Mohammad ibn ‘Āʾidh a rapporté, d’après al-Walīd, d’après Ibn Lahī‘ah, d’après Yūnus, d’après az-Zuhrī, qui a dit : « ‘Umar arriva à al-Jābiya, révoqua Shuraḥbīl et ordonna à ‘Amr ibn al-‘Ās de se diriger vers l’Égypte. Il laissa la gestion de la Syrie à deux émirs : Abū ‘Ubayda et Yazīd. Puis Abū ‘Ubayda décéda et ‘Iyāḍ ibn Ghanm le remplaça. Ensuite Yazīd mourut à son tour, et ‘Umar désigna Mu‘āwiya pour le remplacer. ‘Umar annonça alors la nouvelle de la mort de Yazīd ibn Abī Sufyān à Abū Sufyān et lui dit : “Ô Abū Sufyān, patiente face à la perte de Yazīd ibn Abī Sufyān !” — “Qui as-tu nommé à sa place ?”, demanda-t-il. ‘Umar répondit : “Mu‘āwiya.” Alors Abū Sufyān s’exclama : “Tu as fait preuve de fidélité à l’égard de tes liens de parenté, ô commandeur des croyants.” Ainsi, Mu‘āwiya fut à la tête de la Syrie [aux côtés de ‘Umayr ibn Sa‘d, jusqu’à l’assassinat de ‘Umar] (1).
Mohammad ibn Isḥāq a dit : « Abū ‘Ubayda mourut lors de l’épidémie de peste à ‘Amwās (2). Avant de mourir, il désigna Mu‘ādh pour le remplacer. Puis Mu‘ādh décéda et confia l’autorité à Yazīd ibn Abī Sufyān, qui mourut aussi. Yazīd désigna alors son frère Mu‘āwiya, qu’‘Umar confirma. ‘Umar donna à ‘Amr ibn al-‘Ās la Palestine et le Jourdain, à Mu‘āwiya Damas, Baalbek et al-Balqāʾ, et il confia les affaires de Ḥimṣ à Sa‘īd ibn ‘Āmir ibn Ḥidhyam (3). Puis il réunit toute la Syrie sous l’autorité de Mu‘āwiya ibn Abī Sufyān. ‘Uthmān ibn ‘Affān maintint ensuite Mu‘āwiya dans cette charge. »
Ismā‘īl ibn Umayya a dit : « ‘Umar octroya à Mu‘āwiya l’ensemble du commandement de la Syrie, lui accordant quatre-vingts dinars chaque mois. » Toutefois, il est plus exact de dire que celui qui réunit toute la Syrie sous la seule autorité de Mu‘āwiya fut ‘Uthmān ibn ‘Affān, tandis que ‘Umar ne lui en avait confié qu’une partie.
Certains rapportent : « Lorsque Hind (qui n’était pas la mère de Yazīd) fut présentée des condoléances pour la mort de Yazīd ibn Abī Sufyān, on lui dit : “Il a nommé Mu‘āwiya à sa place.” Elle répondit : ‘Comment quelqu’un pourrait-il remplacer Mu‘āwiya ? Par Dieu, si toutes les tribus arabes s’étaient rassemblées en grand nombre pour l’évaluer, il se serait aisément distingué de chacune de leurs rangées (4).’ »
D’autres ont dit : « On mentionna Mu‘āwiya devant ‘Umar, qui s’exclama : ‘Laissez le jeune homme de Quraysh, fils du chef de sa tribu. Il est de ceux qui savent sourire en temps de colère, et l’on n’obtient de lui que ce qu’il est disposé à accorder. On ne saurait le contraindre qu’en obéissant à ses volontés.’ »
Ibn Abī ad-Dunyā raconte dans son ouvrage : « Muḥammad ibn Qudāma al-Jawharī me rapporta, d’après ‘Abd al-‘Azīz ibn Yaḥyā, d’après l’un de ses maîtres : ‘Lorsque ‘Umar ibn al-Khaṭṭāb arriva en Syrie, Mu‘āwiya vint à sa rencontre avec un cortège imposant. Quand il se rapprocha de ‘Umar, ce dernier lui dit : “Es-tu celui qui parade avec un tel cortège ?” Mu‘āwiya répondit : “Oui, ô commandeur des croyants.” ‘Umar reprit : “Voilà donc ta situation, alors même que j’ai entendu dire que les gens dans le besoin attendent longtemps à ta porte ?” Mu‘āwiya rétorqua : “Les faits ne sont pas tels qu’on te les a rapportés.” ‘Umar demanda : “Pourquoi fais-tu cela ? J’ai failli t’ordonner de parcourir le chemin jusqu’en Ḥijāz pieds nus !” Mu‘āwiya expliqua : “Ô commandeur des croyants ! Nous sommes dans une région où les espions de l’ennemi pullulent. Il nous faut donc montrer la puissance du pouvoir afin de grandir l’islam aux yeux de tous et de les intimider. Si tu m’en donnes l’ordre, je m’y plierai ; si tu me l’interdis, j’y renoncerai.” ‘Umar alors conclut : “Ô Mu‘āwiya ! Chaque fois que je t’interroge, tu me laisses dans la même position qu’une molaire à pleine mâchoire. Si ce que tu dis est vrai, voilà une opinion fort avisée.”’ »