Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«J’ai dépensé cela pour elle. Mais lorsque mes ressources se sont amenuisées, son père s’est détourné de moi et m’a dénoncé auprès de ton gouverneur à Koufa – le fils d’Oumm al-Hakam. Lorsqu’il apprit sa beauté, il me fit jeter dans les fers et m’obligea à la répudier. Une fois son délai de viduité achevé, ton gouverneur donna à son père dix mille dirhams et l’épousa. Je suis donc venu vers toi, Ô Commandeur des Croyants, car tu es le recours de l’affligé, de l’opprimé, de celui qu’accablent tristesse et détresse, et tu es le soutien de celui à qui l’on a tout pris. Y a-t-il une issue ?»

Alors il se mit à pleurer et récita ces vers :

«Mon cœur est une fournaise
Et l’incendie y jette ses étincelles.
Mon corps est devenu frêle,
Mon teint s’est terni.
Mes yeux pleurent de chagrin,
Un flot ininterrompu de larmes.
L’amour est un mal impitoyable,
Devant lequel le médecin s’avoue désemparé.
J’en porte un lourd fardeau
Que je ne puis endurer.
Ma nuit n’est plus une nuit,
Mon jour n’est plus un jour.»

Il dit : «Mu‘awiya fut pris de compassion à son égard. Il écrivit au fils d’Oumm al-Hakam pour le blâmer de son acte, le réprimander et lui ordonner de la répudier d’emblée. Lorsque la lettre lui parvint, il poussa un profond soupir et déclara : “J’aurais souhaité que le Commandeur des Croyants me la laissât une année, puis me livrât à l’épée !” Il tenta de se convaincre de divorcer d’elle, mais ne put s’y résoudre. Le messager qui lui avait apporté la lettre le pressait toutefois d’obéir : il la répudia, la renvoya et la fit accompagner par la délégation jusqu’à Mu‘awiya.

Lorsqu’elle se trouva devant lui, il vit une femme d’une grande beauté. Quand il l’invita à parler, elle apparut comme la plus éloquente, la plus gracieuse dans ses propos, la plus accomplie en charme et en prestance. Mu‘awiya s’adressa alors à Ibn ‘Aqqah : “Ô Bédouin ! Est-il un moyen pour toi de l’oublier, moyennant quelque plus grand avantage ?” Il répondit : “Oui, à condition que tu sépares ma tête de mon corps.” Puis il récita :

«Ne me mets pas, par un exemple que l’on citerait,
Au rang de celui qui fuit la fournaise pour le brasier !
Rends Sa‘âd à un homme accablé de détresse,
Qui vit le matin et le soir dans l’angoisse et le souvenir.
Un trouble inégalé le mine,
Et il a enflammé son cœur d’un feu ardent.
Par Dieu, jamais je ne pourrai l’oublier,
Avant que la tombe et ses pierres ne m’engloutissent.
Comment l’oublier, alors que mon cœur s’est épris d’elle
Et qu’il ne peut s’arracher à cette passion ?»

Mu‘awiya déclara : «Alors nous la laisserons choisir entre moi, toi et le fils d’Oumm al-Hakam.» Elle se mit à dire :

«Fût-il vêtu de haillons,
Fût-il réduit à la pauvreté…»

(1) La première moitié de ce vers figure dans les éditions imprimées comme suit : « et cet amour est une leçon » ; cette lecture constitue une déformation grave, car le sens devient incorrect et le mètre ne tient plus. (2) Dans l’édition imprimée, le mot a été déformé en « إطار » (encadrement). « الأطمار » est le pluriel de « طمر », qui désigne un tissu précieux.
فأنفقتُ ذلك عليها، فلمّا قلَّ ما بيدي رغب عني أبوها وشكاني إلى عاملك بالكوفة -ابن أمِّ الحكم- وبلغه جمالها، فحبسَني في الحديد، وحملَني على أن طلَّقتُها، فلمّا انقضت عدَّتُها أعطاه عاملك عشرة آلاف درهم فزوَّجه بها، وقد أتيتك يا أمير المؤمنين وأنت غياث المحزون الملهوف المكروب، وسند المسلوب، فهل من فَرَج؟ ثم بكى وأنشأ يقول: في القلب منِّيَ نارُ … والنَّارُ فيها شَرَارُ والجسمُ منِّي نَحيلٌ … واللَّونُ فيه اصْفِرارُ والعينُ تبكي بشَجْوٍ … فدَمْعُها مِدْرارُ والحبُّ داءٌ عسِيرٌ … فيه الطَّبيبُ يَحَارُ (١) حُمِّلتُ فيه عَظيمًا … فما علَيهِ اصْطبارُ فليسَ ليلي بلَيلٍ … ولا نهاري نهارُ قال: فرقَّ له معاوية، وكتب إلى ابن أمِّ الحكم يؤنِّبُه على ذلك ويعيبه عليه ويأمره بطلاقها قولًا واحدًا، فلمّا جاءه كتاب معاوية تنفَّس الصُّعَداء وقال: وددتُ أن أمير المؤمنين خلَّى بيني وبينها سنة ثم عرضني على السَّيف، وجعل يؤامر نفسه على طلاقها فلا يقدر على ذلك ولا تُجيبه نفسه. وجعل الرسول الذي ورد عليه بالكتاب يستحثُّه، فطلَّقها وأخرجها عنه، وسيَّرها مع الوفد إلى معاوية. فلمّا وقفت بين يديه رأى منظرًا جميلًا، فلما استنطقها فإذا أفصح الناس، وأحلاهم كلامًا، وأكملهم جمالًا ودلالًا، فقال لابن عقَها: يا أعرابيّ! هل من سُلُوٍّ عنها بأفضل الرَّغبة؟ قال: نعم، إذا فرقتَ بين رأسي وجسدي، ثم أنشأ يقول: لا تجعلَنِّيَ والأمثالُ تُضربُ بي … كالمُستغيثِ من الرَّمضاء بالنَّار اردُدْ سُعادَ على حَيْرانَ مُكتئبٍ … يُمسي ويُصبحُ في همٍّ وتَذْكار قد شَفَّهُ قلقٌ ما مثلُهُ قلقٌ … وأُسعر القلبُ منه أيّ إسْعار واللَّهِ واللَّهِ لا أَنسى محبَّتَها … حتى أُغيَّبَ في رَمْسٍ وأحجار كيف السُّلوُّ وقد هام الفؤادُ بها … وأصبحَ القلبُ عنها غيرَ صَبَّار فقال معاوية: فإنا نخيِّرها بيني وبينك وبين ابن أمِّ الحكم، فأنشأتْ تقول: هذا وإنْ أصبحَ في أَطْمار (٢) … وكان في نقصٍ من اليَسَار
(١) ورد الشطر الأول من هذا البيت في النسخ المطبوعة كما يلي: والحب ذا عبر وهذا تحريف فظيع: إذ يختل المعنى ولا يستقيم الوزن. (٢) تحرفت في المطبوع إلى: إطار. "والأطمار": جمع طمر، وهو الثوب الخلَق.

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