Husayn déclara : « Ne devrais-je pas prêter allégeance ? Par Dieu, je pense que celui qui tuera Husayn verra sa balance allégée au Jour de la Résurrection (1). »
Al-Walîd envoya alors quérir ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr, qui refusa et le fit patienter un jour et une nuit. Finalement, Ibn az-Zubayr partit, accompagné de ses partisans, prit avec lui son frère Ja‘far et se rendit à La Mecque par la route d’al-Fur‘ (2). Al-Walîd dépêcha des hommes et des cavaliers à la poursuite d’Ibn az-Zubayr, mais ils ne purent le ramener. On rapporte que, chemin faisant, Ja‘far récita à son frère ‘Abd Allâh, en se référant aux vers de Ṣabrata al-Ḥanẓalî :
« Tous les fils d’une même mère connaîtront un certain soir…
Et il ne restera de leur descendance qu’un seul. »
‘Abd Allâh s’exclama : « Gloire à Dieu ! Pourquoi dire cela ? » Ja‘far répondit : « Par Dieu, je n’avais aucune intention de te causer du tort. » ‘Abd Allâh lui dit : « Même si ce n’est venu que spontanément à ta bouche, cela m’est odieux. » On dit qu’ils en prirent un mauvais présage (3).
Quant à al-Ḥusayn ibn ‘Alî, al-Walîd s’était occupé de la question d’Ibn az-Zubayr (4). Chaque fois qu’il mandait Ḥusayn, celui-ci répondait : « Attends, nous allons voir. » Puis il rassembla sa famille et ses enfants, et quitta Médine dans la nuit du dimanche, à deux jours de la fin du mois de Rajab de cette même année, une nuit après le départ d’Ibn az-Zubayr. Personne de sa famille ne resta en arrière, à l’exception de Muḥammad ibn al-Ḥanafiyyah. Ce dernier lui dit : « Mon frère, par Dieu, tu es la personne la plus chère à mes yeux ; je te donne donc un conseil sincère : ne rentre dans aucune de ces grandes villes. Installe-toi plutôt dans les déserts et les dunes et envoie des émissaires aux gens. S’ils te prêtent allégeance et se rallient à toi, rejoins-les (5). Si tu refuses d’habiter ailleurs que dans une cité, alors va à La Mecque. Si tu y trouves ce que tu souhaites, reste-y, sinon réfugie-toi dans les montagnes et les sables. » Ḥusayn lui répondit : « Que Dieu te récompense, tu m’as bien conseillé et fait preuve de compassion. » Il se mit donc en route vers La Mecque, où il retrouva Ibn az-Zubayr.
Ensuite, al-Walîd manda ‘Abd Allâh ibn ‘Umar et lui dit : « Prête allégeance à Yazîd. » Celui-ci répliqua : « Je le ferai quand les gens l’auront fait. » Un homme intervint : « Tu souhaites seulement que les gens divergent et s’entretuent jusqu’à leur anéantissement, afin que, lorsqu’il ne restera plus personne, tu prêtes alors allégeance ? » Ibn ‘Umar répondit : « Je ne partage rien de ce que tu dis, mais si tout le monde donne son allégeance et qu’il ne reste que moi, je la donnerai alors. » On le laissa tranquille, car on le redoutait (6).
Al-Wâqidî (7) rapporte que Ibn ‘Umar n’était pas à Médine lorsque parvint la nouvelle de la mort de Mu‘âwiya. Il se trouvait à La Mecque avec Ibn ‘Abbâs. Ḥusayn et Ibn az-Zubayr les rencontrèrent alors qu’ils en revenaient et leur demandèrent : « Quelles nouvelles rapportez-vous ? » Ils leur répondirent : « La mort de Mu‘âwiya et la bay‘a (allégeance) donnée à Yazîd. » Ibn ‘Umar leur dit : « Craignez Dieu et ne semez pas la discorde au sein de la communauté des musulmans. » Puis Ibn ‘Umar et Ibn