Je l’ai donc mis derrière mon oreille. Et si vous me voyez ne pas m’acquitter pleinement de tous vos droits, contentez-vous que je m’en acquitte en partie. En effet, ce n’est pas (1) un œuf échauffé par son poussin, et lorsqu’un flot arrive successivement – fût-il peu abondant – il comble les besoins. Prenez garde à la discorde : ne songez même pas à l’attiser, car elle corrompt l’existence, trouble le bienfait et conduit à l’anéantissement. Je demande pardon à Dieu pour moi-même et pour vous, je demande pardon à Dieu. Puis il descendit.
Les linguistes ont expliqué : « al-qâbaba » est l’œuf, et « al-qûb » est le poussin. On dit « qâbat al-bayḍatu taqûb » lorsque la coquille de l’œuf se fend pour laisser sortir le poussin.
Il apparaît que ce sermon eut lieu l’année où il accomplit le pèlerinage en l’an 44 ou 50, et non pas durant l’Année de l’Union.
Al-Layth a rapporté : « ʿAlwân ibn Ṣâliḥ ibn Kaysân m’a raconté que Muʿâwiya arriva à Médine lors du premier pèlerinage qu’il fit après que les gens se furent ralliés à lui. Il rencontra alors al-Ḥasan, al-Ḥusayn et des hommes de Quraysh, puis il se dirigea vers la demeure de ʿUthmân ibn ʿAffân. Lorsqu’il approcha du seuil de la maison, ʿÂʾisha bint ʿUthmân poussa des cris et pleura son père. »
Muʿâwiya dit alors à ceux qui l’accompagnaient : « Retournez à vos demeures, j’ai une affaire dans cette maison. » Ils s’en allèrent donc, et lui entra, calma ʿÂʾisha bint ʿUthmân et lui ordonna de se contenir. Il lui dit : « Ô fille de mon frère, les gens nous ont accordé le pouvoir, nous leur avons montré une indulgence en laquelle nous cachons notre colère, et eux nous ont montré une obéissance derrière laquelle se dissimule la rancune. Nous avons échangé cela contre cela. Si nous leur donnions autre chose que ce qu’ils ont négocié avec nous, ils nous refuseraient alors notre droit et nous rabaisseraient sur le leur. Or chacun d’eux possède ses partisans, et il voit l’emplacement de ses partisans. Si nous les trahissions, ils nous trahiraient, sans que nous sachions si l’issue finale serait en notre faveur ou contre nous. Et sache qu’être la fille de ʿUthmân, Commandeur des croyants, vaut mieux que d’être l’une des servantes des musulmans. Et je suis pour toi un excellent remplaçant après ton père. » (2)
Ibn ʿAdî a rapporté d’après la chaine de transmission dʿAlî ibn Zayd – qui est jugé faible – à partir d’Abû Naḍra, d’Abû Saʿîd. [Il est aussi rapporté par Mujâlid – également jugé faible – d’après Abûl-Waddâk, d’Abû Saʿîd] (3) que le Messager de Dieu (ﷺ) aurait dit : « Lorsque vous verrez Muʿâwiya sur mon minbar, tuez-le. »
Il existe une autre transmission par la voie de al-Ḥakam ibn Ẓuḥayr – qui est écarté – d’après ʿÂṣim, d’après Zirr, d’après Ibn Masʿûd avec une élévation (marfûʿ) jusqu’au Prophète. Mais ce ḥadîth est assurément mensonger. S’il avait été authentique, les Compagnons s’en seraient empressés, car ils ne craignaient guère le blâme dans la cause de Dieu. Il a également été rapporté en version « mursal » par ʿAmr ibn ʿUbayd d’après al-Ḥasan al-Baṣrî. Et Ayyûb a dit : « C’est un mensonge. »