Il leur dit : « N’avez-vous donc pas honte ? Un homme dont nous attaquons l’œil matin et soir, vous lui réclamez de l’argent ? » Ils répondirent : « C’est plutôt toi qui nous as privés (de dons), tandis que lui nous a gratifiés. »
Al-Asmʿaʿî rapporta ceci : Al-Ḥasan et ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr se rendirent en délégation auprès de Muʿāwiya. Celui-ci dit à al-Ḥasan : « Bienvenue au fils du Messager de Dieu », et il lui attribua trois cent mille. Puis il s’adressa à Ibn al-Zubayr : « Bienvenue au fils de la cousine du Messager de Dieu », et il lui attribua cent mille. [Abū Marwān al-Marwānī a dit : Muʿāwiya envoya également à al-Ḥusayn ibn ʿAlī cent mille].
(1) Al-Ḥusayn les répartit alors entre ses compagnons, qui étaient dix, si bien que chacun reçut dix mille. Muʿāwiya envoya aussi cent mille à ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar ; son épouse Fāṭima les lui demanda pour elle-même, et il les lui offrit. Muʿāwiya fit également parvenir cent mille à Marwān ibn al-Ḥakam, qui en distribua cinquante mille et en conserva cinquante mille. De même, il envoya cent mille à Ibn ʿUmar : celui-ci en dépensa quatre-vingt-dix mille et garda dix mille pour lui-même. Muʿāwiya commenta : « Le voilà bien économe, qui aime la modération. »
Il envoya ensuite cent mille à ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr. Ce dernier déclara au messager : « Pourquoi les avoir apportés de jour ? Ne pouvais-tu pas les livrer de nuit ? » Puis il les conserva chez lui sans en donner à personne. À cela, Muʿāwiya répondit :
(2) « C’est un roublard, tel un lézard (3), comme si tu le voyais déjà lever la queue et couper son lien (4). »
Selon Ibn Daʾb, Muʿāwiya devait verser chaque année un million (d’argent) à ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar et, de surcroît, satisfaire pour lui cent requêtes. Un an, ce dernier vint le trouver : Muʿāwiya lui remit son dû et exauça ses requêtes, à une près. Comme il se trouvait toujours auprès de Muʿāwiya, le commandant (Aṣbahbadh) de Sijistān survint, demandant à Muʿāwiya de le nommer souverain de ces contrées, et il promit un million à quiconque obtiendrait gain de cause pour cette demande. Il sollicita l’aide des princes du Shām (Syrie) et de ceux d’Irak qui étaient arrivés avec al-Aḥnaf ibn Qays, et tous lui conseillèrent : « Adresse-toi à ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar. » Il s’en vint donc auprès de lui ; ʿAbd Allāh intercéda auprès de Muʿāwiya, qui exauça la requête, complétant ainsi la centième demande. Le scribe rédigea alors l’acte d’investiture. ʿAbd Allāh sortit avec ce document en compagnie du dignitaire, lequel se prosterna devant lui et lui offrit un million de dirhams. ʿAbd Allāh lui dit : « Prosterne-toi plutôt devant Dieu et emporte ton argent chez toi. Nous sommes de ceux qui ne vendent pas la générosité. » La nouvelle parvint à Muʿāwiya, qui exclama : « J’aurais préféré que Yazīd soit l’auteur de telles paroles, plutôt que de recevoir le tribut d’Irak. Les Banū Hāshim ne savent qu’être généreux (6). »
D’autres ont rapporté ceci : ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar recevait de Muʿāwiya un million chaque année, et un jour la somme s’accumula