Et Abû al-Qâsim al-Baghawî déclara : « Bishr ibn al-Walîd al-Kindî nous a rapporté, d’Isḥâq ibn Saʿîd (1), d’après Saʿîd, qu’Aïcha dit un jour à Abû Hurayra : “Ô Abû Hurayra, tu rapportes beaucoup de propos du Messager de Dieu (ﷺ).” Il répondit : “Par Dieu, ce ne sont ni le khôl ni la teinture qui m’ont tenu éloigné de lui, mais je pense que ces choses t’ont peut-être occupée au point que tu trouves nombreuses les traditions que je rapporte.” Elle répliqua : “Peut-être (2).” »
Abû Yaʿlâ a dit : « Ibrâhîm ash-Shâmî nous a rapporté, d’après Ḥammâd ibn Salama, d’après Thâbit, d’après Abû Râfiʿ : un homme de Quraysh, vêtu d’une élégante tenue et se pavanant, vint auprès d’Abû Hurayra et lui dit : “Ô Abû Hurayra, tu rapportes beaucoup de propos du Messager de Dieu (ﷺ). As-tu entendu dire quoi que ce soit à propos de ma tenue ?” Il répondit : “Par Dieu, vous nous importunez. Sans l’engagement que Dieu a imposé aux Gens du Livre : ‘Vous le clarifierez aux gens et ne le dissimulerez point’ (Coran 3 : 187), je ne vous aurais rien transmis. J’ai entendu Abû al-Qâsim (ﷺ) dire : ‘Un homme parmi ceux qui vous ont précédés se pavanait un jour dans un somptueux vêtement. Dieu fit alors s’ouvrir la terre sous lui et il y fut englouti, en s’y enfonçant (3) jusqu’à l’arrivée de l’Heure.’ Par Dieu, je ne sais pas, peut-être était-il de ton peuple ou de ton clan.” Abû Yaʿlâ précisa qu’il hésita sur ce point (4). »
Muḥammad ibn Saʿd déclare : « Muḥammad ibn ʿUmar nous a rapporté, d’après Kathîr ibn Zayd, d’après al-Walîd ibn Ribâḥ, qui dit : “J’ai entendu Abû Hurayra dire à Marwân : ‘Par Dieu, tu n’es pas le gouverneur, et celui qui gouverne n’est pas toi. Laisse donc cette affaire’ — c’est-à-dire, quand il voulut qu’on enterre al-Ḥasan auprès du Messager de Dieu (ﷺ) — ‘mais voilà que tu t’immisces dans ce qui ne te regarde pas. Par cela, tu ne cherches qu’à satisfaire celui qui est loin de toi’ — parlant de Muʿâwiya. Alors Marwân se tourna vers lui, irrité, et dit : ‘Ô Abû Hurayra, on raconte que tu rapportes beaucoup de hadiths du Messager de Dieu (ﷺ), alors que tu n’es arrivé que peu de temps avant le décès du Prophète (ﷺ).’ Abû Hurayra répondit : ‘Oui, je suis venu alors que le Messager de Dieu (ﷺ) se trouvait à Khaybar, en l’an sept (de l’Hégire). J’avais alors un peu plus de trente ans, depuis quelques années déjà. Je suis resté avec lui jusqu’à sa mort, le suivant dans les demeures de ses épouses et le servant — certes, j’étais pauvre — ; je priais derrière lui, j’accomplissais le pèlerinage et les expéditions à ses côtés. Ainsi, par Dieu, j’étais le plus informé de ses propos. D’autres m’ont devancé dans la compagnie du Prophète et dans l’émigration vers lui parmi les Quraysh et les Anṣâr, mais ils savaient ma proximité constante avec lui et m’interrogeaient donc à propos de ses hadiths, parmi eux : ʿUmar, ʿUthmân, ʿAlî, Ṭalḥa, az-Zubayr. Par Dieu, rien ne m’échappait de tout ce qui se passait à Médine, ni de ceux qui aimaient Dieu et Son Messager, ni de quiconque possédait un rang particulier auprès du Messager de Dieu (ﷺ), ni de l’un de ses compagnons. Abû Bakr fut son compagnon dans la grotte et ailleurs, et le Messager de Dieu (ﷺ) l’a fait sortir pour ne pas qu’il vive avec lui’ — faisant allusion au père de Marwân, al-Ḥakam ibn al-ʿÂṣ. »
Abû Hurayra poursuivit : « Qu’Abû ʿAbd al-Malik m’interroge donc au sujet de ceci et de tout ce qui y ressemble : il trouvera auprès de moi un savoir abondant et des éclaircissements. » D’après le narrateur : « Par Dieu, Marwân ne cessa plus dès lors de garder ses distances avec Abû Hurayra, de le craindre et de redouter ses répliques (5). »
Et dans une autre version, on rapporte qu’Abû Hurayra dit à Marwân : « Pour ma part, j’ai embrassé l’islam et j’ai émigré de mon plein gré et par choix, et j’ai aimé… »