Certains membres des premières générations (1) ont rapporté : « Alors que je me trouvais sur une montagne en Syrie, j’entendis une voix qui proclamait : “Quiconque hait As-Siddîq (Abou Bakr) est un zindîq (hérétique). Quiconque hait ‘Oumar est voué par groupes à la Géhenne. Quiconque hait ‘Othmân aura pour adversaire le Tout-Miséricordieux. Quiconque hait ‘Alî aura pour adversaire le Prophète. Quant à celui qui hait Mu‘âwiya, les Zabâniyah (anges de la punition) le traîneront jusqu’en enfer, et il sera jeté dans le gouffre.” »
D’autres (2) ont dit : « J’ai vu le Messager de Dieu (que Dieu le couvre de Ses bénédictions et de Sa paix) en rêve, et se trouvaient auprès de lui Abou Bakr, ‘Oumar, ‘Othmân, ‘Alî et Mu‘âwiya. Un homme arriva alors, et ‘Oumar s’exclama : “Ô Messager de Dieu, cet homme nous dénigre !” Le Messager de Dieu (que Dieu le couvre de Ses bénédictions et de Sa paix) sembla le réprimander. L’homme répondit : “Ô Messager de Dieu, je ne les dénigre pas, mais c’est lui (en désignant Mu‘âwiya) que je vise.” Le Prophète dit alors : “Malheur à toi ! Ne fait-il pas partie de mes Compagnons ?” Il répéta cela trois fois. Puis le Messager de Dieu (que Dieu le couvre de Ses bénédictions et de Sa paix) prit une lance, la remit à Mu‘âwiya en lui disant : “Enfonce-la dans sa poitrine (3).” Mu‘âwiya le frappa alors de cette lance. Je me suis réveillé, je me suis hâté de rentrer chez moi au petit matin, et j’ai découvert que cet homme avait été frappé d’étouffement dans la nuit et qu’il était mort. Il s’agissait de Râchid al-Kindî. »
Ibn ‘Asâkir rapporte d’après Al-Fudayl ibn ‘Iyâd qu’il disait : « Mu‘âwiya était l’un des Compagnons, un grand savant, mais il fut éprouvé par l’amour du bas-monde. » Al-‘Utbi a raconté : « On dit un jour à Mu‘âwiya : “Tes cheveux ont bien vite blanchi !” Il répondit : “Comment en serait-il autrement, alors qu’il se trouve toujours un bédouin pour se tenir devant moi et me lancer des propos auxquels je suis tenu de répondre ? Si je réponds correctement, personne ne m’en sait gré, mais si je me trompe, les messagers (al-burud) propagent aussitôt la nouvelle.” » Ash-Sha‘bî et d’autres ont rapporté que Mu‘âwiya fut atteint vers la fin de sa vie d’une forme de paralysie faciale (laqwa).
Ibn ‘Asâkir rapporte, dans la biographie de Hudayj (4) le castrat, affranchi de Mu‘âwiya : « Mu‘âwiya acheta une esclave blanche et très belle. Je la lui amenai à demi-nue, et il tenait un bâton à la main. Il se mit à le pointer vers ses parties intimes — c’est-à-dire sa nudité — en disant : “Si seulement ce trésor était mien ! Conduis-la chez Yazîd, fils de Mu‘âwiya.” Puis il déclara : “Non, faites venir Rabi‘a ibn ‘Amr al-Jurashî”, lequel était un jurisconsulte. Lorsque celui-ci entra, Mu‘âwiya lui expliqua : “On m’a amené cette esclave dévêtue et j’ai vu d’elle ceci et cela, et j’avais l’intention de l’envoyer à Yazîd.” Le jurisconsulte répondit : “Ne le fais pas, Commandeur des Croyants, car elle ne lui convient pas.” Mu‘âwiya ajouta : “Tu as bien parlé.” Il la donna alors à ‘Abd Allâh ibn Mas‘ada al-Fazârî, l’affranchi de Fâtima fille du Messager de Dieu (que Dieu le couvre de Ses bénédictions et de Sa paix). Cet homme étant de peau foncée, il lui dit : “Éclaircis ta descendance avec elle.” »
Ceci illustre le scrupule et la connaissance juridique de Mu‘âwiya : il avait posé les yeux sur cette esclave par désir, mais se jugeait trop faible pour y résister. Il hésita donc à la donner à son fils Yazîd, en vertu de la parole de Dieu (Exalté soit-Il) : « Et n’épousez point les femmes qu’ont épousées vos pères » (Coran, An-Nisâ’ 4 : 22). Le jurisconsulte Rabi‘a ibn ‘Amr al-Jurashî de Damas fut du même avis que lui.