAqîl quitta la demeure de Hânī ibn ʿUrwa al-Murâdî pour s’établir dans celle de Sharīk ibn al-Aʿwar, un des grands dignitaires. Il apprit qu’ʿUbayd Allâh envisageait de venir lui rendre visite et envoya donc dire à Hânī : «Fais venir Muslim ibn ʿAqîl dans ma maison, afin qu’il tue ʿUbayd Allâh (lorsqu’il viendra me voir).» Hânī s’exécuta, et Sharīk dit à Muslim : «Installe-toi dans la tente ; lorsque ʿUbayd Allâh sera assis, je demanderai de l’eau — ce sera pour toi le signal de sortir et de le tuer.» (3)

Lorsque ʿUbayd Allâh arriva, il s’assit sur le lit de Sharīk, en présence de Hânī ibn ʿUrwa. Se tenait également devant lui un serviteur appelé Mihrân. Ils échangèrent quelques propos, puis Sharīk déclara

(1) Entre les deux parenthèses, il n'y a pas de "b", et à sa place : « Il n'aimait pas 'Ubayd Allāh avant cela ». (2) Dans la copie : al-‘Āmirī. (3) Entre les deux parenthèses, il manque « d’ ».
أيها الأمير- مسلك المستضعَفين. فقال له النعمان: لأن أكون من المستضعَفين في طاعة اللَّه أحبُّ إليَّ من أن أكون من الأقوياء الأَعزِّين في معصية اللَّه. ثم نزل. فكتب ذلك الرجل إلى يزيد يُعلمه بذلك، وكتب إلى يزيد عمارة بن عقبة، وعمر بن سعد بن أبي وقاص. فبعث يزيد فعزل النعمالق عن الكوفة وضمَّها إلى عبيد اللَّه بن زياد مع البصرة، وذلك بإشارة سَرْجون مولى معاوية [وكان يزيد يستشيرُه، فقال سَرْجون: أكنت قابلًا من معاوية ما أشار به لو كان حيًّا؟ قال: نعم، قال: فاقبل منىِ فإنه ليس للكوفة إلّا عبيد اللَّه بن زياد فولِّه إياها. وكان يزيد يبغض عبيد اللَّه بن زياد، وكان يريد أن يعزله عن البصرة، فولّاه البصرة والكوفة معًا لما يريده اللَّه به وبغيره] (١) . ثم كتب يزيد إلى ابن زياد: إذا قدمتَ الكوفة فاطلُب مسلم بن عَقيل، فإنْ قدرتَ عليه فاقتلْه أو انفِه. وبعث الكتاب مع العهد مع مسلم بن عمرو الباهلي، فسار ابن زياد من البصرة إلى الكوفة، فلمّا دخلها دخلها متلثِّمًا بعِمامة سوداء، فجعل لا يمرُّ بملأ من الناس إلَّا قال: سلام عليكم. فيقولون: وعليك السلام، مرحبًا بابن رسول اللَّه - يظنون أنه الحسين وقد كانوا ينتظرون قدومه. وتكاثر الناس عليه، ودخلها في سبعة عشر راكبًا، فقال لهم مسلم بن عمرو الذي من جهة يزيد: تأخروا، هذا الأمير عبيد اللَّه بن زياد. فلمّا علموا ذلك عَلَيْهم كآبة وحزن شديد، فتحقَّق عبيد اللَّه الخبر، ونزل قصر الإمارة من الكوفة، فلما استقرَّ أمره أرسل مولى أبي رهم - وقيل: كان مولى له يقال له مَعْقل- ومعه ثلاثة آلاف درهم في صورة قاصد من بلاد حمص، وأنه إنما جاء لهذه البيعة، فذهب ذلك المولى، فلم يزل يتلطَّف ويستدلُّ على الدار التي يبايعون بها مسلم بن عَقيل حتى دخلها، وهي دار هانئ بن عروة التي تحوَّل إليها من الدار الأولى، فبايع، وأدخلوه على مسلم بن عَقيل، فلزمهم أيامًا حتى اطَّلع على جلية أمرهم، فدفع المال إلى أبي ثُمامة العائذي (٢) بأمر مسلم بن عَقيل -وكان هو الذي يقبض ما يُؤتى به من الأموال ويشتري السلاح، وكان من فرسان العرب- فرجع ذلك المولى، وأعلم عبيد اللَّه بالدار وصاحبها. وقد تحوَّل مسلم بن عَقيل إلى دار هانئ بن عروة المُرادي، ثم إلى دار شَريك بن الأعور - وكان من الأمراء الأكابر، وبلغه أن عبيد اللَّه يريد عيادته، فبعث إلى هانئ يقول له: ابعث مسلم بن عَقيل حتى يكون في داري ليقتل عبيد اللَّه [إذا جاء يعودني، فبعثه إليه، فقال له شَريك: كن أنت في الخباء، فإذ جلس عبيد اللَّه] (٣) فإني أطلب الماء -وهي إشارتي إليك- فاخرج فاقتُله. فلمَّا جاء عبيد اللَّه جلس على فراش شَريك وعنده هانئ بن عروة، وقام بين يديه غلام له يقال له مِهْران، فتحدَّث عنده ساعة ثم قال شَريك:
(١) ما بين حاصرتين ليس في ب، وفيها بدلًا عنه: ولم يكن يزيد يحب عبيد اللَّه قبل ذلك. (٢) في ط: العامري. (٣) ما بين حاصرتين سقط من أ.

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