Ibn Jarîr rapporta (1) qu’‘Amr ibn al-‘Âs arriva avec une délégation des Égyptiens auprès de Mu‘âwiya. En chemin, il leur dit : « Lorsque vous entrerez en présence de Mu‘âwiya, ne le saluez pas en tant que calife, car il n’aime pas cela. » Lorsque ‘Amr les introduisit, Mu‘âwiya dit à son chambellan : « Fais-les entrer et intimide-les pour les effrayer lorsqu’ils se présenteront, car je soupçonne ‘Amr de les avoir préparés à quelque chose. » Au moment où ils furent admis – après qu’on les eut traités sans égard – l’un d’eux, en entrant, disait : « Que la paix soit sur toi, ô Messager de Dieu. » Puis, lorsqu’‘Amr se leva pour partir, il leur dit : « Que Dieu vous défigure ! Je vous avais interdit de le saluer comme calife, et vous l’avez salué comme prophète ! » (2)
On raconte également qu’un homme demanda un jour à Mu‘âwiya de l’aider à construire sa maison, en lui fournissant douze mille poutres de bois. Mu‘âwiya lui demanda : « Où se trouve ta maison ? » Il répondit : « À Basra. » Mu‘âwiya poursuivit : « Quelles en sont les dimensions ? » Il répondit : « Deux farsakhs sur deux farsakhs. » Mu‘âwiya répliqua : « Ne dis pas : “Ma maison est à Basra”, mais plutôt : “Basra est dans ma maison.” » (3)
On mentionne également qu’un homme entra avec son fils et qu’ils s’assirent à la table de Mu‘âwiya. Le fils se mit à manger avec voracité et Mu‘âwiya l’observait. Le père essaya de le retenir, mais le jeune garçon ne comprit pas l’allusion. Une fois sortis, le père le réprimanda et lui interdit de revenir. Alors Mu‘âwiya demanda : « Où est ton gros mangeur (4) ? » Le père répondit : « Il est souffrant. » Mu‘âwiya dit : « Je savais bien que sa manière de manger allait lui causer une maladie. »
Il est dit aussi que Mu‘âwiya remarqua un homme revêtu d’une abâ’a, debout devant lui en train de lui parler, et il le méprisa. L’homme déclara : « Ô Commandeur des croyants ! Tu ne t’adresses pas à l’abâ’a, mais à celui qui la porte. » (5)
Mu‘âwiya dit : « Le meilleur des hommes est celui qui, lorsqu’il reçoit, remercie ; lorsqu’il est éprouvé, fait preuve de patience ; lorsqu’il se met en colère, retient sa fureur ; lorsqu’il est en position de force, pardonne ; quand il promet, tient parole ; et quand il commet une faute, demande pardon. » (6)
Un habitant de Médine écrivit à Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân – qu'Allah soit satisfait de lui – :
« Lorsque les hommes ont engendré leurs enfants,
Et que leurs membres se mettent à trembler sous l’effet de la vieillesse,
Quand les maladies les visitent tour à tour,
Ce sont comme des moissons dont la récolte est proche. »