«La religion d’un peuple qui ne croit pas en Dieu et qui nie l’Au-delà (37). J’ai plutôt suivi la religion de mes pères : Abraham, Isaac et Jacob. Il ne nous sied pas d’associer qui que ce soit à Dieu. C’est là une grâce de Dieu envers nous et envers les gens, mais la plupart des gens ne sont pas reconnaissants (38). Ô mes deux compagnons de prison, des divinités multiples sont-elles meilleures, ou Dieu, l’Unique, le Dominateur suprême (39) ? Vous n’adorez, en dehors de Lui, que des noms que vous avez vous-mêmes nommés, vous et vos pères, et pour lesquels Dieu n’a fait descendre aucune preuve. Le jugement n’appartient qu’à Dieu. Il a ordonné de n’adorer que Lui. Telle est la religion droite, mais la plupart des gens ne savent pas (40). Ô mes deux compagnons de prison, quant à l’un de vous, il servira son maître en vin, et quant à l’autre, il sera crucifié et les oiseaux mangeront de sa tête. L’affaire sur laquelle vous me consultez est déjà tranchée (41).» [Yusuf : 34-41]
Dieu – Exalté soit-Il – mentionne à propos d’al-‘Azîz et de son épouse qu’il leur apparut, c’est-à-dire qu’ils décidèrent, après avoir constaté l’innocence de Yûsuf, de l’emprisonner un certain temps, afin d’atténuer les propos des gens à propos de cette affaire et d’éteindre tout remous à son sujet. Ils voulaient aussi donner à penser qu’il avait cherché à la séduire et qu’il était jeté en prison pour cette raison. Ils l’emprisonnèrent donc par injustice et par pur abus de pouvoir. Or tout cela faisait partie du plan que Dieu avait décrété pour lui et par lequel Il le préserva : cette incarcération l’éloignait en effet de leur fréquentation et de toute promiscuité avec eux. De là, certains soufis – comme le rapporte ash-Shâfi‘î – ont déduit qu’une forme de protection consiste parfois à ne pas trouver (1).
Dieu – qu’Il soit exalté – dit : «Deux jeunes gens entrèrent en prison avec lui.» On rapporte que l’un d’eux était l’échanson du roi, nommé, dit-on, “Nabû”, et l’autre son boulanger – celui qui préparait sa nourriture et que les Turcs appellent «al-jâshankîr», nommé, toujours selon certains, “Mujalath”. Le roi les soupçonna et les fit donc enfermer. Voyant Yûsuf dans la prison, ils furent séduits par son allure, sa guidance, sa noble tenue, ses paroles et ses actes, par l’importance de son adoration envers son Seigneur, et par sa bienfaisance à l’égard des gens. Chacun d’eux fit alors un songe qui lui correspondait.
Les exégètes rapportent qu’ils rêvèrent tous deux la même nuit : l’échanson vit trois branches de vigne qui bourgeonnaient, fleurissaient et donnaient des grappes de raisin, qu’il pressait pour en remplir la coupe du roi. Quant au boulanger, il vit sur sa tête trois paniers de pain dont les oiseaux voraces picoraient celui du haut. Ils rapportèrent donc leurs rêves à Yûsuf et le prièrent de leur en donner l’interprétation, en disant : «Nous te voyons vraiment parmi les bienfaisants.»
Yûsuf leur expliqua qu’il était savant en la matière et leur dit : «Aucune nourriture que l’on vous apportera ne viendra à vous sans que je ne vous en annonce auparavant l’interprétation.» Selon certains commentateurs, cela signifie : “Quel que soit votre songe, je vous l’expliquerai avant qu’il ne se réalise, et il se produira comme je l’aurai dit.” D’autres disent : “Je vous informerai de la nature de la nourriture qui vous sera donnée – sucrée ou acide – avant qu’elle ne vous parvienne.” Ainsi parla ‘Îsâ : «Je vous informe de ce que vous mangez et de ce que vous accumulez dans vos maisons.» [Al ‘Imrân : 49]. Yûsuf leur dit ensuite que ce savoir était un bienfait divin, car il croyait en Dieu, L’unifiait et suivait la religion de ses nobles ancêtres Abraham…»