Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Dès qu’il reçut les cinq cents dinars, le bédouin se mit à pleurer. On lui dit : « Qu’as-tu donc ? N’as-tu pas obtenu ce que tu désirais ? » Il répondit : « Si, par Dieu, mais je pleure de penser que la terre puisse un jour ensevelir un homme tel que toi. »

‘Abd al-Ḥamīd ibn Jaʿfar rapporta : « Un homme vint à Médine pour acquitter une dette équivalant à quatre diyāt. Il sollicita l’aide de ses habitants, et l’on lui conseilla de s’adresser à al-Ḥasan ibn ʿAlī, ʿAbd Allâh ibn Jaʿfar, Saʿīd ibn al-ʿĀṣ ou ʿAbd Allâh ibn ʿAbbās. Il se rendit donc à la mosquée, et vit Saʿīd qui entrait. Il demanda : “Qui est cet homme ?” On lui répondit : “C’est Saʿīd ibn al-ʿĀṣ.” Il l’approcha et lui exposa sa situation. Saʿīd attendit de quitter la mosquée pour regagner sa demeure, puis dit au bédouin : “Amène quelqu’un pour t’aider à porter.” Le bédouin s’exclama : “Que Dieu te fasse miséricorde ! Je te demande de l’argent, non des dattes !” Saʿīd répliqua : “Je le sais, mais amène quelqu’un pour t’aider.” Il lui remit alors quarante mille (pièces), que l’homme prit avant de s’en aller, sans jamais solliciter qui que ce soit d’autre. »

Saʿīd ibn al-ʿĀṣ conseilla à son fils en ces termes : « Ô mon fils, puisse Dieu discréditer la bienfaisance qui n’intervient pas spontanément, avant même qu’on ne la réclame. Mais si vient à toi un homme dont le visage est rougi par la gêne, ou un autre qui, plein d’inquiétude, ignore si tu lui donneras ou refuseras, par Dieu, quand bien même tu lui remettrais tout ton bien, tu ne pourrais t’acquitter envers lui. »

Il déclara aussi : « À l’égard de mon compagnon, je m’impose trois choses : lorsqu’il s’approche, je l’accueille chaleureusement ; quand il s’assied, je lui fais place ; et quand il parle, je prête toute mon attention à ses propos. » Et il dit encore : « Ô mon fils, ne plaisante pas avec un noble, car il t’en voudrait, et ne badine pas avec un homme vil, car tu cesserais alors de compter à ses yeux (ou il oserait s’en prendre à toi). »

Un jour, il prononça un discours où il affirma : « Que celui à qui Dieu a accordé une subsistance abondante en soit le plus heureux. En vérité, il ne laisse sa fortune qu’à l’un de ces deux hommes : soit un homme vertueux, qui bénéficiera de ce que tu auras amassé tandis que toi, tu seras perdant (et le vertueux ne saurait considérer cela comme un fardeau), soit un corrupteur, qui ne laissera rien subsister. » Alors Muʿāwiya s’exclama : « Abū ʿUthmān (Saʿīd ibn al-ʿĀṣ) a réuni là toute la sagesse du propos. »

Selon un récit transmis par al-Aṣmaʿī, d’après Ḥakīm ibn Qays, Saʿīd ibn al-ʿĀṣ déclara : « Il y a deux situations où je ne rougis ni de ma douceur ni de ma patience : lorsque je m’adresse à un ignorant ou à un sot, et quand je présente moi-même une requête personnelle. »

Une femme pieuse entra un jour auprès de lui – alors qu’il gouvernait Kūfa – et il l’honora en l’accueillant avec bienveillance. Elle s’écria : « Que Dieu ne te rende jamais dépendant d’un homme méprisable ! Puisses-tu toujours conserver l’ascendant sur les nobles, et s’Il retire une grâce à l’un d’eux, qu’Il fasse de toi le moyen par lequel cette grâce lui soit rendue. »

(1) Mukhtaṣar Tārīkh Dimashq (9/314). (2) « Al-Ḥammāla » : l’amende que porte un groupe à la place d’un autre. (3) Mukhtaṣar Tārīkh Dimashq (9/314). (4) Dans l’édition imprimée : « ajr lillāh » (récompense pour Dieu). Le récit avec une expression similaire se trouve dans al-ʿAqd al-Farīd (1/238), dont le texte est : « qabiḥa allāh al-maʿrūf » (qu’Allah rende odieux le bienfait). (5) Entre deux sièges, est tombé de B.
دنانير فادفع إليه خمسمئة دينار. فلمَّا قبضها الأعرابيُّ جلس يبكي، فقال له: مالك، ألم تقبض نوالك؟ قال: بلى واللَّه، ولكن أبكي على الأرض كيف تأكل مثلك (١) . وقال عبد الحميد بن جعفر: جاء رجل في حَمَالة (٢) أربع دِيَات سأل فيها أهل المدينة، فقيل له: عليك بالحسن بن علي، أو عبد اللَّه بن جعفر، أو سعيد بن العاص، أو عبد اللَّه بن عباس، فانطلق إلى المسجد، فإذا سعيد داخل إليه، فقال: مَنْ هذا؟ فقيل: سعيد بن العاص، فقصده فذكر له ما أقدمه، فتركه حتى انصرف من المسجد إلى المنزل، فقال للأعرابي: ائتِ بمن يحمل معك، فقال: رحمك اللَّه! إنما سألتك مالًا لا تمرًا، فقال: أعرف، ائتِ بمن يحمل معك، فأعطاه أربعين ألفأ، فأخذها الأعرابي وانصرف، ولم يسأل غيره (٣) . وقال سعيد بن العاص لابنه: يا بني! أخزى اللَّه (٤) المعروف إذا لم يكن ابتداءً من غير مسألة، فأمّا إذا أتاك الرجل تكاد ترى دمه في وجهه، أو جاءك مخاطرًا لا يدري أتعطيه أم تمنعه، فواللَّه لو خرجتَ له من جميع مالك ما كافأتَه. وقال سعيد: لجليسي عليَّ ثلاث: إذا دنا رحَّبتُ به، وإذا جلس أوسعتُ له، وإذا حدَّث أقبلتُ عليه. وقال أيضًا: يا بني! لا تُمازحِ الشريف فيحقد عليك، ولا الدَّنيء فتهون عليه - وفي رواية: فيجترئ عليك. وخطب يومًا فقال: مَنْ رزقه اللَّه رزقًا حسنًا فليكن أسعد الناس به، إنما يتركه لأحد رجلين: إمّا مصلح فيسعد بما جمعتَ له وتخيب أنت، والمصلح لا يقلُّ عليه شيء [وإمّا مفسد فلا يبقى له شيء] (٥) . فقال معاوية: جمع أبو عثمان طرف الكلام. وروى الأصمعي، عن حكيم بن قيس قال: قال سعيد بن العاص: موطنان لا أَستحيي من رفقي فيهما والتأنِّي عندهما: مخاطبتي جاهلًا أو سفيهًا، وعند مسألتي حاجة لنفسي. ودخلت عليه امرأة من العابدات -وهو أمير الكوفة- فأكرمها وأحسن إليها، فقالت: لا جعل اللَّه لك حاجة إلى لئيم، ولا زالت المنَّة لك في أعاق الكرام، وإذا أزال عن كريم نعمة جعلك سببًا لردِّها عليه.
(١) مختصر تاريخ دمشق (٩/ ٣١٤). (٢) "الحمالة": الغرامة التي يحملها قوم عن قوم. (٣) مختصر تاريخ دمشق (٩/ ٣١٤). (٤) في المطبوع: أجر للَّه. والخبر بنحوه في العقد الفريد (١/ ٢٣٨) ولفظه فيه: قبح اللَّه المعروف. (٥) ما بين حاصرتين سقط من ب.

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