Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Et Muʿâwiya écrivit à ʿAmr ibn al-ʿÂs – lequel s’était retiré en Palestine au moment où ʿUthmân fut assassiné ; en effet, ʿUthmân l’avait démis de ses fonctions en Égypte, et il s’était de ce fait retiré en Palestine. Muʿâwiya l’invita donc à le rejoindre afin de le consulter, et ils convinrent ensemble de faire la guerre à ʿAlî.

Al-Walîd ibn ʿUqba ibn Abî Muʿayṭ a également rapporté ce qui suit, à propos de la lettre que Muʿâwiya envoya à ʿAlî pour réclamer la direction de la Syrie et de l’Égypte. ʿAlî renvoya un courrier à Muʿâwiya pour le blâmer et l’admonester à ce sujet, faisant allusion à certains éléments le concernant. Dans ce message, on trouve les vers suivants :

« Ô Muʿâwiya, la Syrie est ta Syrie, cramponne-toi donc à ta Syrie, et ne laisse pas les vipères s’introduire chez toi !
Car ʿAlî observe de près ce que tu lui répondras ; offre-lui une guerre qui fera blanchir les têtes !
Défends-la par le combat et par la lance, et ne sois pas lâche ni inerte !
Autrement, rends-toi, car trouver la paix apporte le répit à qui ne souhaite pas la guerre ; choisis donc ta voie, ô Muʿâwiya !
Sache que la lettre que tu as écrite, ô fils de Harb, par convoitise, t’attirera de rudes épreuves.
Tu as demandé à ʿAlî ce que tu n’obtiendras jamais ; et quand bien même tu y parviendrais, ce ne serait que pour quelques jours.
Jusqu’à ce que tu voies de sa part ce qui ne te laissera plus ensuite aucun répit : ne te berce donc pas de trop d’espoirs !
Est-ce qu’un homme comme ʿAlî se laisserait ainsi leurrer par une simple tromperie, lui dont tu as déjà détruit l’œuvre qu’il avait rebâtie ?
Et si ses griffes s’enfoncent en toi une seule fois, tu redeviendras le “fils de Hind” après avoir voulu jouer au puissant. »

D’autre part, on rapporte de plusieurs sources qu’Abû Muslim al-Khawlânî et d'autres se rendirent auprès de Muʿâwiya et lui dirent : « Contestes-tu ʿAlî ou te considères-tu son égal ? » Il répondit : « Par Dieu, je sais bien qu’il est meilleur que moi, plus vertueux et plus légitime à diriger que moi. Seulement, ne savez-vous pas qu’ʿUthmân a été tué injustement ? Je suis son cousin et je réclame réparation pour son sang. L’affaire me revient donc. Allez dire à ʿAlî de me livrer les meurtriers d’ʿUthmân, et pour le reste, je me soumets à son autorité. » Ils se rendirent donc auprès de ʿAlî et le lui transmirent, mais il ne leur livra personne. C’est alors que les gens du Shâm (Syrie) se décidèrent fermement à combattre aux côtés de Muʿâwiya.

Selon le récit transmis par ʿAmr ibn Shimr, d’après Jâbir al-Juʿfî, d’après ʿÂmir al-Shaʿbî et Abû Jaʿfar al-Bâqir : ʿAlî dépêcha un homme à Damas pour avertir ses habitants qu’il avait levé en Irak une troupe se dirigeant vers eux, afin de vérifier leur obéissance envers Muʿâwiya. À son arrivée, Muʿâwiya ordonna qu’on lance dans la ville l’appel : « La prière est rassembleuse ! » Le peuple afflua dans la mosquée. Muʿâwiya gravit alors le minbar et déclara dans son prône : « ʿAlî s’avance vers vous avec les gens d’Irak ; que devons-nous faire ? » Chacun se frappa la poitrine, mais personne ne prononça un mot, et nul ne lui apporta de réponse explicite.

(1) Omis dans (A) et (T). (2) Les vers se trouvent dans l'événement de Ṣiffīn chez al-Jaʿfī (p. 59), ainsi que dans le commentaire de al-Nahj al-Balāgha par Ibn Abī al-Ḥadīd (3/84-85) et dans le Taʾrīkh d'Ibn ʿAsākir, abrégé (25/31-32), avec quelques variations dans les termes. (3) Taʾrīkh d'Ibn ʿAsākir, abrégé (25/32). (4) « Nihad » : venir, se lever.
وكتب معاوية إلى عمرو بن الغاص -وكان معتزلًا بفلسطين حين قُتل عثمان، وكان عثمان قد عزله عن مصر فاعتزل بفلسطين- فكتب معاوية يستدعيه ليستشيرَه في أموره، فركب إليه، فاجتمعا على حرب علي. وقد قال [الوليد بن] (١) عُقبة بن أبي مُعَيط في كتاب معاوية إلى عليٍّ حين سأله نيابة الشام ومصر، فكتب إلى معاوية يؤنِّبه ويلومُه على ذلك ويعرِّض بأشياء فيه: مُعاويَ إنَّ الشَّامَ شامُكَ فاعتصِمْ … بشامِكَ لا تُدخِلْ عليكَ الأَفاعِيَا فإنَّ عليًّا ناظرٌ ما تُجِيبُهُ … فأَهْدِ لهُ حربًا تُشِيبُ النَّواصِيَا وحَامِ علَيها بالقِتال وبالقَنَا … ولا تَكُ مَخْشُوشَ الذِّراعَيْن وانِيَا وإلَّا فسلِّم إنَّ في الأمن راحةً … لمنْ لا يريدُ الحربَ فاخترْ معاويَا وإنَّ كتابًا يا بنَ حربٍ كتبتَهُ … على طمعٍ جانٍ عليكَ الدَّواهِيَا سألتَ عليًّا فيه ما لا تَنالُهُ … ولو نلتَهُ لم يبقَ إلَّا لياليَا إلى أنْ ترى منهُ التي ليس بعدَها … بقاءٌ فلا تكثِرْ عليكَ الأَمانيَا ومثلُ عليٍّ تغتررْهُ بخدعَةٍ … وقد كانَ ما خرَّبتَ من قبلُ بانيَا ولو نَشِبَتْ أظفارُهُ فيكَ مرَّةً … فَراكَ ابنَ هندٍ بعد ما كنتَ فاريَا (٢) وقد ورد من غير وجه: أنَّ أبا مسلم الخولاني وجماعةً معه دخلوا على معاوية فقالوا له: أنت تنازع عليًّا أم أنت مثله؟ فقال: واللَّه إني لأعلم أنه خيرٌ مني وأفضل، وأحقُّ بالأمر مني، ولكن ألستم تعلمون أن عثمان قُتل مظلومًا، وأنا ابن عمِّه، وأنا أطلب بدمه وأمره إلي؟ فقولوا له: فليسلِّم إليَّ قَتَلةَ عثمان وأنا أسلِّم له أمره. فأتوا عليًا فكلموه في ذلك، فلم يدفع إليهم أحدًا. فعند ذلك صمَّم أهل الشام على القتال مع معاوية (٣) . وعن عمرو بن شمر، عن جابر الجعفي، عن عامر الشَّعبي وأبي جعفر الباقر قال: بعث عليٌّ رجلًا إلى دمشق يُنذرهم أن عليًا قد نَهَد (٤) في العراق إليكم ليستعلم طاعتكم لمعاوية، فلمّا قدم أمر معاوية فنُودي في الناس: الصلاة جامعة، فملؤوا المسجد، ثم صعد المنبر فقال في خطبته: إن عليًّا قد نَهَد إليكم في أهل العراق فما الرأي؟ فضرب كلٌّ منهم على صدره، ولم يتكلَّم أحدٌ منهم، ولا رفعوا إليه
(١) سقط من (أ) و (ط). (٢) الأبيات في وقعة صفين للجعفي (ص ٥٩) وشرح نهج البلاغة لابن أبي الحديد (٣/ ٨٤ - ٨٥) وتاريخ ابن عساكر، مختصره (٢٥/ ٣١ - ٣٢) مع اختلاف ببعض الألفاظ. (٣) تاريخ ابن عساكر، مختصره (٢٥/ ٣٢). (٤) "نهد": نهض.

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