Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Puis il déclara : « Ceci est de la plume du fils d’al-Furay‘ah, Ḥassān ibn Thābit, à propos de nous, de notre royauté, et de nos demeures dans les confins de la Ghouta de Damas. » Il dit ensuite : « Puis il se tut longtemps, avant de leur dire : “Pleurez pour moi.” » Alors elles déposèrent leurs ‘īdān (leurs instruments) et inclinèrent leurs têtes, puis elles dirent :

« Les nobles se sont faits chrétiens pour l’humiliation d’une seule gifle…
Or, quel tort y aurait-il eu à la supporter ?
Mon entêtement et mon orgueil m’y ont cerné,
Et j’ai troqué l’œil sain contre la cécité.
Ah, si seulement ma mère ne m’avait jamais enfanté,
Et si seulement j’étais revenu aux paroles qu’Omar avait prononcées.
Si seulement je faisais paître les chamelles en gestation dans une contrée déserte,
Ou si j’étais captif chez Rabī‘a ou Muḍar.
Si seulement j’avais dans le Shām (Syrie) la plus modeste subsistance :
Je continuerais d’errer parmi les miens, privé d’ouïe et de vue.
J’adopterais la religion qu’ils adoptent,
Car même un vieux chameau endure les plaies de bât. »

Il poursuivit : « Puis il posa sa main sur son visage et se mit à pleurer, jusqu’à en mouiller sa barbe de larmes, et je pleurai avec lui. » Ensuite, il fit apporter cinq cents dinars romains (dits héraqliens) et dit : « Prends ceci et remets-le à Ḥassān ibn Thābit. » Il en fit ensuite venir un autre montant semblable et s’exprima ainsi : « Prends ceci pour toi. » Je répondis : « Je n’en ai que faire, je n’accepte rien de ta part étant donné que tu as renié l’islam. » — On raconte qu’il ajouta cette somme à celle de Ḥassān, de sorte qu’il lui envoya mille dinars héraqliens.

Puis il me dit : « Transmets mes salutations à ‘Omar ibn al-Khaṭṭāb et à l’ensemble des musulmans. » Lorsque j’arrivai auprès de ‘Omar, je l’informai de ce qui s’était passé. Il me demanda : « L’as-tu vu boire du vin ? » Je répondis : « Oui. » Il dit : « Qu’Allāh l’éloigne ! Il a préféré l’éphémère à l’éternel ; son commerce ne lui est pas profitable. » Puis il ajouta : « Qu’est-ce qu’il a fait parvenir à Ḥassān ? » Je répondis : « Cinq cents dinars héraqliens. » Alors il fit venir Ḥassān et les lui remit. Ḥassān les prit et partit, en disant :

« En vérité, Ibn Jafna fait partie de cette lignée dont les ancêtres
n’ont pas su combattre autrement que par la remontrance.
Il ne m’a jamais oublié au Shām, alors qu’il en était le maître ;
Jamais non plus quand il prit le parti des Byzantins pour se faire chrétien.
Il donne généreusement, et considère cela chez lui
à peine comme une aumône sans valeur.
Un jour, je me suis présenté à lui ; il m’accorda une place proche,
il m’offrit à boire et me désaltéra du récipient (de vin). »

Plus tard, cette même année, sous le règne de Muʿāwiya, celui-ci dépêcha ‘Abd Allāh ibn Masʿada al-Fazārī comme émissaire auprès du roi

(1) Les vers sont de Jubala ibn al-Ahyam, comme l'indique explicitement le propriétaire de « Al-Aghani » (15/170), ainsi que dans « Al-ʿIqd al-Farīd » (2/61) et le « Mukhtaṣar Tārīkh Dimashq » (5/373). Quant à l'expression « quand le grand oud peut supporter la blessure au derrière » : « al-ʿūd » désigne le dosillonné chez le chameau. « Al-dibr » signifie la plaie ou ulcère de la bête. (2) Dans les fondements de notre livre, « al-maḥrūm » remplace « al-madhmūm ». Ce qui est établi provient du dīwān et d'autres sources de citation. (3) « Al-kharṭūm » désigne un vin à fermentation rapide provoquant une ivresse rapide. Il a également été dit qu'il s'agit du jus qui s'écoule en premier du raisin avant le foulage. Les vers figurent dans le dīwān de Ḥassān (pp. 447‑448) ainsi que dans « Al-ʿIqd al-Farīd » (2/62), « Al-Aghani » (15/167) et le « Mukhtaṣar Tārīkh Dimashq » (5/374).
ثم قال: هذا لابن الفُريعة حسان بن ثابت فينا وفي ملكنا وفي منازلنا بأكناف غوطة دمشق، قال: ثم سكت طويلًا ثم قال لهن: بكينني، فوضعن عيدانهنَّ ونكَّسن رؤوسهنَّ وقلن: تَنَصَّرتِ الأشرافُ من عارِ لَطْمةٍ … وما كانَ فيها لو صبرتُ لها ضَرَرْ تكنَّفَني فيها لجاجٌ ونَخْوَةٌ … وبعتُ بها العينَ الصَّحِيحةَ بالعَوَرْ فيا ليتَ أُمي لم تَلِدْني ولَيْتَني … رجعتُ إلى القولِ الذي قالهُ عُمَرْ ويا ليتَني أَرعى المخاضَ بقفْرَةٍ … وكنتُ أسيرًا في ربيعةَ أو مُضَرْ ويا ليتَ لي بالشّامِ أدنى مَعيشةٍ … أُجال قومي ذاهبَ السَّمعِ والبَصَرْ أَدِينُ بما دانُوا به مِنْ شريعةٍ … وقد يَصْبِرُ العَوْدُ الكبيرُ على الدَّبَرْ (١) قال: فوضع يده على وجهه فبكى حتى بلَّ لحيته بدموعه، وبكيت معه، ثم استدعى بخمسئة دينار هِرَقلية فقال: خذ هذه فأوصلها إلى حسان بن ثابت، وجاء بأخرى مثلها فقال: خذ هذه لك، فقلت: لا حاجةَ لي فيها ولا أقبل منك شيئًا وقد ارتددتَ عن الإسلام - فيقال: إنه أضافها إلى التي لحسان فبعث بألف دينار هِرَقلية - ثم قال له: أبلغ عمر بن الخطاب مني السلام وسائر المسلمين. فلمَّا قدمت على عمر أخبرته خبره، فقال: ورأيتَه يشرب الخمر؟ قلت: نعم، قال: أبعده اللّه، تعجَّل فانيةً بباقية فما ربحت تجارتُه. ثم قال: وما الذي وجَّه به لحسان؟ قلت: خمسمئة دينار هِرَقلية، فدعا حسانًا فدفعها إليه، فأخذها وولَّى وهو يقول: إنَّ ابنَ جَفْنَةَ من بقيَّةِ معشرٍ … لم يَغْزُهُمْ آباؤُهُمْ باللُّومِ لم يَنْسَني بالشَّام إذ هو ربُّها … كلَّا ولا مُتَنَصِّرًا بالرُّومِ يُعطي الجزيلَ ولا يراهُ عندَهُ … إلَّا كبعضِ عطيَّةِ المَذْمومِ (٢) وأَتَيْتُهُ يومًا فقرَّبَ مجلسي … وسَقى فروّاني من الخُرْطُومِ (٣) ثم لما كان في هذه السنة من أيام معاوية بعث معاوية عبد اللّه بن مَسْعدة الفَزَاري رسولًا إلى ملك
(١) الأبيات لجبلة بن الأيهم كما نص عليه صاحب الأغاني (١٥/ ١٧٠) وأيضًا في العقد الفريد (٢/ ٦١) ومختصر تاريخ دمشق (٥/ ٣٧٣). وقوله: وقد يصبر العود الكبير على الدبر "العود": المسن من الإبل. "والدبر": قرحة الدابة. (٢) في أصول كتابنا المحروم بدل المذموم. والمثبت من الديوان وغيره من مصادر التخريج. (٣) "الخرطوم": الخمر السريعة الإسكار. وقيل: هو أول ما يجري من العنب قبل أن يداس. والأبيات في ديوان حسان (ص ٤٤٧ - ٤٤٨) وأيضًا في العقد الفريد (٢/ ٦٢) والأغاني: (١٥/ ١٦٧) ومختصر تاريخ دمشق (٥/ ٣٧٤).

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