Quant à la fameuse parole qu’invoquent nombre de juristes et de spécialistes des fondements (uṣūl) de la religion, selon laquelle le Prophète aurait dit : « Prenez la moitié de votre religion de cette ‘Ḥumayrā’ », elle ne repose sur aucun fondement et n’apparaît dans aucune source de l’islam. J’ai moi-même interrogé à ce sujet notre maître Abū al-Ḥajjāj al-Mizzī, qui déclara : « Elle n’a pas de base. » (1)
Par la suite, aucune femme ne fut plus savante que les disciples de ‘Āʾisha : ‘Amra bint ʿAbd al-Raḥmān, Ḥafṣa bint Sīrīn et ʿĀʾisha bint Ṭalḥa. La Mère des croyants ʿĀʾisha fut la seule à rapporter, des Compagnons, des questions qui ne se trouvent que chez elle ; elle eut aussi des points de vue personnels dont on rapporte par ailleurs d’autres traditions divergentes, assorties de diverses interprétations. Plusieurs savants ont déjà consigné tout cela.
Al-Shaʿbī a rapporté : « Lorsque Masrūq transmettait un ḥadīth de la part de ʿĀʾisha, il disait : “M’a rapporté la véridique, fille du véridique, l’aimée du Messager de Dieu, celle qui fut innocentée du haut de sept cieux.” » Dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, il est établi, d’après Abū ʿUthmān al-Nahdī, rapportant de ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, que ce dernier a dit : « J’ai demandé : “Ô Messager de Dieu, qui est la personne que tu aimes le plus ?” Il répondit : “ʿĀʾisha.” J’ai poursuivi : “Et parmi les hommes ?” Il répondit : “Son père.” » (2)
Toujours dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, on rapporte également qu’Abū Mūsā a dit : le Messager de Dieu (ﷺ) a déclaré : « Beaucoup d’hommes ont atteint la perfection. Mais, parmi les femmes, seules Marie, fille de ʿImrān, Khadīja, fille de Khuwaylid, et Āsiya, l’épouse de Pharaon, y sont parvenues. Quant à la supériorité de ʿĀʾisha sur les autres femmes, elle est comparable à celle du tharīd sur tous les autres plats. » (3)
Beaucoup de savants qui ont soutenu la prééminence de ʿĀʾisha sur Khadīja se sont appuyés sur ce ḥadīth et ont remarqué qu’il englobe aussi les trois femmes citées, ainsi que toutes les autres. Cette position est également appuyée par un autre récit rapporté dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, où Ismāʿīl ibn Khalīl a dit : ʿAlī ibn Mus’hir nous a transmis, d’après Hishām ibn ʿUrwa, d’après son père, d’après ʿĀʾisha, qu’elle raconta : « Hāla bint Khuwaylid – la sœur de Khadīja – demanda un jour à entrer auprès du Messager de Dieu (ﷺ). Reconnaissant un écho de la voix de Khadīja dans sa demande, il eut un mouvement de trouble et dit : “Ô Dieu ! (Fais que ce soit) Hāla.” J’en éprouvai de la jalousie et m’exclamai : “Pourquoi te remémorer cette vieille femme de Quraysh, édentée, morte il y a si longtemps ? Dieu t’a donné en échange bien mieux qu’elle !” » Telle est la version rapportée par al-Bukhārī (4).
Quant au passage souvent ajouté à ce récit : « Par Dieu ! Il ne m’a pas donné meilleure qu’elle », son isnād n’est pas authentique. Nous l’avons mentionné en détail au moment du décès de Khadīja, et nous avons également exposé l’argument de ceux qui lui donnent la prééminence sur ʿĀʾisha, ce qui nous dispense de le redire ici.