Puis, il ordonna à ses serviteurs de remettre leur marchandise – à savoir ce qu’ils avaient apporté en échange des provisions – dans leurs bagages à l’insu de ceux-ci : « afin qu’ils la reconnaissent quand ils reviendront auprès des leurs et qu’ils reviennent peut-être. » Il fut dit qu’il voulait qu’ils la rendent s’ils la trouvaient une fois rentrés chez eux. Il fut également dit qu’il craignait qu’ils n’eussent plus de quoi revenir une seconde fois. Ou encore, qu’il répugnait à prendre d’eux un paiement pour la provision. Les exégètes ont divergé sur la nature de leur marchandise et l’on rapporta, du côté des Gens du Livre, qu’il s’agissait de pièces argentées frappées, ce qui semble plus probable, et Dieu sait mieux.
Lorsqu’ils revinrent auprès de leur père, ils dirent : « Ô notre père ! On nous a refusé la mesure. Envoie notre frère avec nous, et nous pourrons ainsi obtenir ce que nous souhaitons, et nous veillerons sur lui. » Il répondit : « Vais-je vous faire confiance sur son compte comme je vous ai déjà fait confiance pour son frère ? Dieu est le Meilleur Gardien et Il est le plus Miséricordieux des miséricordieux. » Puis, lorsqu’ils ouvrirent leurs bagages, ils constatèrent que leur marchandise leur avait été rendue. Ils dirent alors : « Ô notre père, que pourrions-nous désirer de plus ? Notre marchandise nous a été restituée. Nous pourvoirons aux besoins de notre famille, nous veillerons sur notre frère, et nous obtiendrons encore la charge d’un chameau supplémentaire, ce qui est une charge facile. » Il répondit : « Je ne l’enverrai pas avec vous avant que vous ne me donniez un engagement devant Dieu, me promettant de me le ramener à moins que vous ne soyez tous accablés. » Et lorsqu’ils lui eurent fourni cet engagement, il déclara : « Dieu est garant de ce que nous disons. »
Il ajouta : « Ô mes fils, n’entrez pas par une seule porte, mais entrez par des portes différentes. Je ne puis rien pour vous contre la décision de Dieu. Le jugement appartient à Dieu seul. C’est en Lui que je place ma confiance, et c’est en Lui que ceux qui placent leur confiance doivent la placer. » Lorsqu’ils pénétrèrent dans la ville, suivant l’ordre que leur avait donné leur père, cela ne les protégea nullement contre le décret de Dieu, mais cela satisfaisait un vœu que Jacob avait en son for intérieur. Il était, certes, doué d’un savoir que Nous lui avions enseigné ; cependant, la plupart des gens ne savent pas. [Yusuf : 63-68]
Dieu – exalté soit-Il – rapporte ainsi ce qui advint lorsqu’ils revinrent auprès de leur père et lui dirent : « On nous a refusé la mesure », c’est-à-dire à partir de cette année si tu ne renvoies pas notre frère avec nous. Cependant, si tu l’envoies, on ne nous la refusera pas. Et lorsqu’ils eurent ouvert leurs bagages, ils trouvèrent que leur marchandise leur avait bel et bien été rendue. Ils dirent : « Ô notre père, que souhaiterions-nous de plus, puisque notre marchandise nous a été rendue ? Nous obtiendrons de quoi pourvoir aux besoins de notre famille et leur ramènerons ce qui peut leur être utile pour cette année de disette. Nous veillerons sur notre frère et, grâce à lui, nous pourrons obtenir la part d’un chameau en plus. » Dieu, exalté soit-Il, dit : « C’est une charge aisée », en comparaison avec le risque de perdre un autre fils. En effet, Jacob (que la paix soit sur lui) était fort attaché à son fils Benjamin, car il sentait en lui l’odeur de son frère et trouvait en sa présence un réconfort. C’est pourquoi il répondit : « Je ne l’enverrai pas avec vous tant que vous ne me donnerez pas un solide engagement devant Dieu : que vous me le ramènerez, sauf si vous vous trouvez tous impuissants. » Autrement dit : à moins que vous ne soyez tous vaincus et ne puissiez plus me le ramener. Une fois le serment donné, il dit : « Dieu est garant de ce que nous disons. » Il renforça ainsi les engagements, consolida les pactes et prit toutes les précautions pour son fils. Toutefois, la prudence n’égale pas le destin. Sans le besoin urgent en provisions pour lui et pour ses gens, il n’aurait pas envoyé cet enfant précieux ; mais les décrets divins suivent leur cours, et le Seigneur – gloire à Lui – décrète ce qu’Il veut, choisit ce qu’Il veut et juge comme Il l’entend. Il est le Sage, l’Omniscient.
Ensuite, il leur enjoignit de ne pas entrer dans la ville par une seule et même porte, mais plutôt d’y pénétrer par des portes différentes. Certains ont dit qu’il craignait qu’ils ne fussent atteints du mauvais œil, car ils étaient d’une apparence plaisante et d’une beauté remarquable ; c’est l’opinion d’Ibn ‘Abbâs, de Mujâhid, de Muhammad ibn Ka‘b, de Qatâda, d’as-Suddî et d’adh-Dahhâk. D’autres ont avancé qu’il souhaitait qu’ils se dispersent pour peut-être glaner des informations au sujet de Joseph, ou recueillir la moindre trace sur sa personne ; c’est le propos d’Ibrâhîm an-Nakha‘î. Toutefois, la première explication demeure la plus évidente. C’est pourquoi Jacob ajouta : « Je ne puis rien pour vous contre la décision de Dieu. »