Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Alors Muʿāwiya dit : « Ma propre mort m’a été annoncée. »

Ibn Abī al-Dunyā rapporta : « Hārūn ibn Sufyān m’a transmis, d’après ʿAbd Allāh al-Sahmī, qui tenait lui-même de Thumāma ibn Kulthūm, que la dernière khutba (sermon) que Muʿāwiya prononça fut en ces termes : “Ô gens ! Celui qui sème doit récolter, et certes je vous ai gouvernés. Après moi, vous ne serez dirigés par personne qui vaille mieux que moi ; celui qui vous gouvernera ensuite sera plus mauvais que moi, tout comme celui qui vous a gouvernés avant moi était meilleur que moi. Ô Yazīd ! Lorsque mon heure approchera, désigne pour me laver un homme avisé, car l’homme avisé est honoré auprès de Dieu. Qu’il fasse la toilette funèbre avec soin et prononce le takbîr à voix haute. Ensuite, prends dans le trésor un linge qui contient un vêtement parmi ceux du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), ainsi que quelques coupures de ses cheveux et de ses ongles. Dépose ces coupures dans mon nez, ma bouche, mes oreilles et mes yeux, et fais en sorte que ce vêtement soit celui qui touche directement ma peau, sous mes linceuls. Ô Yazīd ! Garde la recommandation de Dieu concernant les parents. Quand vous m’aurez enveloppé dans mon brancard de feuilles de palmier et déposé dans ma tombe, laissez Muʿāwiya avec le Plus Miséricordieux des miséricordieux.” »

On raconte également qu’au moment de son agonie, Muʿāwiya disait :
« Par ma vie, j’ai vécu fort longtemps dans ce monde,
Et le monde s’est soumis à moi par le choc des sabres.
J’ai reçu l’abondance des biens, le pouvoir, la prééminence,
Et devant moi se sont inclinés tous les rois tyrans.
Ce qui autrefois me comblait de joie
Est désormais semblable à un décret depuis longtemps révolu.
Hélas ! Si seulement je ne m’étais point soucié du pouvoir une seule heure,
Ni ne m’étais affairé à rechercher les délices d’une vie éblouissante !
J’aurais vécu tel un homme en haillons, se satisfaisant de peu,
Jusqu’à ce que me rattrape l’étroitesse de la tombe. »

Muḥammad ibn Saʿd a dit : « ʿAlī ibn Muḥammad nous rapporta, d’après Muḥammad ibn al-Ḥakam, lui-même le tenant d’un informateur, que lorsque Muʿāwiya sentit la mort venir, il ordonna que la moitié de ses biens soit rendue au Bayt al-Māl (Trésor public), comme s’il voulait que son patrimoine fût légitimé, car ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb partageait les biens de ses gouverneurs. »

Ils relatent qu’à la fin de sa vie, le froid l’accablait durement. S’il enfilait ou se couvrait d’un vêtement épais, il en était oppressé. On lui confectionna donc un habit fait de duvets d’oiseaux. Mais cela lui devint aussi pesant. Alors il s’écria : « Malheur à toi, ô demeure d’ici-bas ! Je t’ai exercée durant quarante ans : vingt comme émir et vingt comme calife, et je finis ainsi en toi, et tel est mon sort loin de toi ! Malheur à ce bas monde et à ceux qui l’aiment ! »

Muḥammad ibn Saʿd dit également : « Abū ʿUbayda nous rapporta, d’après Abū Yaʿqūb ath-Thaqafī, d’après ʿAbd al-Malik ibn ʿUmayr, que lorsque… (le récit se poursuit). »

(1) Le récit se trouve dans l’Histoire de Ṭabarī (5/335-336) et le poème qui y est mentionné a été présenté sous forme de prose dans l’édition d’Ibn Kathīr. L’homme qui l’a écrit pour Muʿāwiya est Zur ibn Ḥubaysh ou Ayman ibn Khuraym, comme indiqué chez Ṭabarī. (2) Ici s’interrompt la lacune dans les deux manuscrits A et B que nous avons signalée environ une page plus tôt. (3) Mukhtaṣar Tārīkh Dimashq (25/79). (4) Mukhtaṣar Tārīkh Dimashq (25/79-80) avec quelques variations dans certains termes, et le auteur du al-Badʾ wa al-Tārīkh (6/16) a rapporté les deux derniers vers, de même que al-Masʿūdī dans Murūj al-Dhahab (3/58).
فقال معاوية: نعى إليَّ نفسي (١) ] (٢) . وقال ابن أبي الدنيا: حدّثني هارون بن سفيان، عن عبد اللَّه السَّهمي، حدّثني ثمامة بن كُلْثوم: أن آخر خطبة خطبها معاوية أن قال: أيُّها الناس! إنَّ من زرع قد استَحْصَد، وإني قد وليتكم ولن يَليَكم أحد بعدي خير مني، وإنما يليكم من هو شرٌّ مني، كما كان مَنْ وليكم قبلي خيرًا مني. ويا يزيد! إذا دنا أجلي فولِّ غَسْلي رجلًا لبيبًا، فإن اللبيب من اللَّه بمكان، فليُنْعم الغسل، وليَجْهر بالتكبير، ثم اعمد إلى منديل في الخزانة فيه ثوبٌ من ثياب رسول اللَّه ﷺ وقُرَاضة من شعره وأظفاره، فاستودعِ القُراضة أنفي وفمي وأذنيّ وعينيّ، واجعل ذلك الثوب مما يلي جلدي دون أكفاني. ويا يزيد! احفظْ وصيَّة اللَّه في الوالدين، فإذا أدرجتموني في جَريدتي، ووضعتموني في حُفْرتي، فخلُّوا معاوية وأرحم الراحمين (٣) . وقال بعضهم: لما احتُضِرَ معاوية جعل يقول: لَعمري لقد عمِّرتُ في الدَّهر بُرْهةً … ودانَتْ ليَ الدُّنيا بوقع البَوَاتر وأُعطيتُ حمرَ المال والحُكمَ والنُّهى … ولي سَلَّمتْ كلُّ الملوكِ الجبابر فأضحى الذي قَدْ كانَ ممَّا يَسُرُّني … كحكم مَضَى في المُزْمناتِ الغوابر فيالَيتني لم أُعْنَ في الملكِ ساعةً … ولم أَسْعَ في لذَّاتِ عيشٍ نواضر وكنتُ كذي طِمْرَين عاشَ ببُلْغةٍ … من العيشِ حتّى زارَ ضِيقَ المَقابر (٤) وقال محمد بن سعد: أنبأنا علي بن محمد، عن محمد بن الحكم، عمَّن حدثه: أن معاوية لما احتُضِر أوصى بنصف ماله أن يُرَدَّ إلى بيت المال -كأنه أراد أن يطيب له- لأن عمر بن الخطاب قاسم عمّاله. وذكروا أنه في آخر عمره اشتدَّ به البرد، فكان إذا لبس أو تغطَّى بشيء ثقيل يغمُّه، فاتخذ له ثوبًا من حواصل الطير، ثم ثقل عليه بعد ذلك، فقال: تبًّا لكِ من دار! ملكتُك أربعين سنة: عشرين أميرًا وعشرين خليفة، ثم هذا حالي فيكِ ومصيري منكِ! تبًّا للدنيا ولمحبِّيها. وقال محمد بن سعد: أنبأنا أبو عبيدة، عن أبي يعقوب الثَّقَفي، عن عبد الملك بن عُمير قال: لما
(١) الخبر في تاريخ الطبري (٥/ ٣٣٥ - ٣٣٦) والشعر الذي ورد فيه صُفَّ في مطبوع ابن كثير نثرًا. والرجل الذي كتبه لمعاوية هو زر بن حُبيش أو أيمن بن خُريم كما ورد عند الطبري. (٢) هنا ينتهي السقط من النسختين أ، ب والذي أشرنا إليه قبل صفحة تقريبًا. (٣) مختصر تاريخ دمشق (٢٥/ ٧٩). (٤) مختصر تاريخ دمشق (٢٥/ ٧٩ - ٨٠) مع اختلاف ببعض الألفاظ، وقد أورد صاحب البدء والتاريخ (٦/ ١٦) البيتين الأخيرين، وكذا المسعودي في مروج الذهب (٣/ ٥٨).

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