Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Et à propos de la chasse, il dépêcha quelqu’un pour le dissuader de ce projet, à savoir ‘Ubayd ibn Ka‘b an-Numayrî – qui était un proche et fidèle compagnon de Ziyâd. Celui-ci se rendit donc à Damas et rencontra d’abord Yazîd. Il lui parla au sujet de Ziyâd et lui conseilla de ne pas poursuivre cette affaire [et de ne pas l’accepter], (1) car renoncer à cette démarche serait préférable pour lui que de s’y engager. Yazîd se ravisa alors de ce qu’il avait initialement envisagé. Il rencontra ensuite son père, et ils tombèrent d’accord sur le fait de ne pas donner suite à ce projet pour le moment.

Lorsque Ziyâd mourut, cette même année, Mu‘âwiyah entreprit de prendre des dispositions en faveur de Yazîd, l’invita à cela et conclut le pacte d’allégeance (bay‘ah) en faveur de son fils Yazîd. Il écrivit aux différentes provinces pour les en informer. Partout, on apporta l’allégeance à Yazîd, à l’exception de ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Bakr, ‘Abd Allâh ibn ‘Umar, al-Husayn ibn ‘Alî, ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr et Ibn ‘Abbâs. Peu après, Mu‘âwiyah se rendit à la Mecque en accomplissant la ‘umrah. En passant par Médine sur le chemin du retour, il convoqua chacun de ces cinq hommes tour à tour, les menaça et les intimida individuellement. Celui qui lui opposa la plus grande fermeté et se montra le plus intransigeant par la parole fut ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Bakr as-Siddîq, tandis que le plus conciliant fut ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn al-Khattâb.

Ensuite, Mu‘âwiyah prononça un discours tandis que ces cinq hommes se trouvaient au pied de son minbar (tribune). Les gens prêtèrent serment d’allégeance à Yazîd alors que ces cinq restaient assis, ne se joignant pas à la foule et ne manifestant aucune opposition publique, en raison des menaces proférées contre eux. Ainsi, l’allégeance à Yazîd fut acceptée dans tous les territoires. Des délégations de toutes les provinces arrivèrent auprès de Yazîd : parmi elles se trouvait celle d’al-Aḥnaf ibn Qays. Mu‘âwiyah lui ordonna de converser avec Yazîd. Ils parlèrent donc, puis al-Aḥnaf ressortit. Mu‘âwiyah lui demanda : « Qu’as-tu pensé de mon neveu ? » Il répondit : « Nous craignons Dieu si nous mentons, et nous vous craignons si nous disons la vérité. Tu es le mieux placé pour savoir ce qu’il est, de nuit comme de jour, en secret comme en public, et tu connais ses allées et venues. Toi seul sais le but que tu poursuis. Quant à nous, notre rôle est d’écouter et d’obéir, et quant à toi, il te revient de conseiller la communauté. »

Lorsqu’il conclut la paix avec al-Ḥasan ibn ‘Alî, Mu‘âwiyah lui avait promis que le pouvoir lui reviendrait après lui. Mais après la mort d’al-Ḥasan, l’autorité de Yazîd s’était renforcée aux yeux de Mu‘âwiyah, qui le trouvait compétent et voyait en lui l’héritier de son affection paternelle. Il distinguait en effet chez Yazîd des signes de réussite mondaine, à la manière des enfants de la royauté, et une connaissance de la guerre, de l’organisation du pouvoir et de la gestion de ses fastes. Mu‘âwiyah pensait qu’aucun des fils des Compagnons (ṣaḥâbah) ne serait capable d’accomplir ce que Yazîd pouvait faire en ces domaines.

C’est pourquoi il déclara à ‘Abd Allâh ibn ‘Umar, lors de leurs échanges : « J’ai craint de laisser la communauté après moi telle un troupeau trempé par la pluie, privé de berger. » Ibn ‘Umar lui répondit : « Si tout le monde lui prête serment d’allégeance, je le ferai également, même s’il s’agissait d’un esclave abyssin aux membres mutilés. »

Sa‘îd ibn ‘Uthmân ibn ‘Affân adressa des reproches à Mu‘âwiyah pour avoir désigné Yazîd à sa place et, en guise de requête, sollicita que ce fût plutôt lui-même qui soit investi à la place du fils de Mu‘âwiyah. Sa‘îd dit entre autres : « Mon père n’a cessé de veiller sur toi jusqu’à ce que tu atteignes la plus haute marche de la gloire et de la dignité. Voilà que tu fais passer ton fils avant moi, alors que je suis supérieur à lui par mon père, par ma mère et par ma propre personne. » Mu‘âwiyah lui répondit : « Ce que tu dis au sujet des bienfaits de ton père à mon égard est incontestable. Pour ce qui est du fait que ton père est meilleur que le sien, c’est vrai. Quant à ta mère, elle est qurayshite, tandis que la mère de Yazîd appartient à la tribu des Kalb, qui est d’un rang inférieur. Mais à propos de ta supériorité personnelle sur Yazîd (2), je jure que si la plaine de Ghûṭah (près de Damas) était remplie d’hommes tels que toi, je préférerais tout de même Yazîd à vous tous. »

(1) Juste de (A). (2) Ce qui est entre deux parenthèses n'est pas dans A.
والصَّيد، فبعث إليه من يَثْني رأيه عن ذلك وهو عبيد بن كعب النُّميري -وكان صاحبًا أكيدًا لزياد- فسار إلى دمشق، فاجتمع بيزيد أولًا، فكلَّمه عن زياد، وأشار عليه بألَّا يطلب ذلك [ولا يقبله] (١) فإنَّ تركَهُ خير له من السَّعي فيه، فانزجر يزيدُ عما يريد من ذلك، ثم اجتمع بأبيه واتَّفقا على ترك ذلك في هذا الوقت، فلمّا مات زياد وكانت هذه السنة شرَعَ معاوية في نظم ذلك ليزيد والدعاء إليه، وعقد البيعة لولده يزيد، وكتب إلى الآفاق بذلك، فبايع له الناس في سائر الأقاليم إلَّا عبد الرحمن بن أبي بكر، وعبد اللَّه ابن عمر، والحسين بن علي، وعبد اللَّه بن الزبير، وابن عبّاس، فركب معاوية إلى مكة معتمرًا، فلما اجتاز بالمدينة -مرجعه من مكة- استدعى كل واحد من هؤلاء الخمسة فأَوعده وتهدَّده بانفراده، فكان من أشدهم عليه ردًّا وأجلدهم في الكلام عبد الرحمن بن أبي بكر الصدِّيق، وكان ألينَهم كلامًا عبد اللَّه بن عمر بن الخطاب، ثم خطب معاويةُ وهؤلاء الخمسة حضورٌ تحت منبره، وبايع الناس ليزيد وهم قعود، لم يواففوا ولم يُظهروا خلافًا لما تهدَّدهم وتوعَّدهم، فاتَّسَقت البيعة ليزيد في سائر البلاد، وقدمت الوفود من سائر الأقاليم إلى يزيد، فكان فيمن قدم الأحنفُ بن قيس، فأمره معاوية أن يحادث يزيد، فجلسا، ثم خرج الأحنف، فقال له معاوية: ماذا رأيتَ من ابن أخيك؟ فقال: إنا نخاف اللَّهَ إنْ كذَبْنا، ونخافكم إنْ صَدَقنا، وأنت أعلم به في ليله ونهاره، وسرِّه وعلانيته، ومدخله ومخرجه، وأنت أعلم بما أردت، وإنّما علينا أن نسمع ونطيع، وعليك أن تنصح للأمَّة. وقد كان معاوية لمّا صالح الحسن بن علي عهد للحسن بالأمر من بعده، فلمّا مات الحسن قوي أمر يزيد عند معاوية، ورأى أنه لذلك أهل، وذاك من شدَّة محبة الوالد لولده، ولما كان يتوسَّم فيه من النَّجابة الدنيوية، وسيما أولاد الملوك ومعرفتهم بالحروب وترتيب الملك والقيام بأُبَّهته، وكان يظن أنه لا يقوم أحدٌ من أبناء الصحابة في هذا المعنى مقامَه، ولهذا قال لعبد اللَّه بن عمر فيما خاطبه به: إني خفتُ أن أذرَ الرعيَّة من بعدي كالغنم المطيرة ليس لها راع. فقال له ابن عمر: إذا بايعه الناس كلُّهم بايعتُه ولو كان عبدًا حبشيًّا مجدَّع الأطراف. وقد عاتب معاويةَ في ولايته يزيدَ سعيدُ بنُ عثمان بن عفّان، وطلب منه أن يولِّيه مكانه -يعني مكان ابنه يزيد- وقال له [سعيد فيما قال: إنَّ أبي لم يزل معتنيًا بك حتى بلغتَ ذروة المجد والشرف، وقد قدَّمتَ ولدك عليَّ وأنا خير منه أبًا وأمًّا ونفسًا. فقال له: أمَّا ما ذكرتَ من إحسان أبيك إليَّ فإنه أمر لا يُنكر، وأمّا كون أبيك خيرًا من أبيه فحقّ، وأمك قرشيّة وأمه كلبيَّة فهي خير منها، وأما كونك خيرًا منه] (٢) فواللَّه لو مُلئت إلي الغوطة رجالًا مثلك لكان يزيدُ أحبَّ إليَّ منكم كلكم.
(١) من (أ) فقط. (٢) ما بين حاصرتين ليس في أ.

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