Elle dit alors : « Laisse-moi, ô Ibn ʿAbbās. Par Celui qui tient mon âme en Sa main, j’aurais souhaité n’être qu’une chose oubliée et mise à l’écart. »
Les hadiths à propos de ses mérites et de ses vertus sont en effet très nombreux. Son décès eut lieu cette année-là, en l’an cinquante-huit. Certains avancèrent qu’il survint un an plus tôt, d’autres un an plus tard, mais l’opinion la plus répandue est qu’elle mourut au mois de Ramaḍān — bien qu’on dise aussi au mois de Shawwāl. Selon la version la plus connue, ce fut dans la nuit du mardi dix-sept Ramaḍān. Elle voulut être enterrée de nuit à al-Baqīʿ. Abū Hurayra pria sur sa dépouille après la prière du witr.
Cinq personnes descendirent dans sa tombe : ʿAbd Allāh et ʿUrwa, fils d’al-Zubayr ibn al-ʿAwwām (issus de sa sœur Asmāʾ bint Abī Bakr), al-Qāsim et ʿAbd Allāh, fils de son frère Muḥammad ibn Abī Bakr, et [ʿAbd Allāh ibn] ʿAbd al-Raḥmān ibn Abī Bakr. Elle avait alors soixante-sept ans, car le Messager d’Allāh (ﷺ) mourut alors qu’elle en avait dix-huit. Elle en comptait huit ou neuf lors de l’Hégire. Dieu sait mieux ce qu’il en est.
[Puis vint l’an cinquante-neuf.] Cette année-là, ʿAmr ibn Marra al-Juhanī passa l’hiver en campagne militaire sur le territoire byzantin par voie terrestre. Al-Wāqidī rapporta qu’il n’y eut aucune expédition navale cette année-là. [D’autres cependant disent qu’un raid en mer fut mené à cette époque par Junāda ibn Abī Umayya.]
Cette même année, Muʿāwiya démit Ibn Umm al-Ḥakam de son poste à al-Kūfa, à cause de sa mauvaise conduite envers la population, et nomma à sa place al-Nuʿmān ibn Bashīr. Muʿāwiya confia également la direction du Khorassan à ʿAbd al-Raḥmān ibn Ziyād, après avoir relevé Saʿīd ibn ʿUthmān ibn ʿAffān de cette fonction. Ainsi, ʿUbayd Allāh gouvernait al-Baṣra, ʿAbbād ibn Ziyād Sijistān, et ʿAbd al-Raḥmān ibn Ziyād le Khorassan. Ce dernier y demeura en poste jusqu’à l’époque de Yazīd. Après le meurtre de Ḥusayn, il se présenta devant Yazīd, qui lui demanda : « Combien de richesse as-tu rapportée ? » Il répondit : « Vingt millions. » Yazīd lui dit : « Si tu le souhaites, nous t’en demanderons des comptes. Sinon, je t’en fais grâce, mais je te démets de ta charge, à condition que tu verses cinq cent mille dirhams à ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar. » Il répliqua : « Accorde-m’en la jouissance et, quant à ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar, je lui donnerai la somme évoquée et j’y ajouterai son équivalent. » Yazīd le destitua donc et nomma un autre à sa place. ʿAbd al-Raḥmān envoya alors un million de dirhams à ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar en déclarant : « Cinq cent mille de la part de l’Émir des croyants et cinq cent mille de ma part personnelle. »
La même année, ʿUbayd Allāh ibn Ziyād vint à la rencontre de Muʿāwiya, accompagné des notables de Baṣra et d’Irak. ʿUbayd Allāh demanda que chacun fût reçu par Muʿāwiya selon son rang. Parmi les derniers à entrer se trouvait al-Aḥnaf ibn Qays — que ʿUbayd Allāh ne considérait guère. Pourtant, lorsque Muʿāwiya vit al-Aḥnaf, il l’accueillit chaleureusement, l’honora, le vénéra et l’installa à ses côtés sur son siège. Les autres parlèrent alors, louant ʿUbayd Allāh, tandis qu’al-Aḥnaf gardait le silence. Muʿāwiya s’adressa à lui : « Qu’as-tu donc, Abū Baḥr ? Pourquoi ne dis-tu rien ? » L’intéressé répondit : « Si je parle, je contredirais… »