Je marchais lorsque j’aperçus un feu qui tantôt brillait, tantôt faiblissait, si bien que je ne parvenais pas à l’atteindre. Alors je dis : « Ô mon Dieu, si Tu me permets de l’atteindre, je m’engage à défendre les gens qui l’habitent contre toute oppression, si j’en découvre parmi eux. » J’y parvins enfin et trouvai un vieillard qui attisait le feu, entouré de plusieurs femmes réunies. Je leur dis : « Qui êtes-vous ? » Elles répondirent : « Voilà trois jours qu’une femme nous a enfermées : elle est sur le point de mettre au monde son enfant, mais n’arrive pas à s’en délivrer. » Le vieillard, maître des lieux, m’interpella : « Et toi, quelle est ton histoire ? » Je répondis : « Je cherche deux chamelles qui se sont enfuies. » Il me dit : « Je les ai trouvées ; elles sont dans notre troupeau de chameaux. » Je mis donc pied à terre et à peine étais-je descendu que ces femmes s’exclamèrent : « Elle a accouché ! » Le vieillard déclara : « Si c’est un garçon, partez sur-le-champ. Si c’est une fille, je ne veux pas entendre le son de sa voix. » Je lui demandai : « Pourquoi t’en prendre à ton enfant, alors que sa subsistance dépend de Dieu ? » Il répondit : « Je n’en ai pas besoin. » Je dis alors : « Je veux la racheter de toi et la laisser auprès de toi jusqu’à ce qu’elle se détache (1) de toi ou qu’elle meure. » Le vieil homme me dit : « À quel prix ? » Je répondis : « Contre l’une de mes deux chamelles. » Il refusa. Je proposai alors : « Contre les deux, » mais il rejeta à nouveau. « À moins d’ajouter aussi ton chameau, celui-là même, car je le vois jeune et de belle taille. » J’acceptai à condition qu’il me ramène jusqu’aux miens, ce qu’il fit. Quand je partis, je considérai ce que j’avais accompli comme une grâce de Dieu, qui m’avait guidé à cet acte. Dès lors, je fis vœu de ne jamais trouver une fillette enterrée vivante (ma’wôuda) sans la racheter, comme j’avais racheté celle-ci. Et ce ne fut qu’à l’avènement de l’islam, après avoir sauvé cent filles de cette pratique — à l’exception de quatre —, que le Coran descendit pour l’interdire aux gens.
Parmi ceux qui décédèrent cette année-là, on compte notamment : Jabalat ibn al-Ayham al-Ghassânî (2), roi des chrétiens parmi les Arabes. Il s’agit de Jabalat ibn al-Ayham ibn Jabalat ibn al-Hârith ibn Abî Shamir (dont le nom est al-Mundhir ibn al-Hârith). Il est le fils de Mâriyah, surnommée « celle aux deux boucles d’oreilles », elle-même fille de Tha‘labah ibn ‘Amr ibn Jafna (où Jafna est K‘ab ibn ‘Âmir ibn Hârithah ibn Imri’ al-Qays). Quant à Mâriyah, elle est la fille de Arqam ibn Tha‘labah ibn ‘Amr ibn Jafna, bien que certains relatent différemment ses origines. On le connaît aussi sous la kunya Abû al-Mundhir al-Ghassânî al-Jafnî.
Il était roi de Ghassân, chrétiens parmi les Arabes à l’époque de l’empereur Héraclius, et les Ghassânides étaient les cousins des Ansâr — les Aws et les Khazraj. Jabalat fut le dernier roi de Ghassân. Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) lui envoya une lettre par l’entremise de Shujâ‘ ibn Wahb pour l’inviter à l’islam, et Jabalat se convertit, envoyant l’annonce de sa conversion au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) (3). Ibn ‘Asâkir dit cependant : « On rapporte qu’il ne se serait jamais converti. » Al-Wâqidî (4) et Sa‘îd ibn ‘Abd al-‘Azîz l’affirment expressément.