«À quel point ses deux fesses ressemblent à celles de Hind !» Alors Muʿāwiya se retourna vers lui et dit : «En vérité, Abū Sufyān trouvait cela plaisant.»
Le neveu de Muʿāwiya, ʿAbd al-Raḥmān b. Umm al-Ḥakam, dit un jour à Muʿāwiya : «Un tel m’insulte.» Celui-ci lui répondit : «Incline-toi devant l’offense : elle passera et ira plus loin que toi.»
Ibn al-Aʿrābī rapporte qu’un homme dit à Muʿāwiya : «Je n’ai jamais vu de personne plus vile que toi.» Muʿāwiya rétorqua : «Si, il y en a bien une : celui qui aborde les hommes de cette manière.»
Abū ʿAmr b. al-ʿAlāʾ rapporte que Muʿāwiya déclara : «Je ne troquerais pas l’acte de générosité contre un troupeau de chamelles rousses (1).» [Il aurait aussi dit : «Je ne sacrifierais pas la mansuétude pour la fierté du triomphe.»]
Selon certains, Muʿāwiya aurait dit : «Ô Banū Umayya, approchez les Qurayš par la mansuétude. Par Dieu, il m’arrivait, à l’ère de la Jāhiliyya, de rencontrer un homme qui m’accablait d’insultes, et je l’accablais de patience [au point que je repartais et qu’il devenait mon ami : s’il me réclamait du secours, je le lui accordais ; si je me soulevais, il se levait avec moi. Jamais la mansuétude n’a déchu un noble de sa noblesse, et elle n’a fait que l’élever davantage (2).»]
Il dit encore : «Le fléau de la mansuétude, c’est l’humiliation.» Et il ajouta : «Un homme n’atteint la maturité du jugement que lorsque sa mansuétude l’emporte sur son ignorance, et que sa patience domine son désir. Et il n’y parvient qu’en s’appuyant sur la force de sa mansuétude.»
ʿAbd Allāh b. al-Zubayr déclara : «Que Dieu récompense Ibn Hind (Muʿāwiya) ! Nous avions beau tenter de l’intimider (3)—et aucun lion sur ses griffes n’est plus audacieux que lui—il nous cédait, et nous avions beau vouloir le duper—et nul au monde n’est plus rusé que “fils d’une nuit” (4)—il se laissait prendre. Par Dieu, j’aurais aimé que nous puissions profiter de sa présence tant qu’il reste la moindre pierre sur cette montagne !» Il désigna alors Abū Qubays.
Un homme demanda à Muʿāwiya : «Qui est le plus éminent des hommes ?» Il répondit : «Celui qui est le plus généreux de caractère lorsqu’on lui réclame, le plus aimable en société et le plus patient quand on cherche à l’irriter.»
Abū ʿUbayda Maʿmar b. al-Muthannā raconte que Muʿāwiya récitait souvent ces vers :
«Rien ne tue la sottise comme la mansuétude,
car l’homme patient triomphe de l’ignorance.
Ne sois pas irréfléchi, fût-ce sous l’emprise d’une violente colère
contre quelqu’un, car l’injure est un blâme.
Ne romps pas avec un frère à cause d’une faute,
car l’homme noble pardonne l’erreur (5).»