Que Dieu te réprimande puis te réprimande véritablement… en tant que père, et qu’Il te blâme devant l’oncle paternel et maternel.
Tu es certes un excellent “cheikh” lorsqu’il s’agit d’infamies, mais tu es un bien mauvais “cheikh” lorsqu’il s’agit de nobles actions.
(1)
Parmi ce qu’il dit en se blâmant lui-même :
« Aujourd’hui, mes lèvres n’ont pu s’empêcher de proférer le mal ; je ne sais même pas à qui je l’adresse.
Je constate que j’ai un visage dont Dieu a défiguré la création ; qu’il soit donc enlaidi, et qu’en soit également enlaidi celui qui le porte. »
(2)
Les gens se plaignirent alors de lui auprès du Commandeur des croyants, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, qui le fit comparaître et l’emprisonna. La cause de cette plainte émanait de al-Zibraqān ibn Badr : il s’était plaint auprès de ʿUmar de ce que le poète l’avait satirisé dans ces vers :
« Renonce à la noblesse, ne pars pas à sa recherche.
Reste donc assis, car tu es celui qui mange et se revêt (sans effort). »
(3)
ʿUmar lui dit : « Je ne vois pas en cela une satire contre toi. N’es-tu pas satisfait d’être bien nourri et bien habillé ? » Al-Zibraqān répondit : « Ô Commandeur des croyants ! Il n’existe pas de plus vive insulte que celle-ci. » ʿUmar fit alors appeler Ḥassān ibn Thābit pour recueillir son avis. Celui-ci déclara : « Ô Commandeur des croyants ! Il ne l’a pas injurié, il a plutôt “déféqué” sur lui. » Sur ce, ʿUmar ordonna d’emprisonner le poète et lui dit : « Ô malfaisant ! Je vais t’occuper à autre chose que de t’en prendre à l’honneur des musulmans. » Par la suite, ʿAmr ibn al-ʿĀṣ intercéda en sa faveur. ʿUmar accepta de le libérer, après lui avoir fait prêter serment de ne plus attaquer les gens en vers. On raconte qu’il voulut lui faire couper la langue, mais qu’on intercéda pour qu’il soit relâché.
Al-Zubayr ibn Bakkār rapporte : « Muḥammad ibn al-Ḍaḥḥāk m’a rapporté, d’après ʿUthmān al-Ḥizāmī (4), lui-même rapportant de ʿAbd Allāh ibn Muṣʿab, lequel m’a transmis ce que Rabiʿa ibn ʿUthmān a entendu de Zayd ibn Aslam, ce dernier le tenant de son père : ʿUmar ordonna de faire sortir al-Ḥuṭayʾa de prison, après qu’ʿAmr ibn al-ʿĀṣ et d’autres eurent plaidé en sa faveur. Il fut alors libéré en ma présence, et il composa immédiatement ces vers :
« Que diras-tu à de petits oisillons, dans ce lieu nommé Dhī Marakh,
Aux duvets encore légers, sans eau ni arbre ?
Tu as laissé leur pourvoyeur au fond d’un sombre cachot.
Aie donc pitié, que le Souverain des hommes te guide, ô ʿUmar !
Tu es l’imam, celui qui, après le Compagnon (précédent),
s’est vu confier par les hommes les clefs de la sagesse.
Ils ne t’ont pas préféré à d’autres en te plaçant à ce rang,
mais ils y ont plutôt vu leur propre intérêt en te laissant régner.
Accorde ta faveur à ces petits dont le logis est dans le sable,
au milieu de vallons que le destin vient frapper.
Que ma vie soit sacrifiée pour toi ! Combien de contrées désertiques
nous séparent, si vastes que nulle nouvelle n’en peut sortir ! »
(5)