Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il avait alors trente-quatre ans. Il confirma les représentants de son père dans leurs provinces et n’en destitua aucun, ce qui témoignait de son intelligence (1).

Hishām ibn Muḥammad al-Kalbī (2) rapporte, d’après Abū Mikhnaf Lūṭ ibn Yaḥyā al-Kūfī l’historien, que Yazīd accéda au pouvoir au début du mois de Rajab de l’an soixante. À cette époque, al-Walīd ibn ʿUtba ibn Abī Sufyān était gouverneur de Médine, al-Nuʿmān ibn Bashīr gouverneur de Kūfa, ʿUbayd Allāh ibn Ziyād (3) gouverneur de Basra, et ʿAmr ibn Saʿīd ibn al-ʿĀṣ gouverneur de La Mecque. À peine investi, Yazīd n’eut pour principale préoccupation que de solliciter la bayʿa (allégeance) de ceux qui, sous Muʿāwiya, avaient refusé de lui prêter serment.

Il écrivit donc à al-Walīd ibn ʿUtba, gouverneur de Médine :

« Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. De Yazīd, Commandeur des croyants, à al-Walīd ibn ʿUtba. Ceci dit, Muʿāwiya était l’un des serviteurs de Dieu ; Dieu l’a comblé d’honneur, lui a donné la succession, l’a favorisé et lui a accordé la victoire. Il a vécu selon un destin tracé et s’en est allé en son terme. Que Dieu lui fasse miséricorde, car il a vécu dans la louange et il est mort pieux et dévoué. Salut. »

Puis il lui adressa un billet de la taille d’une « oreille de souris », disant : « Après quoi, tu prendras fermement la bayʿa de Ḥusayn, ʿAbd Allāh ibn ʿUmar et ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr, sans leur laisser aucune marge, jusqu’à ce qu’ils s’y conforment. Salut. »

Lorsque la nouvelle du décès de Muʿāwiya parvint à al-Walīd, il en fut bouleversé. Il convoqua Marwān, lui lut la missive et le consulta au sujet de ces hommes. Marwān déclara : « À mon avis, fais-les venir avant qu’ils ne soient informés de la mort de Muʿāwiya afin de leur exiger la bayʿa. S’ils refusent, tu leur trancheras la tête. » Aussitôt, il dépêcha ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn ʿUthmān ibn ʿAffān auprès de Ḥusayn et de Ibn al-Zubayr – qui se trouvaient dans la mosquée – pour leur dire : « Répondez à l’appel de l’émir. » Ils répliquèrent : « Rentre, nous allons venir. » Une fois parti, Ḥusayn dit à Ibn al-Zubayr : « Je pense que leur tyran est mort. » Ibn al-Zubayr répondit : « Je n’imagine rien d’autre. »

Ḥusayn se leva alors, prit avec lui ses hommes et se rendit à la porte du gouverneur. Après avoir demandé l’autorisation d’entrer, il pénétra seul, laissant ses compagnons dehors en leur disant : « Si vous entendez la moindre chose suspecte, entrez. » Il salua, s’assit et vit Marwān auprès du gouverneur. Al-Walīd lui remit la lettre et lui annonça la mort de Muʿāwiya. Ḥusayn prononça la formule de rappel à Dieu, puis dit : « Que Dieu fasse miséricorde à Muʿāwiya et qu’Il t’accorde une grande récompense. » Le gouverneur l’invita alors à prêter allégeance. Ḥusayn répondit : « Il ne convient pas qu’une personne comme moi prête serment en secret. Je constate que cela ne te suffirait pas ; mais quand les gens seront rassemblés, convoque-nous et nous le ferons d’une seule voix. » Al-Walīd, soucieux d’éviter le trouble, lui dit : « Va donc, au nom de Dieu, et reviens quand les gens seront réunis. »

Marwān s’écria alors : « Par Dieu, si tu le laisses partir sans qu’il prête serment immédiatement, il y aura bientôt beaucoup de sang entre vous et lui. Garde-le ici et ne le relâche pas tant qu’il n’aura pas prêté allégeance, ou bien tranche-lui la tête. » Ḥusayn se dressa et dit : « Fils de la femme à la robe bleue, c’est toi qui oserais me tuer ? Par Dieu, tu mens et tu commets un abus ! » Puis il rentra chez lui. Marwān déclara à al-Walīd : « Par Dieu, tu ne le reverras jamais plus. » Al-Walīd répondit : « Par Dieu, ô Marwān, je ne voudrais pas, même en échange du monde et de tout ce qu’il contient, que je tue Ḥusayn. Gloire à Dieu ! Vais-je tuer… »

(1) Sa parole : « Ceci relève de son intelligence » ne figure ni dans al-M ni dans l’Histoire de al-Tabarî (vol. 5, p. 338). (2) Al-Histoire de al-Tabarî (vol. 5, p. 338). (3) Dans l’édition imprimée, il y a une altération qui donne : « ʿAbd ». (4) Le terme « faẓʿ » est dérivé d’une circonstance ; il signifie « faẓīʿ », c’est-à-dire « terrible » ou « intense ».
ابن أربع وثلاثين سنة. فأقرَّ نوابَ أبيه على الأقاليم، ولم يعزل أحدًا منهم. وهذا من ذكائه (١) . قال هشام بن محمد الكلبي (٢) : عن أبي مِخْنف لوط بن يحيى الكوفي الأخباري: ولي يزيد في هلال رجب سنة ستين، وأميرُ المدينة الوليد بن عتبة بن أبي سفيان، وأميرُ الكوفة النعمان بن بشير، وأميرُ البصرة عبيد (٣) اللَّه بن زياد، وأميرُ مكة عمرو بن سعيد بن العاص. ولم يكن ليزيد همَّة حين ولي إلَّا بيعة النفر الذين أَبَوْا على معاوية البيعة ليزيد، فكتب إلى نائب المدينة الوليد بن عتبة: "بسم اللَّه الرحمن الرحيم. من يزيدَ أمير المؤمنين إلى الوليد بن عتبة، أما بعد، فإنَّ معاوية كان عبدًا من عباد اللَّه، أكرمه اللَّه واسثخلفه، وخوَّله ومكَّن له، فعاش بقدر، ومات بأجل، فرحمه اللَّه، فقد عاش محمودًا، ومات بَرًّا تقيًّا، والسلام" . وكتب إليه بصحيفة كأنها أُذن الفأرة: "أمَّا بعد، فخذ حسينًا، وعبد اللَّه بن عمر، وعبد اللَّه بن الزُّبَير بالبَيْعة أخذًا شديدًا ليس فيه رخصة حتى يبايعوا، والسلام" . فلما أتاه نَعْيُ معاوية فَظُعَ (٤) به وكبُرَ عليه، فبعث إلى مروان، فقرأ عليه الكتاب واستشاره في أمر هؤلاء النفر، فقال: أرى أن تدعوَهم قبل أن يعلموا بموت معاوية إلى البيعة، فإن أبَوْا ضربتَ أعناقهم. فأرسل من فوره عبد اللَّه بن عمرو بن عثمان بن عفان إلى الحسين وابن الزُّبَير -وهما في المسجد- فقال لهما: أَجيبا الأمير، فقالا: انصرف، الآن نأتيه، فلمّا انصرف عنهما قال الحسين لابن الزُّبَير: إني أرى طاغيتهم قد هلك، فقال ابن الزُّبَير: وأنا ما أظن غيره. قال: ثم نهض حسين، فأخذ معه مواليَه وجاء باب الأمير، فاستأذن، فأذن له، فدخل وحده وأجلس مواليَه على الباب وقال: إنْ سمعتم أمرًا يريبكم فادخلوا. فسلَّم وجلس ومروانُ عنده، فناوله الوليد بن عتبة الكتاب، ونعى إليه معاوية، فاسترجع وقال: رحم اللَّه معاوية، وعظم لك الأجر. فدعاه الأمير إلى البَيْعة، فقال له الحسين: إن مثلي لا يُبايع سرًّا، وما أراك تجتزئ مني بهذا، ولكنْ إذا اجتمع الناس دعوتَنا معهم فكان أمرًا واحدًا. فقال له الوليد - وكان يحب العافية: فانصرف على اسم اللَّه حتى تأتيَنا في جماعة الناس. فقال مروان للوليد: واللَّه لئن فارقك ولم يبايع الساعة ليكثرنَّ القتل بينكم وبينه، فاحبِسْه ولا تُخرجه حتى يبايع وإِلَّا ضربت عنقه، فنهض الحسين وقال: يا بن الزرقاء أنت تقتلني؟! كذبتَ واللَّه وأثمت. ثم انصرف إلى داره، فقال مروان للوليد: واللَّه ما تراه بعدها أبدًا، فقال الوليد: واللَّه -يا مروان- ما أُحبُّ أنَّ لي الدنيا وما فيها وأني قتلت الحسين، سبحان اللَّه! أقتل
(١) قوله: "وهذا من ذكائه" ليس في م ولا في تاريخ الطبري (٥/ ٣٣٨). (٢) تاريخ الطبري (٥/ ٣٣٨). (٣) تحرف في المطبوع إلى: عبد. (٤) فظع الأمر من باب ظرف، فهو فظيع، أي: شديد.

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