Lorsque Yazīd ibn Abī Sufyān mourut, vers l’an dix et quelques, la nouvelle de son décès parvint à ʿUmar. Celui-ci renvoya aussitôt le messager en Syrie en nommant Muʿāwiya à la place de son frère Yazīd. Ensuite, il présenta ses condoléances à Abū Sufyān pour la perte de son fils Yazīd. Abū Sufyān demanda : « Ô Commandeur des croyants, qui as-tu désigné pour lui succéder ? » Il répondit : « Son frère Muʿāwiya. » Abū Sufyān déclara : « Tu viens de consolider les liens de parenté, ô Commandeur des croyants. »
Quant à Hind, elle écrivit à Muʿāwiya : « Par Dieu, mon fils, il est rare qu’une femme libre enfante un homme tel que toi. Cet homme (i.e. ʿUmar) t’a incité à te lever pour cette cause ; obéis-lui donc, que cela te plaise ou non. »
Son père lui dit également : « Mon fils, ces hommes parmi les Émigrés (al-Muhājirūn) nous ont devancés, tandis que nous sommes arrivés plus tard. Leur avance les a élevés [et les a fait précéder auprès de Dieu et de Son Messager] (1), tandis que notre retard nous confina à une position moindre, si bien qu’ils sont devenus des chefs et des maîtres, alors que nous sommes leurs partisans. Maintenant qu’ils t’ont confié un rôle majeur dans leurs affaires, ne les contredis pas, car tu suis un cours dont tu dois tâcher de franchir le terme ; si tu l’atteins, tu le transmettras ensuite à ta descendance. » Muʿāwiya demeura gouverneur (nāʾib) de la Syrie sous le califat de ʿUmar, puis sous celui de ʿUthmān, et ce, durant tout le califat de ce dernier.
En l’an 27, il conquit l’île de Chypre, où les musulmans résidèrent près de soixante ans à son époque et après lui. Les conquêtes et le jihâd continuèrent à se déployer vigoureusement durant son mandat dans les territoires byzantins, francs et ailleurs. Mais lorsque survint le différend entre lui et le Commandeur des croyants ʿAlī, plus aucune conquête de grande envergure ne se produisit pendant cette période, ni de son côté ni de celui de ʿAlī. Le roi des Romains, que Muʿāwiya avait auparavant humilié, espéra alors profiter de la situation. Lorsqu’il vit Muʿāwiya occupé à combattre ʿAlī, il s’avança avec d’immenses troupes vers certaines régions, pensant saisir l’occasion.
Muʿāwiya lui écrivit alors : « Par Dieu, si tu ne cesses pas tes agissements et ne repars pas vers ton pays, misérable que tu es, je conclurai un pacte avec mon cousin pour te combattre, je te chasserai de toutes tes terres et je rendrai la terre bien étroite sous tes pas malgré son immensité. » Le roi des Romains en prit peur, se retira et demanda une trêve. Puis eut lieu l’épisode de l’arbitrage et ce qui s’ensuivit, jusqu’à l’accord qu’il conclut avec al-Ḥasan ibn ʿAlī, comme cela a été mentionné. Le pouvoir fut alors unanimement dévolu à Muʿāwiya, et les populations lui prêtèrent allégeance en l’an quarante et un, comme nous l’avons rappelé. Il conserva ensuite le plein pouvoir jusqu’à l’année de sa mort, [tandis que le jihâd se poursuivait en territoire ennemi, que la Parole de Dieu dominait, que les butins affluaient vers lui depuis les confins de la terre, et que les musulmans bénéficiaient auprès de lui de tranquillité, de justice, d’indulgence et de pardon] (2).
Il est rapporté dans le « Ṣaḥīḥ » de Muslim, selon la chaîne transmise par ʿIkrima ibn ʿAmmār, d’après Abū Zumayl Simāk ibn al-Walīd, d’après Ibn ʿAbbās, qu’Abū Sufyān déclara : « Ô Messager de Dieu, accorde-moi trois choses. » Il (le Prophète) répondit : « Oui. » Et Abū Sufyān de poursuivre : « Nomme-moi gouverneur afin que je combatte les mécréants comme je combattais auparavant les musulmans. » Il répondit : « Oui. » Il ajouta : « Désigne Muʿāwiya comme secrétaire auprès de toi. » Le Prophète répondit : « Oui. » Quant à la troisième, il s’agissait de son souhait que le Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui) se marie avec une autre de ses filles, ʿAzza bint Abī Sufyān, et il sollicita son aide