Parmi les voyageurs, ( «Si vous devez vraiment accomplir ce que vous proposez inévitablement, alors laissez-le ainsi que je vous l’indique, car c’est une mesure moins extrême que le tuer, le bannir ou l’exiler.» ) Ils s’accordèrent tous sur ce plan. À ce moment, il est dit dans le Verset :
«Ils dirent : “Ô notre père, pourquoi ne nous fais-tu pas confiance au sujet de Yûsuf, alors que nous voulons vraiment son bien ? (11) Envoie-le avec nous demain pour qu’il se distraie et joue, et nous veillerons certes sur lui. (12) Il répondit : “Il me peine que vous l’emmeniez loin de moi, et je crains qu’un loup ne le dévore tandis que vous serez inattentifs à lui.” (13) Ils dirent : “Si jamais un loup le dévore alors que nous sommes un groupe uni, nous serons alors vraiment des perdants.”» [Yûsuf : 11-14]
Ils demandèrent donc à leur père de laisser partir avec eux leur frère Yûsuf, tout en lui montrant qu’ils souhaitaient le faire paître avec eux, et qu’il puisse se divertir et se détendre. Mais ils lui préparaient en secret ce qu’Allah seul connaissait. Le vénérable père — sur lui la meilleure prière et la plus complète salutation de la part d’Allah — leur répondit : «Mes fils, il m’est pénible d’être séparé de lui ne serait-ce qu’un instant dans la journée, et en plus, je crains que vous ne soyez absorbés par vos jeux et qu’entre-temps le loup ne vienne le dévorer, puisqu’il est encore petit et que vous ne feriez pas assez attention à lui.»
«Ils dirent : “Si jamais un loup le dévore, alors que nous sommes un groupe, nous serons vraiment des perdants”,» c’est-à-dire : si un loup le prend sous nos yeux, ou si nous nous en détournons au point que cela se produise pendant que nous sommes nombreux, nous serions assurément en situation de faiblesse et de perte. Selon les Gens du Livre, on raconte qu’il l’aurait envoyé derrière eux pour qu’il les rejoigne, mais qu’il se serait égaré en chemin jusqu’à ce qu’un homme le remette sur la bonne route. Ceci est également une de leurs erreurs et méprises dans la traduction, car Ya‘qûb – qu’Allah l’élève en dignité – était bien plus soucieux : il ne l’aurait pas envoyé tout seul !
«Lorsqu’ils l’emmenèrent et se mirent d’accord pour le jeter au fond du puits, Nous lui révélâmes : “Tu les informeras un jour de cet acte qu’ils commettent sans qu’ils s’en rendent compte.” (15) Ils revinrent le soir vers leur père en pleurant. (16) Ils dirent : “Ô notre père, nous sommes partis faire une course, en laissant Yûsuf auprès de nos effets, lorsqu’un loup l’a dévoré. Mais tu ne nous croiras pas, même si nous disons la vérité. (17) Ils apportèrent alors sa tunique tachée d’un faux sang. Il dit : “Non, vos âmes vous ont suggéré quelque chose. Il ne me reste qu’une belle patience, et c’est Allah qu’il faut implorer contre ce que vous racontez.”» [Yûsuf : 15-18]
Ils ne cessèrent de presser leur père jusqu’à ce qu’il accepte de laisser partir Yûsuf avec eux. À peine avaient-ils quitté son regard qu’ils commencèrent à l’injurier, à le malmener, en paroles et en actes, avant de convenir de le jeter au fond de la citerne (c’est-à-dire dans la partie la plus profonde) sur une sorte de saillie rocheuse au milieu du puits, où se tient celui qui, en cas de faible niveau d’eau, descend pour le puiser. Celui qui remonte l’eau au moyen de la corde s’appelle le «mâtih». Alors qu’ils le précipitèrent dans la citerne, Allah lui révéla qu’il ne manquerait pas d’obtenir secours et issue dans cette épreuve qu’il subissait. Plus tard, il informerait ses frères de leur acte, au moment où il serait élevé en dignité alors qu’eux-mêmes seraient dans le besoin et la crainte, sans qu’ils ne reconnaissent qu’il s’agit de lui.
Selon Mujâhid et Qatâda, ils ne s’aperçurent pas qu’Allah lui avait révélé cette promesse (1). Ibn ‘Abbâs rapporte : «Ils ne se doutaient pas non plus qu’il allait leur annoncer la vérité au sujet de leur conduite, à un moment où ils ne le reconnaîtraient pas.» Ibn Jarîr en a également fait le récit (2). Quand ils le jetèrent dans le puits et qu’ils s’en allèrent, ils prirent sa tunique pour la salir avec du sang, puis revinrent auprès de leur père, le soir, en pleurant la perte de leur frère, Yûsuf.