Hujr et ses compagnons – Elle lui dit : « Où donc est passée ta mansuétude, ô Muʿâwiyah, quand tu as fait exécuter Hujr et ses compagnons ?» Il lui répondit : « Je l’ai perdue quand j’ai été privé, parmi les miens, de quelqu’un comme toi, ô ma mère. » Puis il ajouta : « Comment t’ai-je honorée, ô ma mère ?» Elle répliqua : « Tu es bienveillant à mon égard. » Il conclut : « Cela me suffit auprès de Dieu. Demain, il y aura pour moi et pour Hujr un rendez-vous devant Dieu. »
Dans une autre version, il est rapporté qu’il lui aurait déclaré : « Ce sont seulement ceux qui ont témoigné contre lui qui l’ont tué. »
Ibn Jarîr (1) relate que lorsque la mort s’approcha de Muʿâwiyah, et que son âme s’extirpa difficilement, il répétait : « Mon jour avec toi, ô Hujr ibn ʿAdî, sera bien long. » Il le prononça trois fois. Dieu est le plus Savant.
Muḥammad ibn Saʿd a dit dans son ouvrage “At-Ṭabaqât” (2) : Certains savants ont rapporté que Hujr se rendit auprès du Messager de Dieu (ﷺ) en compagnie de son frère Hânî ibn ʿAdî ; il était alors l’un des compagnons de ʿAlî ibn Abî Tâlib. Lorsque Ziyâd ibn Abî Sufyân fut nommé gouverneur de Kûfa, il convoqua Hujr ibn ʿAdî et lui dit : « Sache que je te connais bien. Autrefois, toi et moi avions l’affection que tu sais pour ʿAlî, mais la situation a changé. Par Dieu, ne verse pas ne serait-ce qu’une goutte de ton sang, sinon je te viderai entièrement de ton sang. Garde ta langue pour toi, demeure chez toi ; je mets mon siège à ta disposition et j’exaucerai tes requêtes. Épargne-moi ta personne, car je connais ton impulsivité. Je t’en conjure devant Dieu : prends garde à cette populace (4) et à ces gens irréfléchis qui pourraient te détourner de ta raison… » Hujr répondit : « Tu as conseillé et averti. » Puis il rentra chez lui.
Les partisans (shîʿa) vinrent alors le trouver et lui dirent : « Qu’a-t-il dit ? » Il répondit : « Il m’a dit ceci et cela. » [Ils répliquèrent : “Il ne t’a pas bien conseillé.”] (5) Puis Ziyâd partit pour Baṣra, et les shîʿa continuaient à rendre visite à Hujr en disant : « Tu es notre aîné et celui que nous suivons dans nos décisions. » Lorsqu’il venait à la mosquée, ils marchaient à ses côtés. ʿAmr ibn Ḥurayth – que Ziyâd avait nommé gouverneur de Kûfa – envoya dire à Hujr : « Que signifie tout ce rassemblement, alors que tu as accordé à l’émir ce que chacun sait ? » Hujr répondit au messager : « Ils désapprouvent ce que vous faites ; éloigne-toi, l’arrière te laisse plus de place. »
ʿAmr ibn Ḥurayth écrivit alors à Ziyâd : « Si tu tiens à Kûfa, hâte-toi de revenir. » Ziyâd s’empressa donc de rejoindre Kûfa. Dès son arrivée, il envoya ʿAdiyy ibn Ḥâtim, Jarîr ibn ʿAbd Allâh al-Bajalî, Khâlid ibn ʿUrfuṭah et plusieurs notables de la ville pour dissuader Hujr de se réunir avec ces gens. Ils se rendirent chez lui et lui parlèrent, mais il ne leur répondit rien, se contentant de dire : « Ô valet ! Donne à manger au chameau. » ʿAdiyy ibn Ḥâtim s’exclama : « Serais-tu fou ? Nous te parlons et tu dis : “Ô valet ! Donne à manger au chameau.” » Il se tourna ensuite vers ses compagnons : « Je n’aurais jamais cru que ce malheureux fût à ce point démuni. » Ils partirent informer Ziyâd de certains propos tenus par Hujr, en taisant d’autres, et ils plaidèrent en sa faveur, demandant à Ziyâd de faire preuve de douceur envers lui, mais ce dernier ne voulut rien entendre.