«Après cela, viendra une année durant laquelle les gens seront secourus par la pluie et pourront presser leurs récoltes» (Yusuf : 43-49). Cela fit partie des raisons qui entraînèrent la libération de Joseph – que la paix soit sur lui – de sa prison avec honneur et considération. En effet, le roi d’Égypte, al-Rayyân ibn al-Walîd ibn Tharwân ibn Arasha ibn Fârân ibn ‘Amr ibn ‘Amlâq ibn Lâwudh ibn Sâm ibn Noé, fit ce songe.
Les Gens du Livre rapportent qu’il rêva qu’il se tenait au bord d’un fleuve et qu’en sortaient sept vaches grasses qui se mirent à paître dans une prairie voisine. Puis, sept autres vaches maigres et débiles sortirent du même fleuve, paissèrent à leurs côtés, avant de se tourner contre elles et de les dévorer. Le roi se réveilla alors, effrayé, se rendormit et vit cette fois sept épis verts poussant sur une même tige, et sept autres épis secs et flétris qui dévoraient les épis verts. Il se réveilla de nouveau, terrifié.
Lorsqu’il raconta son rêve aux notables de sa cour, nul parmi eux n’était capable d’en donner l’interprétation. Ils dirent plutôt : «Ce sont des rêves confus» – c’est-à-dire un mélange d’images nocturnes dépourvues de sens – et ajoutèrent : «Nous ne connaissons rien à l’interprétation des rêves.»
C’est alors que celui des deux prisonniers, qui avait été gracié et auquel Joseph avait demandé de le mentionner auprès de son maître, se souvint de lui à ce moment précis, par décret de Dieu – Exalté soit-Il – dont la sagesse est insondable. Ayant entendu le songe du roi et la stupéfaction générale devant l’incapacité à l’expliquer, il se rappela de Joseph et du conseil dont celui-ci l’avait chargé. C’est le sens du verset : «Celui des deux qui fut sauvé se souvint alors, après un certain temps» (Yusuf : 45). Certains, comme Ibn ‘Abbâs, ‘Ikrima et ad-Dahhâk, ont lu «après une période d’oubli». Mujâhid a même récité «ba‘da umh» en immobilisant la lettre mîm, ce qui indique également l’oubli. Le poète l’évoque en disant : «J’ai oublié, moi qui n’oubliais jamais le récit… Ainsi va le temps, qui fait périr l’intelligence.»
Il s’adressa donc au roi et à ses conseillers en disant : «Je vous donnerai l’interprétation de ce rêve ; laissez-moi donc partir (voir Joseph).» Puis il alla trouver Joseph et lui dit : «Ô Joseph, homme de vérité, éclaire-nous sur ces sept vaches grasses dévorées par sept autres maigres, et sur ces sept épis verts et sept autres secs, afin que je retourne auprès des gens et qu’ils sachent l’explication.»
Selon les Gens du Livre, lorsque le roi entendit le récit du songe d’après ce que lui rapportait l’échanson, il fit venir Joseph à sa cour, et Joseph lui offrit l’interprétation. Mais c’est une erreur : la vérité est telle qu’elle est racontée dans le Coran, et non pas comme le colportent ces ignorants, comparables à des taureaux, parmi certains lecteurs et docteurs. Joseph – que la paix soit sur lui – dispensa alors le savoir qu’il détenait sans tarder, sans imposer de conditions ni demander sa libération immédiate. Il expliqua le sens du rêve : il y aurait sept années d’abondance suivies de sept années de disette, et ensuite un an de pluie bienfaisante et de prospérité. C’est le sens du verset : «Puis viendra, après cela, une année où les gens seront secourus par la pluie et pourront presser (leurs récoltes).»