Ibn Wahb a dit : « ‘Amr ibn al-Hârith nous a rapporté, d’après Yazîd ibn Ziyâd al-Qurazî, que Tha‘laba ibn Abî Mâlik al-Qurazî l’informa : un jour, Abû Hurayra se dirigeait vers le marché en portant un fagot de bois, alors qu’il était, à l’époque, gouverneur au service de Marwân ibn al-Hakam. Il dit : “Faites place au gouverneur, ô Ibn Abî Mâlik !” Je lui répondis : “Qu’Allâh te fasse miséricorde, cela suffit.” Et il répéta : “Faites place au gouverneur, alors même que c’est moi qui porte ce fagot.” (1)(2)
Abû Hurayra avait de nombreuses vertus et mérites, ainsi qu’une belle parole et de nombreux sermons. Il se convertit — comme nous l’avons mentionné — l’année de Khaybar et resta attaché au Messager d’Allâh (ﷺ) sans le quitter, sauf lorsqu’il fut envoyé, avec al-‘Alâ’ ibn al-Hadramî, au Bahreïn, après avoir reçu ses recommandations. Al-‘Alâ’ le nomma alors mu’adhdhin (muezzin) à ses côtés. Abû Hurayra lui dit : “Ô émir, ne dis pas ‘âmîn avant moi.” Par la suite, ‘Umar ibn al-Khattâb le nomma également à la responsabilité du Bahreïn pendant son califat et prélleva sur lui, comme sur l’ensemble de ses agents, le partage des biens.
‘Abd al-Razzâq rapporte d’après Ma‘mar, d’après Ayyûb, d’après Ibn Sîrîn : ‘Umar confia à Abû Hurayra la charge du Bahreïn. Celui-ci revint avec dix mille (dirhams). ‘Umar lui dit : “Te serais-tu accaparé ces biens, ô ennemi d’Allâh et ennemi de Son Livre ?” Abû Hurayra répondit : “Je ne suis ni l’ennemi d’Allâh ni celui de Son Livre, mais bien l’ennemi de celui qui les combat.” ‘Umar insista : “D’où te vient cet argent alors ?” Abû Hurayra expliqua : “Ce sont des chevaux qui se sont reproduits, un profit commercial, des serviteurs à moi et des dons qui me sont parvenus successivement.” Ils vérifièrent et constatèrent qu’il disait vrai. Plus tard, ‘Umar voulut à nouveau l’investir d’une fonction, mais Abû Hurayra refusa. ‘Umar lui dit : “Tu répugnes à occuper un poste auquel aspirait un homme meilleur que toi, Yûsuf (que la paix soit sur lui) !” Et Abû Hurayra répondit : “Yûsuf était un Prophète, fils de Prophète, petit-fils de Prophète et arrière-petit-fils de Prophète ; moi, je suis Abû Hurayra, fils d’Umayma (3). Je crains trois choses et deux autres.” ‘Umar lui demanda : “Pourquoi pas cinq ?” Il dit : “Je crains de parler sans science, ou de juger sans sagesse ; qu’on me frappe le dos, qu’on me confisque mes biens, et qu’on porte atteinte à mon honneur.” (4)
D’autres rapportent qu’‘Umar lui imposa une amende de douze mille lors de sa première fonction, raison pour laquelle il refusa la seconde. ‘Abd al-Razzâq rapporte également, d’après Ma‘mar, d’après Muhammad ibn Ziyâd, que Mu‘âwiyah envoyait Abû Hurayra gouverner Médine. Quand il se fâchait contre lui, il le révoquait et nommait alors Marwân ibn al-Hakam. Lorsque Abû Hurayra revenait auprès de Marwân, celui-ci lui fermait sa porte. Par la suite, Mu‘âwiyah révoquait Marwân et rappelait Abû Hurayra. À ce moment-là, Abû Hurayra dit à son serviteur : “Quiconque vient te voir, ne le repousse pas, mais ne laisse pas entrer Marwân.” Quand Marwân se présenta, le serviteur le repoussa. Il fallut insister ardemment avant qu’il ne puisse entrer. En voyant cela, il dit : “Le serviteur nous a empêchés de te voir !” Abû Hurayra lui répondit : “Tu es la personne la moins en droit de te plaindre de cela.” Il est toutefois connu que Marwân laissait Abû Hurayra le remplacer à la tête de Médine, mais toujours avec l’approbation de Mu‘âwiyah. Allâh est plus savant.