Abraham, Isaac et Jacob (que la paix soit sur eux) ont déclaré : « Il ne nous convenait pas d’associer quoi que ce soit à Dieu. Cela est une grâce de Dieu envers nous » – c’est-à-dire : Il nous a guidés à cela – « et envers les gens » – c’est-à-dire : Il nous a ordonné de les appeler à Lui, de les éclairer et de leur montrer la voie, laquelle est profondément ancrée dans leur nature et implantée dans leur disposition innée. « Mais la plupart des gens ne sont pas reconnaissants. »
Ensuite, il (Yusuf/Joseph) les invita au monothéisme et condamna l’adoration de toute autre divinité que Dieu. Il rabaissa la valeur des idoles, les ridiculisa et dénigra leur pouvoir, en disant : « Ô mes compagnons de prison, est-il meilleur d’adorer des divinités dispersées ou Dieu, l’Unique, le Dominateur suprême ? Vous n’adorez, en dehors de Lui, que des noms que vous avez inventés vous et vos pères, et à propos desquels Dieu n’a fait descendre aucune preuve. Le jugement n’appartient qu’à Dieu. Il a commandé de n’adorer que Lui. Voilà la religion droite, mais la plupart des gens ne savent pas. » [Yusuf : 39-40]
C’est-à-dire : c’est Lui qui dispose de Sa création et agit comme Il le veut ; Il guide qui Il veut et égare qui Il veut. « Il a commandé de n’adorer que Lui », autrement dit Dieu seul, sans associé. « Voilà la religion droite », c’est-à-dire le chemin rectiligne et la voie juste. « Mais la plupart des gens ne savent pas », c’est-à-dire qu’ils ne suivent pas cette voie, en dépit de son évidence et de sa clarté. Le fait qu’il s’adressa ainsi à ses deux compagnons en ces circonstances fut tout à fait approprié, car ils avaient une haute estime pour lui et étaient enclins à recevoir ce qu’il disait. Il était donc logique de les appeler à ce qui leur serait plus profitable que ce pour quoi ils l’avaient interrogé.
Puis, lorsqu’il eut accompli son devoir et leur eut transmis l’orientation nécessaire, il dit : « Ô mes compagnons de prison, quant à l’un de vous, il servira du vin à son maître… ». On rapporte qu’il s’agissait du serviteur chargé de verser à boire. « Quant à l’autre, il sera crucifié et les oiseaux mangeront de sa tête… ». On rapporte qu’il s’agissait du boulanger. « L’affaire sur laquelle vous me consultiez est donc arrêtée », c’est-à-dire qu’elle se réalisera inéluctablement. C’est à ce propos qu’est cité le hadith : « Le rêve reste suspendu tant qu’il n’est pas interprété ; lorsqu’il est interprété, il se réalise. » (1)
Il est rapporté de Ibn Mas‘ûd, Mujâhid et ‘Abd ar-Rahmân ibn Zayd ibn Aslam qu’ils dirent : « Ils n’avaient rien rêvé. » Joseph leur répondit : « L’affaire sur laquelle vous me consultiez est donc arrêtée. »
« Et il dit à celui des deux dont il pensait qu’il serait sauvé : “Parle de moi auprès de ton seigneur.” Mais le diable lui fit oublier de rappeler [le cas de Joseph] à son maître ; Joseph resta donc en prison pendant quelques années. » [Yusuf : 42]
Dieu informe ici que Joseph (que la paix soit sur lui) dit à celui qu’il croyait sauvé (le serviteur chargé de verser à boire) : « Souviens-toi de mon affaire auprès de ton seigneur », c’est-à-dire parle-lui de moi et de la façon dont je suis enfermé ici sans aucune faute. Ceci indique qu’il est permis de recourir à des moyens matériels, ce qui ne contredit pas la confiance en Dieu, le Seigneur des seigneurs.
La parole suivante : « Le diable lui fit oublier d’évoquer son maître » signifie que le diable fit oublier à celui qui fut sauvé de mentionner ce que Joseph lui avait recommandé. C’est ainsi que l’expliquent Mujâhid, Muhammad ibn Isḥâq et d’autres, et c’est la bonne interprétation, également rapportée par les Gens du Livre. « Joseph resta donc en prison pendant quelques années. » Le mot « quelques » (biḍ‘) fait référence à une durée allant de trois à neuf ans ; certains disent jusqu’à sept ans, d’autres jusqu’à cinq, et d’autres encore affirment qu’il s’agit de toute période inférieure à dix ans, comme l’a rapporté ath-Tha‘labî. On peut dire « quelques femmes » ou « quelques hommes », mais al-Farrâ’ interdit l’emploi de « quelques » (biḍ‘) pour une période inférieure à dix, préférant plutôt le terme « neyf ».