‘Urwa ibn al-Zubayr a rapporté : « Qays ibn Sa‘d vendit à Mu‘awiya une terre pour quatre-vingt-dix mille. Puis, lorsqu’il arriva à Médine, il fit proclamer par son héraut : “Que celui qui désire un emprunt vienne !” Il prêta ainsi cinquante mille de cette somme et libéra le reste. Plus tard, il tomba malade et le nombre de ceux qui venaient le visiter se fit rare. Alors il dit à son épouse Qurayba bint Abî ‘Atîq, sœur d’Abû Bakr al-Siddîq : “Je constate la rareté de mes visiteurs durant cette maladie ; je crois que c’est à cause des créances que les gens ont contractées auprès de moi.” Il envoya donc à chaque débiteur le billet qu’il lui avait fait signer et leur remit leurs dettes. »
[On a également rapporté qu’il dit à son héraut de proclamer : “Quiconque doit une dette à Qays ibn Sa‘d en est désormais libéré.” Et avant la fin de la journée, le seuil de sa porte fut brisé par la foule de ceux qui venaient s’enquérir de sa santé.]
(1) Qays disait : « Ô Dieu, accorde-moi la richesse et le bon agir, car le bon agir ne saurait s’accomplir sans la richesse. » (2)
Sufyân al-Thawrî a dit : « Un homme emprunta trente mille auprès de Qays ibn Sa‘d. Quand il vint les lui rendre, Qays lui répondit : “Nous faisons partie d’un peuple qui, lorsqu’il donne quelque chose à quelqu’un, ne le réclame pas.” »
Al-Haytham ibn ‘Adiyy a raconté : « Trois hommes se disputèrent devant la Ka‘ba pour savoir qui était, à leur époque, le plus généreux. L’un déclara : “C’est ‘Abd Allâh ibn Ja‘far.” Un autre dit : “C’est Qays ibn Sa‘d.” Le troisième affirma : “C’est ‘Arâba al-Awsî.” Ils débattirent longuement et élevèrent la voix devant la Ka‘ba. Un homme leur suggéra alors : “Que chacun aille voir celui qu’il estime être le plus généreux, qu’il voie ce que celui-ci lui donnera, et qu’il rende ensuite son jugement en connaissance de cause.”
Celui qui avait choisi ‘Abd Allâh ibn Ja‘far s’en alla donc le trouver : il vit qu’il était déjà un pied dans l’étrier, prêt à partir pour l’une de ses propriétés. Il lui dit : “Ô fils du cousin du Messager de Dieu ! Je suis un voyageur totalement démuni.” Aussitôt, ‘Abd Allâh retira son pied de l’étrier et lui dit : “Prends place à ma place, elle est à toi avec tout ce qu’elle porte. Prends aussi le contenu de la sacoche, mais ne te méprends pas sur l’épée, car c’est l’une des épées de ‘Alî.” Il revint donc vers ses compagnons, chevauchant une grande chamelle ; la sacoche contenait quatre mille dinars, des vêtements de grand luxe et d’autres présents, dont le plus précieux était une épée ayant appartenu à ‘Alî ibn Abî Tâlib (que Dieu l’agrée).
Celui qui s’était engagé à aller voir Qays ibn Sa‘d le trouva endormi. Sa servante lui demanda : “Que désires-tu ?” Il répondit : “Je suis un voyageur sans ressources.” Elle dit : “Ton besoin est plus facile à satisfaire que de le réveiller : voici une bourse contenant sept cents dinars. Il n’y a pas d’autre argent chez Qays aujourd’hui. Rends-toi ensuite auprès de notre maître à l’enclos des chamelles (4), prends une chamelle et un esclave, et va-t’en en paix.” Quand Qays se réveilla, elle l’informa de ce qu’elle avait fait ; il l’affranchit (5) [par reconnaissance pour son geste] et lui dit : “Pourquoi ne m’as-tu pas réveillé pour que je lui donne de quoi subvenir à tous ses besoins ? Peut-être ce que tu lui as donné ne comble-t-il pas ce dont il a vraiment besoin.”
Enfin, celui qui devait aller trouver ‘Arâba al-Awsî se rendit chez lui et le rencontra à sa porte, prêt à partir prier, s’appuyant sur deux de ses esclaves, car il avait perdu la vue. Il l’interpella : “Ô ‘Arâba !” Celui-ci répondit : “Parle.” L’autre lui dit : “Je suis un voyageur totalement démuni.” ‘Arâba lâcha alors ses deux esclaves, frappa de la main droite sur la main gauche, puis dit : … »