Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Leurs regards se tournèrent, et Dhu al-Kala‘ se leva en disant : « Ô Commandeur des croyants, à toi la décision et à nous l’action. » Puis Muʿawiya proclama à la foule : « Repartez à votre campement sous trois jours ; celui qui s’y soustrait ensuite s’expose à sa propre perte. » Tous obéirent et se réunirent. Alors cet homme se rendit auprès de ʿAlî pour l’en informer. ʿAlî ordonna à l’un de ses hérauts d’appeler : « La prière est rassemblée (as-salât jâmiʿa). » Tous se réunirent, et il gravit le minbar pour dire : « Muʿawiya a rassemblé les gens afin de vous combattre. Que proposez-vous ? » Chaque groupe énonça alors son avis, et leurs paroles s’entremêlèrent au point qu’ʿAlî ne put rien en saisir. Il quitta la chaire et dit : « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. Par Dieu, c’est le fils de la mangeuse de foies (1) qui a su les guider. » Les événements survenus entre les deux groupes par la suite, comme nous l’avons déjà mentionné, se déroulèrent au cours de l’année trente-six.

Abû Bakr ibn Dourayd a rapporté : « Abû Hâtim nous a informés, d’après Abû ʿUbayda, qui a dit : Muʿawiya déclara : “J’avais déjà posé le pied dans l’étrier et j’étais sur le point de fuir le jour de Siffîn, si ce n’était la parole d’Ibn al-Iṭnāba, lorsqu’il dit :

Avaient dit ma chasteté et mon courage,
Et le fait de cueillir les honneurs à juste prix ;
Et ma fermeté face à ce qui m’est repoussant,
Et mes coups sur la tête du guerrier redoutable ;
Et le fait que je me répète, chaque fois que mon cœur se serre :
‘Reste à ta place : en sortir, c’est la honte ou le repos.’” (2)

Al-Bayhaqî rapporte d’après l’imam Aḥmad qu’il aurait dit : « Les califes furent : Abû Bakr, ʿUmar, ʿUthmân et ʿAlî. » On lui demanda : « Et Muʿawiya ? » Il répondit : « Nul n’était plus légitime au califat du vivant de ʿAlî que ʿAlî lui-même. Qu’Allah fasse miséricorde à Muʿawiya. » `Alî ibn al-Madînî rapporte : « J’ai entendu Sufyân ibn ʿUyayna dire : ‘ʿAlî n’avait aucun défaut l’empêchant d’exercer le califat, et Muʿawiya n’avait aucune qualité qui lui permettait de rivaliser avec lui.’ » On demanda au juge Sharīk : « Muʿawiya était-il patient et clément ? » Il répondit : « On ne saurait qualifier de clément l’homme qui s’est emporté contre la vérité et a combattu ʿAlî. » C’est ce qu’a transmis Ibn ʿAsâkir (3).

Sufyân ath-Thawrî a dit, d’après Ḥabîb, d’après Saʿîd ibn Jubayr, d’après Ibn ʿAbbâs : « Il mentionna Muʿawiya, qui avait prononcé la talbiya la veille de ʿArafah, et en dit des paroles sévères. Puis, quand il apprit que ʿAlî aussi avait prononcé la talbiya la veille de ʿArafah, il s’abstint. »

Abû Bakr ibn Abî ad-Dunyâ a déclaré : « ʿAbbâd ibn Mûsâ m’a rapporté, d’après ʿAlî ibn Thâbit al-Jazarî, d’après Saʿîd ibn Abî ʿArûba, d’après ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz, qui a dit : “J’ai vu le Messager de Dieu (ﷺ) en rêve, Abû Bakr et ʿUmar étant assis auprès de lui…” »

(1) Taʾrīkh Ibn ʿAsākir, abrégé (25/36). (2) Le récit accompagné de poésie dans Taʾrīkh Ibn ʿAsākir, abrégé (25/37) et dans Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (3/142). Les vers se trouvent dans al-Ikhtiyārayn (p. 159-160), ʿUyūn al-Akhbār (1/126), al-ʿʿAqd al-Farīd (1/104-105) et dans d’autres ouvrages de littérature. Quant à Ibn al-Iṭnābah : c’est ʿAmr ibn ʿĀmir ibn Zayd Manāh al-Kaʿbī al-Khazarjī, un poète préislamique perse, connu sous son appellation liée à sa mère al-Iṭnābah bint Shihāb. (3) Dans son histoire, abrégé (25/38).
أبصارهم، وقام ذو الكَلَاع فقال: يا أمير المؤمنين! عليك الرأي وعلينا الفعال. ثم نادى معاوية في الناس: أن اخرجوا إلى معسكركم في ثلاثٍ، فمن تخلَّف بعدها فقد أحل بنفسه. فاجتمعوا كلهم، فركب ذلك الرجل إلى عليٍّ فأخبره، فأمر عليٌّ مناديًا فنادى: الصلاة جامعة، فاجتمعوا، فصعد المنبر فقال: إن معاوية قد جمع الناس لحربكم فما الرأي؟ فقال كلُّ فريق منهم مقالة، واختلط كلام بعضهم في بعض، فلم يدرِ عليٌّ مما قالوا شيئًا، فنزل عن المنبر وهو يقول: إنّا للَّه وإنّا إليه راجعون، ذهب واللَّهِ بها ابنُ آكلةِ الأكباد (١) . ثم كان من أمر الفريقين ما كان، كما ذكرناه مبسوطًا في سنة ست وثلاثين. وقد قال أبو بكر بن دُريد: أنبأنا أبو حاتم، عن أبي عُبيدة قال: قال معاوية: لقد وضعتُ رجلي في الرِّكاب وهممتُ يوم صفِّين بالهزيمة، فما منعني إِلَّا قولُ ابن الإطنابة حيث يقول: أبَتْ لي عفَّتي وأَبى بَلآئي … وأخذي الحمدَ بالثمنِ الرَّبيح وإكراهي على المكروهِ نَفْسي … وضَرْبي هامةَ البطلِ المُشِيح وقولي كلَّما جَشَأتْ وجاشَتْ … مكانَكِ تُحمَدي أو تَسْتريحي (٢) وروى البيهقيّ عن الإمام أحمد أنه قال: الخلفاء: أبو بكر وعمر وعثمان وعلي. فقيل له: فمعاوية؟ قال: لم يكن أحدٌ أحق بالخلافة في زمان عليٍّ من عليّ، ورحم اللَّه معاوية. وقال علي بن المَديني: سمعت سفيان بن عُيينة يقول: ما كانت في علي خصلةٌ تقصِّر به عن الخلافة، ولم يكن في معاوية خصلةٌ ينازع بها عليًّا. وقيل لشَريك القاضي: كان معاوية حليمًا؟ فقال: ليس بحليم مَنْ سفه الحقَّ وقاتل عليًا. رواه ابن عساكر (٣) . وقال سفيان الثوري: عن حبيب، عن سعيد بن جُبير، عن ابن عباس، أنه ذكر معاوية وأنه لبَّى عثية عرفة، فقال فيه قولًا شديدًا. ثم بلغه أن عليًا لبَّى عشية عرفة، فتركه. وقال أبو بكر بن أبي الدنيا: حدّثني عبّاد بن موسى، حدَّثنا علي بن ثابت الجزري، عن سعيد بن أبي عَرُوبة، عن عمر بن عبد العزيز قال: رأيت رسول اللَّه ﷺ في المنام وأبو بكر وعمر جالسان عنده،
(١) تاريخ ابن عساكر، مختصره (٢٥/ ٣٦). (٢) الخبر مع الشعر في تاريخ ابن عساكر، مختصره (٢٥/ ٣٧) وسير أعلام النبلاء (٣/ ١٤٢). والأبيات في الاختيارين (ص ١٥٩ - ١٦٠) وعيون الأخبار (١/ ١٢٦) والعقد الفريد (١/ ١٠٤ - ١٠٥) وغيرها من كتب الأدب. وابن الإطنابة: هو عمرو بن عامر بن زيد مناة الكعبي الخزرجي، شاعر جاهلي فارس، اشتهر بنسبته إلى أمه الإطنابة بنت شهاب. (٣) في تاريخه، مختصره (٢٥/ ٣٨).

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