Abd ar-Razzâq a rapporté : « Maʿmar nous raconta, d’après az-Zuhrî, d’après Ḥumayd ibn ʿAbd ar-Raḥmân : Al-Miswar ibn Makhrama nous raconta qu’il vint en délégation auprès de Muʿâwiya. Il dit : “Lorsque j’entrai chez lui – je crois qu’il a dit : ‘Je l’ai salué’ –, il me demanda : ‘Qu’en est-il de tes reproches contre les imams, ô Miswar ?’”
Il reprit : “J’ai répondu : ‘Abandonne (1) ce sujet et traite-nous au mieux à propos de ce pour quoi nous sommes venus.’” Il (Muʿâwiya) dit : “Tu me parleras de ce qui te concerne directement.” Al-Miswar raconta : “Alors, je n’ai laissé aucun des griefs que j’avais à son égard sans les lui mentionner.” Muʿâwiya répondit : “Tu n’es pas à l’abri des péchés. As-tu des péchés dont tu crains qu’ils ne te fassent périr si Dieu ne te les pardonnait pas ?” Je dis : “Oui. [J’ai des péchés qui, s’Il ne me les pardonne pas, me feront périr] (2).”
Il (Muʿâwiya) poursuivit : “Alors qu’est-ce qui te rend plus légitime que moi pour espérer le pardon divin ? Par Dieu, parmi ce qui m’incombe, il y a la réformation des gouvernés, l’accomplissement des peines légales, la réconciliation entre les gens, le combat dans la voie de Dieu, et de grandes entreprises que Dieu seul peut dénombrer, alors que nous ne pouvons les comptabiliser. Tout cela est bien plus conséquent que ce dont tu parles en matière de défauts et de péchés. En outre, je suis sur une religion où Dieu accepte les bonnes actions et absout les mauvaises. Par Dieu, si j’avais à choisir entre Dieu et un autre, je choisirais Dieu plutôt que tout ce qui n’est pas Lui.”
Al-Miswar déclara : “Alors je me suis mis à réfléchir à ce qu’il venait de me dire et j’ai compris qu’il avait eu le dessus sur moi.” Il ajouta : “Lorsqu’il (al-Miswar) reparlait de Muʿâwiya après cela, il invoquait un bienfait pour lui (3).” Ce récit a aussi été rapporté par Shuʿayb, d’après az-Zuhrî, d’après ʿUrwa, d’après al-Miswar, avec un contenu semblable.
Ibn Durayd a dit, d’après Abû Ḥâtim, d’après al-ʿUtbî : “Muʿâwiya déclara : ‘Ô gens ! Je ne suis pas le meilleur d’entre vous et, certes, il est parmi vous quelqu’un de meilleur que moi : ʿAbd Allâh ibn ʿUmar, ʿAbd Allâh ibn ʿAmr et d’autres parmi les vertueux. Cependant, il se peut que je sois le plus utile dans votre gouvernance, le plus sévère envers vos ennemis et celui qui vous assure la traite la plus abondante.’”
Ce propos a également été rapporté par Muḥammad ibn Saʿd, d’après Muḥammad ibn Muṣʿab, d’après Abû Bakr ibn Abî Maryam, d’après Thâbit, affranchi de Muʿâwiya, lequel dit avoir entendu Muʿâwiya tenir des propos semblables (4).
Hishâm ibn ʿAmmâr, prédicateur de Damas, a dit : “ʿAmr ibn Wâqid nous raconta, d’après Yûnus ibn Ḥalbas, qui déclara : ‘J’ai entendu Muʿâwiya prononcer un sermon depuis la chaire de Damas un vendredi en disant : “Ô gens ! Comprenez mes paroles, car vous ne trouverez personne plus savant que moi concernant les affaires de ce monde et de l’au-delà. Rectifiez vos postures et vos rangs dans la prière, ou Dieu mettra la divergence dans vos cœurs. Refrénez les insensés parmi vous, ou Dieu suscitera contre vous votre ennemi qui vous infligera un terrible châtiment. Faites l’aumône et que nul ne dise : ‘Je suis démuni’, [car l’aumône du démuni est plus méritoire que celle du riche. Gardez-vous de calomnier les femmes honorables et que nul ne dise] (5) : ‘J’ai entendu dire’ ou ‘On m’a rapporté’, car si l’un de vous accusait une femme à l’époque de Noé, on l’interrogerait à ce sujet au Jour de la Résurrection.”’”