En l’an soixante de l’Hégire prophétique, il y eut l’expédition de Mâlik ibn ‘Abd Allâh contre une ville syrienne (1).
Al-Wâqidî a rapporté :
Au cours de cette même année, Junâda ibn Abî Umayya pénétra dans l’île de Rūdos (Rhodes). C’est également cette année-là que Mu‘âwiya obtint l’allégeance à Yazîd de la part de la délégation arrivée à Damas en compagnie de ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd. Au cours de cette même année, Mu‘âwiya tomba malade de la maladie qui l’emporta au mois de Rajab, comme nous le préciserons.
Ibn Jarîr a rapporté, selon la chaîne de transmission d’Abû Mikhnaf, les propos suivants : « ‘Abd al-Malik ibn Nawfal ibn Masâhiq ibn ‘Abd Allâh ibn Makhrama m’a rapporté que, lorsque Mu‘âwiya fut atteint de la maladie qui causa sa mort, il convoqua son fils Yazîd et lui dit : “Ô mon fils, je t’ai évité les longs déplacements et les efforts pour lever des troupes ; j’ai préparé le terrain pour toi, j’ai soumis tes adversaires (2) et j’ai fait plier le cou des Arabes en ta faveur. Je ne crains pas que l’on dispute à ton autorité, désormais solidement établie, si ce n’est quatre hommes : al-Husayn ibn ‘Alî, ‘Abd Allâh ibn ‘Umar, ‘Abd Allâh ibn al-Zubayr et ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Bakr.” (C’est ainsi qu’il parla, bien qu’en vérité, ‘Abd al-Rahmân fut déjà décédé deux ans avant la mort de Mu‘âwiya, comme nous l’avons signalé.) “Quant à Ibn ‘Umar, c’est un homme que la dévotion accapare tant qu’il ne s’intéresserait à ces affaires que s’il ne restait plus d’autre choix, et alors il te prêterait allégeance. Pour al-Husayn, sache que les gens d’Irak sont derrière lui et ne le laisseront pas en paix avant de l’inciter à se lever contre toi. S’il se soulève et que tu parviens à le vaincre, sois clément envers lui, car il détient un lien de parenté très proche et un droit immense. Quant à Ibn Abî Bakr, il se contente d’imiter ses compagnons sans ambition véritable, sinon pour les femmes et les plaisirs. En revanche, celui qui surgira devant toi comme un lion, te manœuvrera comme un renard et bondira contre toi dès qu’il en aura l’occasion, c’est Ibn al-Zubayr. S’il agit ainsi et que tu peux t’en saisir, mets-le en pièces, membre après membre (4).”
Plusieurs transmettent ensuite que, lorsque Mu‘âwiya sentit sa fin proche, Yazîd se trouvait à la chasse. Mu‘âwiya fit alors appeler al-Dahhâk ibn Qays al-Fihri – chef de la police de Damas – ainsi que Muslim ibn ‘Uqba. Il leur recommanda de transmettre son salut à Yazîd et de lui dire de bien prendre soin des gens du Hijâz ; que si, chaque jour, les Iraquiens exigeaient la destitution de l’un de leurs gouverneurs et la nomination d’un autre, il valait mieux accéder à leur requête. En effet, révoquer un seul gouverneur était préférable à ce que cent mille sabres se lèvent contre lui. Il l’incitait aussi à traiter les gens de Syrie avec bienveillance, à les considérer comme ses soutiens et à leur reconnaître leurs droits. De ceux de Quraysh dont il craignait l’opposition pour Yazîd, il n’y en avait que trois : al-Husayn, Ibn ‘Umar et Ibn al-Zubayr – il ne mentionna pas ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Bakr, ce qui est plus exact. “Quant à Ibn ‘Umar, la dévotion l’a déjà consumé. Pour al-Husayn, c’est un homme léger et je prie Dieu qu’Il te suffise contre lui : son père a été tué (par Dieu) et son frère fut abandonné. Toutefois, il possède un lien de parenté étroit et un droit considérable.”