Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Et Muhammad ibn Isḥāq a rapporté que le souverain d’Égypte, Al-Walīd ibn ar-Rayyān, s’était converti à l’Islam par l’intermédiaire de Yūsuf (que la paix soit sur lui). Dieu sait mieux. Et certains ont dit :

[vers tirés de la métrique at-Tawīl]
« Au-delà de l’étroitesse de la crainte s’étend un vaste espace de sécurité…
Et la première chose qui réjouit provoque pourtant l’extrême tristesse.
Ne désespère donc pas, car Dieu a fait de Yūsuf le maître de Ses trésors,
Après l’avoir sauvé de la prison. »

« (58) Les frères de Yūsuf vinrent donc et pénétrèrent auprès de lui. Il les reconnut, tandis qu’eux ne le reconnurent pas.
(59) Lorsqu’il leur eut préparé leur chargement, il dit : “Amenez-moi un de vos frères, le fils de votre père. Ne voyez-vous pas que je mesure pleinement et que je suis le meilleur des hôtes ?
(60) Si vous ne me l’amenez pas, il n’y aura plus de ration pour vous de ma part, et ne vous approchez plus !”
(61) Ils dirent : “Nous allons essayer de persuader son père, et nous y parviendrons certainement.”
(62) Et il dit à ses serviteurs : “Remettez leurs marchandises dans leurs bagages ; peut-être les reconnaîtront-ils en retournant chez les leurs, afin qu’ils reviennent.” » [Yūsuf : 58-62]

Dieu – Exalté soit-Il – informe ici de la venue des frères de Yūsuf (sur lui la paix) au pays d’Égypte pour y acheter des provisions, après que les années de disette eurent touché toutes les contrées et leurs habitants. Yūsuf (sur lui la paix) était alors investi de l’autorité sur l’Égypte, sur les plans religieux et temporel. Lorsqu’ils se présentèrent à lui, il les reconnut, tandis qu’eux ne le reconnurent pas, car ils n’imaginaient pas la haute position et la grandeur auxquelles Yūsuf (sur lui la paix) était parvenu. Voilà pourquoi il les reconnut, alors qu’eux l’ignoraient.

Selon les Gens du Livre, lorsqu’ils se présentèrent à lui, ils se prosternèrent devant lui ; il les reconnut mais voulut qu’eux ne le reconnaissent pas, si bien qu’il leur parla durement en disant : “Vous êtes des espions, venus recueillir des informations sur mon pays.” Ils répondirent : “À Dieu ne plaise ! En vérité, nous ne sommes venus qu’acheter de la nourriture pour notre peuple frappé par la peine et la famine. Nous sommes tous fils d’un même père vivant à Canaan, et nous étions douze hommes : l’un de nous a disparu et le plus jeune est resté auprès de notre père.” Il leur dit : “Je dois vérifier la véracité de vos paroles.”

Selon ce qu’ils rapportent, il les garda en prison trois jours, puis les libéra et retint Siméon auprès de lui pour qu’ils lui ramenassent leur autre frère. Certains aspects de ce récit sont toutefois sujets à caution.

Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Lorsqu’il leur eut préparé leur chargement… », c’est-à-dire qu’il leur donna ce qui était d’usage comme ration, une cargaison par chameau et par personne, sans leur accorder davantage. « Il dit : “Amenez-moi un de vos frères, le fils de votre père.” », après leur avoir demandé quel était leur nombre et quel était leur état. Ils répondirent : “Nous étions douze hommes. L’un d’entre nous a disparu et son frère cadet est resté auprès de notre père.” Il leur dit alors : “Lorsque vous reviendrez l’année prochaine, amenez-le-moi avec vous.” Quant aux propos : « Ne voyez-vous pas que je mesure pleinement et que je suis le meilleur des hôtes ? », ils soulignent le bon accueil qu’il leur a réservé et le traitement généreux qu’ils ont reçu de lui. Par là, il les encourageait à revenir avec leur frère.

Toutefois, il les menaça si jamais ils refusaient : « Si vous ne me l’amenez pas, il n’y aura plus de ration pour vous de ma part et ne vous approchez plus ! », c’est-à-dire qu’il ne leur accorderait plus de provisions et qu’ils ne pourraient plus l’approcher, contrairement à l’hospitalité initiale dont ils avaient bénéficié. Ainsi, Yūsuf (sur lui la paix) voulait absolument qu’ils fassent venir leur frère, afin d’apaiser son désir de le revoir, usant à la fois de la promesse et de l’intimidation.

Ils dirent : « Nous allons essayer de persuader son père », c’est-à-dire : “Nous userons de tous les moyens possibles pour qu’il accepte de le laisser venir avec nous jusqu’à toi.” « Et nous y parviendrons certainement », autrement dit : “Nous sommes capables d’atteindre cet objectif.”

(1) Dans l'édition imprimée : – paix sur lui –. (2) Nimtār : nous amenons la mīra, qui est la nourriture.
وذكر محمد بن إسحاق: أن صاحبَ مصر الوليد بن الريَّان أسلم على يديْ يوسف (عليه السلام) ، فاللّه أعلم، وقد قال بعضُهم: [من الطويل] وراءَ مضيقِ الخوفِ متّسعُ الأمنِ … وأوَّلُ مفروحٍ به غايةُ الحُزْنِ فلا تيأسنْ، فاللّهُ مَلَّكَ يوسفًا … خزائنَه بعد الخلاصِ من السِّجنِ ﴿وَجَاءَ إِخْوَةُ يُوسُفَ فَدَخَلُوا عَلَيْهِ فَعَرَفَهُمْ وَهُمْ لَهُ مُنْكِرُونَ (٥٨) وَلَمَّا جَهَّزَهُمْ بِجَهَازِهِمْ قَالَ ائْتُونِي بِأَخٍ لَكُمْ مِنْ أَبِيكُمْ أَلَا تَرَوْنَ أَنِّي أُوفِي الْكَيْلَ وَأَنَا خَيْرُ الْمُنْزِلِينَ (٥٩) فَإِنْ لَمْ تَأْتُونِي بِهِ فَلَا كَيْلَ لَكُمْ عِنْدِي وَلَا تَقْرَبُونِ (٦٠) قَالُوا سَنُرَاوِدُ عَنْهُ أَبَاهُ وَإِنَّا لَفَاعِلُونَ (٦١) وَقَالَ لِفِتْيَانِهِ اجْعَلُوا بِضَاعَتَهُمْ فِي رِحَالِهِمْ لَعَلَّهُمْ يَعْرِفُونَهَا إِذَا انْقَلَبُوا إِلَى أَهْلِهِمْ لَعَلَّهُمْ يَرْجِعُونَ﴾ [يوسف: ٥٨ - ٦٢] يُخبر تعالى عن قدوم إخوة يوسف عليه (١) إلى الديار المصريَّة يمتارون طعامًا، وذلك بعد إتيان سنيّ الجَدْب وعمومِها على سائر البلاد والعباد، وكان يوسفُ (عليه السلام) إذ ذاك الحاكم في أمور الديار المصرية دينًا ودنيا، فلما دخلوا عليه عرفَهم ولم يعرفوه، لأنهم لم يخطرْ ببالهم ما صارَ إليه يوسفُ (عليه السلام) من المكانة والعَظمة، فلهذا عرفهم وهم له منكرون. وعند أهل الكتاب: أنهم لما قدموا عليه سجدوا له فعرفهم، وأرادَ ألا يعرفوه، فأغلظَ لهم في القول، وقال: أنتم جواسيسُ جئتُم لتأخذوا خبرَ بلادي. فقالوا: معاذَ اللّه! إنما جئنا نمتارُ (٢) لقومنا من الجَهْد والجُوع الذي أصابنا ونحنُ بنو أب واحدٍ من كنعانَ، ونحنُ اثنا عشرَ رجلًا، ذهبَ منا واحدٌ، وصغيرُنا عند أبينا. فقال: لا بُدَّ أن أستعلمَ أمرَكم. وعندهم: أنه حبسَهم ثلاثةَ أيَّام، ثم أخرجهم، واحتبسَ شمعونَ عندَه ليأتوه بالأخ الآخر. وفي بعض هذا نظر. قال اللّه تعالى: ﴿وَلَمَّا جَهَّزَهُمْ بِجَهَازِهِمْ﴾ أي: أعطاهم من الميرة ما جرتْ به عادته في إعطاء كل إنسان حملَ بعير، لا يزيدُه عليه ﴿قَالَ ائْتُونِي بِأَخٍ لَكُمْ مِنْ أَبِيكُمْ﴾ وكان قد سألهم عن حالهم، وكم هم؟ فقالوا: كنا اثني عشر رجلًا، فذهبَ منَّا واحدٌ وبقيَ شقيقُه عند أبينا، فقال: إذا قدمتُم من العام المقبل فأْتُوني به معكم ﴿أَلَا تَرَوْنَ أَنِّي أُوفِي الْكَيْلَ وَأَنَا خَيْرُ الْمُنْزِلِينَ﴾ أي: قد أحسنت نزلكم وقِراكم، فرغَّبهم ليأتوه به، ورهَّبهم إن لم يأتوه به قال ﴿فَإِنْ لَمْ تَأْتُونِي بِهِ فَلَا كَيْلَ لَكُمْ عِنْدِي وَلَا تَقْرَبُونِ﴾ أي: فلستُ أعطيكم ميرةً، ولا أقربُكم بالكُليَّة، عكسَ ما أسدى إليهم أولًا، فاجتهدَ في إحضاره معهم لِتملَّ شوقه منه بالترغيب والترهيب ﴿قَالُوا سَنُرَاوِدُ عَنْهُ أَبَاهُ﴾ أي سنجتهدُ في مجيئه معنا وإتيانِه إليكَ بكلِّ ممكن ﴿وَإِنَّا لَفَاعِلُونَ﴾ أي: وإنا لقادرون على تحصيله.
(١) في المطبوع: (عليه السلام) . (٢) نمتار: نجلب الميرة، وهي الطعام.

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