C’est pourquoi, lorsque le Messager d’Allah (que la prière et la paix soient sur lui) fut interrogé : « Qui est la personne la plus noble ? », il répondit : « C’est Youssouf, Prophète d’Allah, fils d’un Prophète d’Allah, fils d’un Prophète d’Allah, fils de l’ami intime (Khalil) d’Allah. » (1)
Ibn Jarîr (2) et Ibn Abî Hâtim le rapportent dans leurs commentaires (Tafsîr), tout comme Abû Ya‘lâ et al-Bazzâr dans leurs Musnads, d’après une chaîne de transmission incluant al-Ḥakam ibn Ẓuhayr – dont la fiabilité a été contestée par les spécialistes – qui le tient de as-Suddî, de ‘Abd ar-Raḥmân ibn Sâbiṭ, de Jâbir. Il fut dit : Un homme parmi les Juifs, nommé « Bustâna le Juif », vint trouver le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) et lui dit : « Ô Muḥammad, informe-moi des noms des astres (kawâkib) que Youssouf a vus se prosterner devant lui : quels sont leurs noms ? » Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) garda alors le silence et ne lui répondit rien. Puis Jibrîl (sur lui la paix) descendit avec leur liste. Le Messager d’Allah le fit donc appeler et lui dit : « Croiras-tu si je t’en informe ? » Il répondit : « Oui. » Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) énuméra alors : « Ce sont Ḥarathân, aṭ-Ṭâriq, adh-Dhi‘âl, Dhû al-Katifayn, Qâbis, Waththâb, ‘Amardân, al-Faylaq, al-Muṣbiḥ, aḍ-Ḍarûḥ, Dhû al-Far‘, aḍ-Ḍiyâ’ et an-Nûr. » Le Juif s’exclama : « Par Dieu, ce sont bien leurs noms ! » (3)
D’après Abû Ya‘lâ, lorsqu’il rapporta cela à son père, celui-ci dit : « C’est un ensemble épars que Dieu rassemblera. Le soleil représente son père, et la lune représente sa mère. » Puis vient la Parole du Très-Haut : « Certes, il y a dans (l’histoire de) Youssouf et de ses frères des signes pour ceux qui interrogent (7). Quand ils dirent : “Youssouf et son frère sont plus aimés de notre père que nous, alors même que nous sommes un groupe. Notre père se trompe clairement (8). Tuez Youssouf ou bien reléguez-le en terre lointaine afin que l’attention de votre père soit entièrement à vous, puis vous deviendrez des gens de bien (9). L’un d’eux dit : “Ne tuez pas Youssouf, mais jetez-le au fond du puits ; quelque caravane le recueillera, si vous voulez vraiment faire quelque chose.” (10) » (Youssouf, v. 7-10).
Dieu attire ici l’attention sur ce que renferme cette histoire en termes de signes, de sagesses, de preuves, d’avertissements et d’enseignements clairs. Puis Il mentionne la jalousie des frères à l’égard de Youssouf en raison de l’amour que leur père lui portait, ainsi qu’à son frère germain (de la même mère), Binyamîn, davantage qu’à eux, alors qu’ils formaient un groupe (une ‘uṣba), affirmant qu’ils étaient donc plus dignes de son affection que ces deux-là. « Certes, notre père est dans un égarement évident », c’est-à-dire qu’il accorde de la préférence à leur amour plutôt qu’au nôtre.
Ils délibérèrent alors entre eux au sujet de le tuer ou de l’éloigner dans une contrée lointaine, de manière à ce que l’amour de leur père se tourne exclusivement vers eux et leur soit entièrement consacré. Ils se dirent ensuite qu’ils se repentiraient à l’avenir. Une fois parvenus à cette entente, « l’un d’eux » dit – selon Muğâhid, il s’agissait de Sham‘ûn ; selon as-Suddî, de Yahudhâ (Juda) ; enfin, selon Qatâda et Muḥammad ibn Isḥâq, c’était le plus âgé, Rubîl : « Ne tuez pas Youssouf, mais jetez-le au fond du puits, afin que quelque caravane de passage le recueille. »