Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Elle leur prépara un festin similaire et, parmi ce qu’elle avait disposé, il y avait quelque chose qui se coupait au couteau, comme les cédrats (1) et autres fruits semblables. Elle remit à chacune d’entre elles un couteau. De plus, elle avait préparé Yûsuf (que la paix soit sur lui), l’avait revêtu de ses plus beaux habits, alors qu’il était dans tout l’éclat de sa jeunesse, puis lui ordonna de se présenter ainsi devant elles. Il sortit, resplendissant, plus beau encore qu’une pleine lune. Lorsqu’elles l’aperçurent, elles furent saisies d’admiration (“فَلَمَّا رَأَيْنَهُ أَكْبَرْنَهُ”), c’est-à-dire qu’elles le trouvèrent considérable, le vénérèrent, eurent peur de lui et n’imaginèrent pas qu’un tel être puisse exister parmi les fils d’Adam. Elles furent éblouies par sa beauté au point d’en oublier leur propre personne, se coupant les mains avec ces couteaux sans même sentir leurs blessures (“وَقُلْنَ حَاشَ لِلَّهِ مَا هَذَا بَشَرًا إِنْ هَذَا إِلَّا مَلَكٌ كَرِيمٌ”).

Il est rapporté dans le hadith de l’Isrâ’ (Voyage nocturne) : « Je passai auprès de Yûsuf et constatai qu’il avait reçu la moitié de la beauté. » (2) Al-Suhaylî (3) et d’autres éminents savants ont expliqué que l’expression signifie qu’il détenait la moitié de la beauté d’Adam (que la paix soit sur lui). En effet, Dieu – exalté soit-Il – créa Adam de Sa propre main et insuffla en lui de Son esprit, si bien qu’il atteignit la perfection ultime de la beauté humaine. C’est pourquoi les habitants du Paradis y entreront à la stature et à la beauté d’Adam. Or, Yûsuf était pourvu de la moitié de cette beauté ; il n’existait personne de plus beau qu’eux deux, pas plus qu’il n’exista de femme après Hawwâ’ (Ève) qui lui ressemblât davantage que Sârah, l’épouse de l’ami intime (Abraham, que la paix soit sur lui).

Ibn Mas‘oûd a dit : « Le visage de Yûsuf était éclatant comme l’éclair. Lorsque l’une d’entre elles venait le voir pour une requête, il couvrait aussitôt son visage. » D’autres ont rapporté qu’il portait fréquemment un voile afin de ne pas être vu par les gens. Ainsi, lorsqu’il se montra, elles donnèrent raison à la femme du ministre (l’épouse de l’Azîz) d’être éprise de lui, comme cela fut évoqué. Il en résulta qu’elles se tailladèrent les mains et se blessèrent avec leurs couteaux, saisies de crainte et de stupeur à sa vue.

[Elle dit :] « Voilà donc celui à cause de qui vous m’avez blâmée ! » Puis elle loua sa parfaite chasteté (4), en disant : « Certes, j’ai voulu le séduire, mais il s’est préservé » – c’est-à-dire qu’il resta ferme. « Et s’il ne fait pas ce que je lui ordonne, il sera sûrement jeté en prison et comptera parmi les humiliés. » Les autres femmes l’encouragèrent à obéir à sa maîtresse, mais il s’y refusa catégoriquement et s’écarta, étant de la descendance des prophètes. Il invoqua alors son Seigneur en ces termes : « Ô mon Seigneur ! La prison m’est plus chère que ce à quoi elles m’invitent. Et si Tu ne détournes pas de moi leurs manigances, je finirai par céder à elles et je serai du nombre des ignorants. » C’est-à-dire : « Si Tu m’abandonnes à mon propre sort, je ne possède que faiblesse et incapacité ; je ne puis rien pour moi-même, ni en bien ni en mal, si ce n’est ce que Tu veux. Je suis faible à moins que Tu ne me fortifies, ne me protèges et ne me préserves par Ta puissance et Ta force. »

C’est pourquoi Dieu – exalté soit-Il – dit : « Son Seigneur l’exauça donc et détourna de lui leur ruse. Il est Celui qui entend et qui sait. » (34) « Puis il leur apparut, après qu’ils eurent vu ces preuves, de l’emprisonner pour un certain temps. » (35) « Et deux jeunes gens entrèrent avec lui en prison. L’un d’eux dit : “Je me voyais [en rêve] en train de presser du vin.” Et l’autre dit : “Je me voyais portant sur ma tête du pain que les oiseaux venaient manger. Indique-nous donc l’interprétation de [notre vision], car nous te considérons comme un bienfaisant.” » (36) [Yûsuf] dit : « Aucun aliment ne vous sera servi sans que je vous en donne l’interprétation avant qu’il ne vous arrive. Cela fait partie de l’enseignement que mon Seigneur m’a dispensé. En vérité, j’ai délaissé… » (36)

(1) « Al-ʾatruj » : un arbre qui porte un fruit ressemblant au citron, au goût acide, appelé aussi « pomme des Perses ». (2) Rapporté par Ahmad dans son Musnad (t. 3, p. 148 et 286) et par Muslim (p. 162) dans le chapitre sur la foi. (3) Voir al-Rawḍ al-ʾanf d'al-Suhailī (t. 1, p. 129). (4) Ainsi dans les manuscrits a et b ; dans l'édition imprimée : « bil-ʿiṣma » (avec la consonance).
وأعتدت لهنَّ ضِيافة مثلهنَّ، وأحضرتْ في جملة ذلك شيئًا مما يُقَطعُ بالسكاكين؛ كالأَتْرُجُ (١) ونحوه. وآتتْ كلَّ واحدةٍ منهنَّ سكِّينًا، وكانت قد هيَّأتْ يوسفَ (عليه السلام) ، وألبستْه أحسنَ الثياب، وهو في غاية طراوة الشباب، وأمرتْه بالخروج عليهن بهذه الحالة. فخرجَ وهو أحسنُ من البَدْر لا محالة ﴿فَلَمَّا رَأَيْنَهُ أَكْبَرْنَهُ﴾ أي: أعظمنَه وأجللنَه وهِبْنه، وما ظننَّ أن يكونَ مثل هذا في بني آدم، وبهرهنَّ حُسْنه، حتى اشتغلنَ عن أنفسهن، وجعلنَ يحززنَ في أيديهنَ بثلك السكاكين، ولا يشعرنَ بالجراح ﴿وَقُلْنَ حَاشَ لِلَّهِ مَا هَذَا بَشَرًا إِنْ هَذَا إِلَّا مَلَكٌ كَرِيمٌ﴾. وقد جاء في حديث الإسراء "فمررتُ بيوسفَ وإذا هو قد أعطي شَطْرَ الحُسْن" (٢) . قال السهيلي (٣) وغيره من الأئمة: معناه أنَّه كان على النصْفِ من حُسْن آدمَ (عليه السلام) ، لأن الله تعالى خلقَ آدمَ بيده، ونفخَ فيه من روحه، فكان في غاية نهايات الحُسْنِ البشريِّ، ولهذا يدخلُ أهلُ الجنّةِ الجنَّةَ على طُولِ آدمَ وحُسْنه، ويُوسف كان على النصفِ من حُسْنِ آدمَ، ولم يكن بينهما أحسن منهما، كما أنَّه لم تكن أنثى بعد حوَّاء أشبه بها من سَارَة امرأة الخليل (عليه السلام) . قال ابن مسعود: وكان وجهُ يوسفَ مثل البرق، وكان إذا أتته امرأةٌ لحاجةٍ غطَّى وجهه. وقال غيره: كان في الغالب مبرقعًا لئلا يراه النَّاسُ، ولهذا لمَّا قام عذرن امرأة العزيز في محبَّتِها لهذا المعنى المذكور، وجرى لهن وعليهنَّ ما جرى من تقطيعِ أيديهن بجِراح السكاكين، وما ركبهن من المهابة والدَّهش عند رؤيتِه ومعاينتِه. ﴿قَالَتْ فَذَلِكُنَّ الَّذِي لُمْتُنَّنِي فِيهِ﴾ ثم مدحتْه بالعِفَّة (٤) التَّامَّة، فقالت: ﴿وَلَقَدْ رَاوَدْتُهُ عَنْ نَفْسِهِ فَاسْتَعْصَمَ﴾ أي: امتنع ﴿وَلَئِنْ لَمْ يَفْعَلْ مَا آمُرُهُ لَيُسْجَنَنَّ وَلَيَكُونًا مِنَ الصَّاغِرِينَ﴾ وكان بقيَّةُ النساء حرَّضْنَهُ على السمع والطاعة لسيدته، فأبى أشدَّ الإباء، ونأى لأنه من سُلالة الأنبياء، ودعا فقال في دعائه لرب العالمين ﴿رَبِّ السِّجْنُ أَحَبُّ إِلَيَّ مِمَّا يَدْعُونَنِي إِلَيْهِ وَإِلَّا تَصْرِفْ عَنِّي كَيْدَهُنَّ أَصْبُ إِلَيْهِنَّ وَأَكُنْ مِنَ الْجَاهِلِينَ﴾ يعني إن وَكَلْتني إلى نفسي فليس لي من نفسي إلا العجز والضعف، ولا أملكُ لنفسي نفعًا ولا ضَزَأ إلا ما شاء الله، فأنا ضعيفٌ إلا ما قوَّيتني وعصمتني وحفظتني، وحُطتني بحولك وقؤتك، ولهذا قال تعالى: ﴿فَاسْتَجَابَ لَهُ رَبُّهُ فَصَرَفَ عَنْهُ كَيْدَهُنَّ إِنَّهُ هُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ (٣٤) ثُمَّ بَدَا لَهُمْ مِنْ بَعْدِ مَا رَأَوُا الْآيَاتِ لَيَسْجُنُنَّهُ حَتَّى حِينٍ (٣٥) وَدَخَلَ مَعَهُ السِّجْنَ فَتَيَانِ قَالَ أَحَدُهُمَا إِنِّي أَرَانِي أَعْصِرُ خَمْرًا وَقَالَ الْآخَرُ إِنِّي أَرَانِي أَحْمِلُ فَوْقَ رَأْسِي خُبْزًا تَأْكُلُ الطَّيْرُ مِنْهُ نَبِّئْنَا بِتَأْوِيلِهِ إِنَّا نَرَاكَ مِنَ الْمُحْسِنِينَ (٣٦) قَالَ لَا يَأْتِيكُمَا طَعَامٌ تُرْزَقَانِهِ إِلَّا نَبَّأْتُكُمَا بِتَأْوِيلِهِ قَبْلَ أَنْ يَأْتِيَكُمَا ذَلِكُمَا مِمَّا عَلَّمَنِي رَبِّي إِنِّي تَرَكْتُ
(١) "الأَتْرُّج": شجر يحمل ثمرًا كالليمون، حامض الطعم، ويُسمَّى: تفاح العجم. (٢) أخرجه أحمد في المسند (٣/ ١٤٨ و ٢٨٦) ومسلم (١٦٢) في الإيمان. (٣) انظر الروض الأنف للسهيلي (١/ ١٢٩). (٤) كذا في أ وب، وفي المطبوع: بالعصمة.

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