Puis il le démit de ses fonctions et nomma Saʿīd ibn al-ʿĀṣ, qui résida un temps à cet endroit. Cependant, sa conduite n’y fut pas appréciée et ils ne l’aimaient pas. Alors Mālik ibn al-Ḥārith — c’est-à-dire al-Ashṭar an-Nakha‘ī — se rendit avec un groupe auprès de ʿUthmān, lui demandant de révoquer Saʿīd. Il refusa de le faire et le garda auprès de lui à Médine. Ensuite, il l’envoya néanmoins à Kufa, mais al-Ashṭar y arriva avant lui, s’adressa aux gens et les incita à l’empêcher d’entrer. Al-Ashṭar partit à la tête d’une troupe pour lui bloquer l’accès.
Il est dit qu’ils allèrent à sa rencontre jusqu’à al-ʿUḏayb, alors que Saʿīd s’était arrêté à ar-Raʿtha (2). Ils l’empêchèrent d’entrer parmi eux et continuèrent jusqu’à ce qu’il rebrousse chemin vers ʿUthmān. Al-Ashṭar établit alors Abū Mūsā al-Ashʿarī à la tête de la prière et de la frontière, et Ḥudhayfa ibn al-Yamān à la tête du butin. Les habitants de Kufa validèrent cette décision et envoyèrent un message à ʿUthmān à ce sujet. Celui-ci approuva ce qui avait été fait et, en apparence, s’en réjouit, mais cela constitua en réalité le premier signe de faiblesse qui l’affecta.
Saʿīd ibn al-ʿĀṣ demeura à Médine jusqu’au siège de ʿUthmān, durant lequel il se trouvait dans sa demeure. Puis, lorsque Ṭalḥa et az-Zubayr quittèrent La Mecque aux côtés de ʿĀʾisha pour venger le meurtre d’ʿUthmān, il les rejoignit. Par la suite, lui, al-Mughīra ibn Shuʿbah et d’autres se séparèrent du groupe et restèrent à aṭ-Ṭāʾif jusqu’à la fin de ces guerres. Puis, quand Muʿāwiya devint calife, il le nomma gouverneur de Médine en l’an quarante-neuf, destituant Marwān. Saʿīd y demeura un certain temps (3), avant que Marwān ne fût rétabli.
Selon ʿAbd al-Malik ibn ʿUmayr, qui rapporte les propos de Qabīṣa ibn Jābir, celui-ci raconta : « Ziyād m’envoya pour une mission auprès de Muʿāwiya. Quand je l’eus accomplie, je lui dis : “Ô Commandeur des croyants, à qui reviendra le pouvoir après toi ?” Il resta silencieux un moment, puis répondit : “Il se partagera entre plusieurs hommes. Pour ce qui est du noble de Quraysh : c’est Saʿīd ibn al-ʿĀṣ. Quant au jeune homme de Quraysh pour sa pudeur, son habileté et sa générosité, c’est ʿAbd Allāh ibn ʿĀmir. Quant à al-Ḥasan ibn ʿAlī, c’est un homme noble et généreux. Quant à celui qui connaît le Livre de Dieu, qui est juriste en religion et ferme sur les limites voulues par Dieu, c’est Marwān ibn al-Ḥakam. Celui qui est jurisconsulte, c’est ʿAbd Allāh ibn ʿUmar. Quant à celui qui résistera à la Loi par des ruses de bêtes sauvages et se dérobera comme un renard, c’est ʿAbd Allāh ibn az-Zubayr.” »
On raconte aussi qu’un jour, alors qu’il se trouvait sur une route à Médine, il demanda à boire. Un homme sortit de chez lui pour lui donner de l’eau, et il but. Quelque temps plus tard, il s’aperçut que cet homme vendait sa maison. Il s’en enquit et apprit qu’il avait une dette de quatre mille dinars. Il convoqua son créancier et lui dit : « Cette dette, je la prends à mon compte. » Ensuite, il envoya dire au propriétaire : « Garde ta maison et jouis-en (6). »
Un homme parmi les “lecteurs” (qurrāʾ) qui se réunissaient auprès de lui s’était appauvri et subissait une grande détresse. Son épouse lui dit : « Cet émir qui nous gouverne… »