Lorsque l’état de Muʿâwiya s’aggrava et que l’on commença à parler de sa mort, il déclara à sa famille : « Appliquez de l’antimoine à mes yeux et imprégnez abondamment ma tête d’huile. » Ils s’exécutèrent alors, lui couvrant le visage d’huile. Puis on lui arrangea sa couche, il s’assit et dit : « Soutenez-moi. » Ensuite, il ajouta : « Faites entrer les gens pour qu’ils me saluent debout, et que nul ne prenne place. » Ainsi chacun entrait, le saluait debout, et voyait ses yeux fardés et son visage imprégné d’huile. Les visiteurs se disaient alors : « On prétend que le Commandeur des croyants est à l’agonie, alors qu’il apparaît en parfaite santé !» Lorsqu’ils furent sortis, Muʿâwiya récita :
« Et c’est par mon endurance devant ceux qui se réjouissent (de mes malheurs)
que je leur montre
Que je ne ploie point sous les revers du temps.
Et lorsque la mort enfonce ses griffes,
je découvre alors que tout talisman demeure vain. »
On raconte qu’il souffrait de la “naqâba” (c’est-à-dire une forme de tumeur), et il mourut ce même jour (1).
Muhammad ibn ʿUqba (2) dit : « Lorsque la mort s’abattit sur Muʿâwiya, il s’exclama : “Que ne suis-je un simple homme de Quraysh à Dhi Tuwâ (3), sans avoir jamais assumé cette fonction !” »
Abû al-Sâʾib al-Makhzûmî rapporte : « Lorsque Muʿâwiya sentit la mort approcher, il cita ce vers du poète :
“Si Tu m’interroges avec rigueur, ô Seigneur,
Ton examen sera un tourment auquel je ne peux survivre.
Mais si Tu vas au-delà, alors use du pardon et absous
le pécheur dont les fautes sont aussi multiples que la poussière.” (4)
D’après certains, lorsque Muʿâwiya fut sur le point de mourir, les siens le retournaient d’un côté puis de l’autre. Il leur dit : « Quel vieux corps retournez-vous là, si Dieu l’épargne demain du supplice du Feu !»
Selon Muhammad ibn Sîrîn, lorsque Muʿâwiya se mourait, il posait une joue par terre, puis tournait la tête pour poser l’autre joue, tout en pleurant et en disant : « Ô Dieu, Tu as dit dans Ton Livre : “En vérité, Dieu ne pardonne pas qu’on Lui attribue un associé, mais Il pardonne tout en-deçà à qui Il veut” [Coran 4 : 48]. Ô Dieu, place-moi parmi ceux à qui Tu choisis d’accorder Ton pardon. »
Al-ʿUtbi rapporte de son père que Muʿâwiya, au moment de rendre l’âme, récita ce vers de l’un des poètes, alors qu’il était à l’agonie (5) :
« C’est la mort : nul ne peut, de la mort, trouver salut.
Et ce que l’on redoute après la mort est plus accablant et plus terrible encore. »