Il est rapporté : lorsque Al-Huṭayʾah déclama : « Que dirais-tu aux oisillons de Dhi Marakh ? », ʿUmar se mit à pleurer. ʿAmr Ibn al-ʿĀṣ dit alors : « Ni le ciel n’a jamais ombragé, ni la terre porté un homme plus juste que celui qui se met à pleurer pour avoir laissé Al-Huṭayʾah. » Puis il fut mentionné que ʿUmar avait voulu couper la langue d’Al-Huṭayʾah pour l’empêcher de s’attaquer aux gens par ses satires. Il le fit asseoir sur un siège et l’on apporta un rasoir. Les gens dirent : « Il ne recommencera plus, ô Prince des croyants ! » et ils lui firent signe de dire : « Je ne recommencerai pas. » Alors ʿUmar lui dit : « Va-t’en ! » Mais quand il s’éloigna, ʿUmar l’appela : « Reviens, ô Huṭayʾah ! » Il revint et ʿUmar lui dit : « Je t’imagine déjà chez un jeune Qurayshite qui t’aura disposé un coussin (1), t’aura invité à t’asseoir sur un autre, et te dira : “Ô Huṭayʾah, chante-nous !” Alors tu t’élanceras et chanteras en t’en prenant à l’honneur des gens. » Aslam raconta : « Ensuite, je vis Al-Huṭayʾah chez ʿUbayd Allâh ibn ʿUmar qui lui avait installé un coussin et en avait étendu un autre, puis il lui dit : “Ô Huṭayʾah, chante-nous !” Al-Huṭayʾah se mit à chanter. Je lui dis : “Ô Huṭayʾah, te rappelles-tu le jour où ʿUmar t’a dit ce qu’il t’a dit ?” Il fut saisi de crainte et répondit : “Qu’Allâh fasse miséricorde à cet homme ! S’il était encore vivant, nous n’agirions pas ainsi.” Je dis alors à ʿUbayd Allâh : “J’ai entendu ton père dire ceci et cela, et c’est bien toi qui es ce jeune homme.” »
Az-Zubayr rapporta : « Muḥammad ibn aḍ-Ḍaḥḥāk m’a informé, d’après son père, que ʿUmar dit un jour à Al-Huṭayʾah : “Abandonne la poésie.” Il répondit : “Je ne peux pas.” ʿUmar reprit : “Pourquoi ?” Il déclara : “Parce que c’est la nourriture de ma famille et le défaut de ma langue.” ʿUmar lui dit : “Alors délaisse la louange abusive.” Al-Huṭayʾah s’interrogea : “De quoi s’agit-il, ô Prince des croyants ?” ʿUmar répondit : “Tu dis : ‘Les fils d’Un tel sont supérieurs aux fils d’Un tel.’ Fais des éloges sans exagérer.” Al-Huṭayʾah ajouta : “Tu es plus poète que moi, ô Prince des croyants.” »
Parmi ses vers célèbres et appréciés, on lit :
« Épargnez-leur, puissé-je perdre père et aïeul, vos reproches
Ou bien comblez le vide qu’ils comblèrent.
Ce sont des gens qui, s’ils bâtissent, leur construction est belle,
S’ils concluent un pacte, ils s’y tiennent, et s’ils contractent un engagement, ils le renforcent.
Et si la prospérité est chez eux, ils savent en récompenser autrui,
Et s’ils prodiguent un bienfait, ils ne l’obscurcissent pas et ne s’en lassent point. » (2)
On rapporte qu’à l’agonie, Al-Huṭayʾah se vit demander : « Fais ton testament. » Il déclara : « Je vous enjoins de cultiver la poésie. » Puis il récita :
« La poésie est un escalier ardu et sans fin :
Lorsque celui qui l’ignore s’y aventure,
Son pied glisse vers l’abîme.
La poésie est hors d’atteinte pour qui la malmène.
Il voudrait l’exprimer dans une langue correcte,
Et la rend confuse. » (3)
Abû l-Faraj Ibn al-Jawzî écrit dans “Al-Muntaẓim” : « Al-Huṭayʾah s’éteignit cette année-là. » Il y mentionne également le décès de ʿAbd Allâh ibn ʿĀmir ibn Kurayz, qu’il avait déjà rapporté pour l’année précédente.