Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ils dépêchèrent contre lui la police (ash-Shurṭ) et la Bukhāriyya(1), et on l’amena, lui et ses compagnons. Ziyād lui dit : « Malheur à toi, que s’est-il passé ? » Il répondit : « Je demeure fidèle à mon serment d’allégeance envers Muʿāwiya. » Ziyād rassembla alors soixante-dix notables de Kūfa et leur ordonna : « Rédigez vos témoignages contre Ḥujr et ses compagnons. » Ils obéirent, puis il les dépêcha auprès de Muʿāwiya.

La nouvelle parvint à ʿĀʾisha, qui envoya ʿAbd al-Raḥmān b. al-Ḥārith b. Hishām auprès de Muʿāwiya pour intercéder en leur faveur. Cependant, celui-ci constata qu’ils avaient déjà exécuté sept d’entre eux et relâché les sept autres. Ḥujr figurait parmi ceux qui furent tués. Il avait demandé à prier deux rakʿas avant son exécution ; il les prolongea et affirma : « Voilà bien la prière la plus brève que j’aie jamais accomplie. » L’envoyé de ʿĀʾisha arriva une fois le forfait achevé. Plus tard, lorsque Muʿāwiya vint accomplir le pèlerinage, ʿĀʾisha lui dit : « Où donc est passée ta clémence quand tu as mis à mort Ḥujr ? » Il répondit : « Elle s’est évanouie loin de moi, faute de quelqu’un comme toi parmi les miens. »

On raconte qu’ʿAbd al-Raḥmān b. al-Ḥārith demanda à Muʿāwiya : « As-tu donc tué Ḥujr b. al-Adbar ? » Lequel répondit : « Le tuer m’est plus agréable que de devoir tuer cent mille personnes avec lui. » Ibn Jarīr et d’autres rapportent que Ḥujr b. ʿAdī et ses compagnons critiquaient ʿUthmān et formulaient contre lui des accusations injustes ; ils reprochaient beaucoup de choses aux gouverneurs, s’empressaient de les dénoncer et allaient très loin dans leur réprobation. Ils soutenaient les partisans de ʿAlī et montraient une grande rigueur en religion.

On rapporte aussi que lorsque Ḥujr fut emmené enchaîné, en route de Kūfa vers le Shām, ses filles l’accueillirent en chemin en pleurant. Il s’arrêta un instant, puis déclara : « Celui qui vous nourrit, vous abreuve et vous habille, c’est Dieu. Il est vivant, éternel et ne meurt pas. Il sera donc votre soutien après moi. Craignez Dieu, adorez-Le, patientez pour rechercher Sa Face et placez votre confiance en Lui. J’espère de mon Seigneur — exalté soit-Il —, au cours de ce voyage, l’une des deux meilleures issues : soit le martyre, ce qui est le plus grand bonheur, soit revenir sain et sauf auprès de vous. J’implore Dieu qui vous a toujours assurées de Sa subsistance, de ne pas vous délaisser et de me préserver en vous. » Puis il repartit et croisa son peuple, qui invoqua Dieu pour sa délivrance. On l’emmena, lui et ses compagnons, à Marj ʿAdhrāʾ, où ils furent tués et enterrés en direction de la qibla. [Et Dieu leur fit Miséricorde(3).]

Une femme qui faisait partie des sympathisantes prononça des vers pour pleurer la mort de Ḥujr — il s’agirait de Hind bint Zayd b. Makhrama al-Anṣāriyya, ou peut-être, selon d’autres, de Hind, la sœur de Ḥujr ; Dieu sait mieux. Elle dit :

« Élève-toi, ô lune brillante,
Regarde bien, aperçois-tu Ḥujr qui avance ?
Il se rend auprès de Muʿāwiya b. Ḥarb
Pour qu’il le fasse mettre à mort, ainsi l’a décrété l’émir. »

(1) Ainsi dans les manuscrits A, B et dans les « Ṭabaqāt » d’Ibn Saʿd. Dans le manuscrit « Ṭ », le terme utilisé est « al-muḥāraba ». (2) « ʿAzab » signifie « a disparu ». (3) L’expression située entre « ḥāṣiratayn » dans la copie A se trouve dans B et Ṭ avec le même sens, à la différence qu’on y note un changement d’ordre, une anticipation ou un retard, ainsi qu’une substitution de quelques mots et phrases.
بعث إليه الشُّرَطَ والبخاريّة (١) ، فأتي به وبأصحابه، فقال له زياد: ويلك مالك؟ فقال: إني على بيعتي لمعاوية. فجمع زياد سبعين من وجوه أهل الكوفة فقال: اكتبوا شهاداتكم على حُجر وأصحابه، ففعلوا، ثم أوفدهم على معاوية. وبلغ الخبر عائشة، فأرسلت عبد الرحمن بن الحارث بن هشام إلى معاوية تسأله أن يخلي سبيلهم، فوجدهم قد قتلوا منهم سبعة وأطلقوا السبعة الباقين، ولكن كان حُجر فيمن قُتل، وكان قد سألهم أن يصلِّي ركعتين قبل أن يقتلوه، فصلَّى ركعتين طوَّلهما وقال: إنها لأخفُّ صلاة صلَّيتها. وجاء رسول عائشة بعد ما فُرغ من شأنهم، فلما حجَّ معاويةُ قالت له عائشة: أين عَزَبَ (٢) عنك حلمُكَ حين قتلتَ حُجرًا؟ فقال: حين غاب عنِّي مثلُكِ من قومي. ويروى أن عبد الرحمن بن الحارث قال لمعاوية: أقتلتَ حُجر بن الأَدبر؟ فقال معاوية: قتلُه أحبُّ إليَّ من أن أقتل معه مئة ألف. وقد ذكر ابن جرير وغيره عن حُجر بن عدي وأصحابه أنهم كانوا ينالون من عثمان، ويطلقون فيه مقالة الجَوْر، وينتقدون على الأمراء، ويسارعون في الإنكار عليهم، ويبالغون في ذلك، ويتولَّون شيعة علي، ويتشدَّدون في الدين. ويروى أنه لما أُخذ في قيوده سائرًا من الكوفة إلى الشام تلقته بناتُه في الطريق وهن يبكين، فمال نحوهنّ، فسكت ساعة ثم قال: إن الذي يُطعمكنَّ ويَسْقيكنَّ ويكسيكنَّ هو الله، وهو حيٌّ باقٍ لا يموت، وهو لكُنَّ بعدي، فعليكنَّ بتقوى الله وعبادته، والصبر ابتغاء وجهه، والتوكل عليه [وإني لأرجو من ربي – Exalté soit-Il – في وجهي هذا إحدى الحسنَيَيْن: إما الشهادة وهي السعادة الكبرى، وإما الانصراف إليكنَّ في عافية، وإني لأرجو من الله الذي كان يكفيني مؤنتكنَّ ألَّا يضيعَكنَّ، وأن يحفظني فيكنّ. ثم انصرف، فمرَّ بقومه، فجعلوا يدعون اللّه له بالعافية، فأتوا به وبأصحابه مرج عَذْراء، فقُتلوا ودفنوهم مستقبلي القِبلة، (رضي الله عنهم) وعفا عنهم] (٣) . وقد قالت امرأة من المتشيِّعات تَرثي حُجرًا - وهي هند بنت زيد بن مَخْرمة الأنصارية - ويقال: إنها لهند أخت حُجر، فاللّه أعلم: ترفَّعْ أَيُّها القمرُ المُنيرُ … تَبَصَّرْ هَلْ تَرى حُجْرًا يَسِيرُ يَسِيرُ إلى معاويةَ بنِ حَرْبٍ … ليقتُلَهُ كما زَعَمَ الأَمِيرُ
(١) هكذا في أ، ب وطبقات ابن سعد. ووقعت في ط: المحاربة. (٢) "عزب": غاب. (٣) ما بين حاصرتين لفظُه من النسخة أ، وما جاء في ب، ط في المعنى نفسه، إلا أن فيه تقديمًا وتأخيرًا وتبديلًا في بعض الألفاظ والجمل.

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