Certains Anciens ont dit : « Ne te laisse pas abuser par les larmes de celui qui se plaint, car il se peut qu’un injuste verse des larmes. » Ils ont évoqué, à ce propos, les pleurs des frères de Joseph lorsqu’ils revinrent vers leur père, la nuit, en larmes, c’est-à-dire sous le couvert de l’obscurité, afin de mieux dissimuler leur traîtrise et non pour se justifier. Ils dirent : « Ô notre père ! Nous sommes partis faire une course et nous avons laissé Joseph auprès de nos affaires (c’est-à-dire nos vêtements), et le loup l’a dévoré durant notre absence alors que nous étions occupés à courir. » Puis ils ajoutèrent : « Tu ne nous croiras pas, même si nous disons la vérité », ce qui signifie : « Tu ne nous accorderas aucune foi au sujet de ce que nous racontons — que le loup l’a dévoré — même si nous n’étions pas suspects à tes yeux. Comment donc nous croirais-tu, alors que tu nous soupçonnes déjà ? Tu craignais que le loup ne le dévore, et nous t’avions garanti qu’il ne lui arriverait rien étant donné notre nombre autour de lui ; nous voilà pourtant considérés comme non fiables à tes yeux, et tu es donc excusable de ne pas nous croire dans ces conditions. »
Ensuite, le verset dit : « Ils vinrent avec sa tunique tachée d’un faux sang », c’est-à-dire un sang factice et forgé, car ils avaient pris un chevreau, l’avaient égorgé puis enduit la tunique du sang de l’animal pour donner l’illusion que le loup l’avait dévoré. Ils oublièrent toutefois de la déchirer, et le propre du mensonge est l’oubli. Comme des indices de doute apparurent sur eux, leur stratagème ne trompa pas leur père. Il savait en effet qu’ils étaient animés d’hostilité et de jalousie envers Joseph, car il aimait ce dernier plus que ses autres enfants, ayant décelé en lui, dès son plus jeune âge, des signes de noblesse et de majesté associées à la Prophétie que Dieu voulait lui conférer. Dès qu’ils obtinrent l’autorisation d’emmener Joseph, ils le privèrent de tout et l’éloignèrent de sa vue ; puis, ils revinrent en versant des larmes, se soutenant les uns les autres dans leur projet. Aussi leur père leur déclara-t-il : « Vos âmes vous ont suggéré quelque chose... La patience est donc belle, et c’est Dieu qu’il faut appeler au secours contre ce que vous racontez. »
Selon les Gens du Livre, ce serait “Reuben” qui aurait proposé de le placer dans le puits afin de pouvoir le récupérer à l’insu des autres et le rendre à son père. Cependant, ceux-là profitèrent d’un moment d’inattention de Reuben pour vendre Joseph à la caravane de passage. Lorsque Reuben revint, en fin de journée, pour le sortir du puits, il ne le trouva pas ; il se mit alors à crier et à déchirer ses vêtements. Quant aux autres, ils prirent un chevreau, l’égorgèrent et imbibèrent de son sang la tunique de Joseph. Lorsqu’il l’apprit, Jacob déchira également les siens, passa un vêtement noir et resta longtemps affligé par la perte de son fils. Cette version-là des événements démontre leur maladresse dans la description et la mise en scène des faits.
Le récit se poursuit : « Une caravane arriva, et ils envoyèrent leur aide puiser de l’eau. Il lâcha son seau dans le puits et s’écria : “Bonne nouvelle ! Voilà un garçon !” Ils le cachèrent comme étant une marchandise, et Dieu avait pleine connaissance de ce qu’ils faisaient (v. 19). Puis ils le vendirent à un prix dérisoire, quelques dirhams comptés, car ils ne lui accordaient guère de valeur (v. 20). Celui qui l’acheta en Égypte dit à sa femme : “Fais-lui bon accueil ; il nous sera peut-être utile ou l’adopterons-nous comme enfant.” C’est ainsi que Nous donnâmes à Joseph une place solide sur terre et que Nous voulions lui enseigner l’interprétation des rêves. Dieu est Maître de Son Ordre, mais la plupart des gens n’en ont pas conscience (v. 21). Lorsqu’il eut atteint sa pleine maturité, Nous lui accordâmes sagesse et savoir. Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants (v. 22). » [Yusuf, 19-22]
Dieu nous informe ici de l’histoire de Joseph lorsqu’il fut jeté dans le puits, attendant que la délivrance divine et la miséricorde de Dieu se manifestent. Une caravane de voyageurs arriva, c’est-à-dire des gens en route, selon les Gens du Livre, chargés de pistaches, de pignons et de fruits secs, se rendant de Syrie en Égypte. C’est ainsi que Joseph fut recueilli et amené en Égypte, où l’attendait la destinée voulue par Dieu.