Ô Jaʿd, pleure-le et ne te lasse pas : un pleur sincère, qui n’est pas vain.
Tu ne pourras jamais dissimuler la maison pour un tel homme, ni parmi ceux qui marchent pieds nus ni parmi ceux qui portent des sandales.
Je veux dire celui que les siens ont abandonné aux aléas du temps qui extirpe et ruine.
Lorsqu’il allumait son feu, il l’élevait grâce à sa noblesse de lignée,
afin qu’un indigent dans la détresse ou un homme isolé, sans foyer, pût l’apercevoir.
Il faisait bouillir la viande crue, et lorsqu’elle était cuite, il ne la retirait pas de devant l’invité.
Sufyân ibn ʿUyayna rapporta, d’après Raqabah ibn Maṣqalah : « Lorsque la mort s’approcha de Ḥasan, il dit : “Faites-moi sortir dans la cour afin que je contemple le Royaume des cieux.” On sortit donc son lit, il leva la tête, regarda, puis déclara : “Ô mon Dieu, je T’offre mon âme en guise de rétribution, car c’est l’être qui m’est le plus cher.” Et l’une des faveurs que Dieu lui accorda fut justement qu’il offrit son âme à Lui. »
ʿAbd al-Raḥmân ibn Mahdî dit : « Quand la maladie de Sufyân ath-Thawrî s’aggrava, il fut pris d’une grande angoisse. Marḥûm ibn ʿAbd al-ʿAzîz entra et lui dit : “Pourquoi cette peur, ô Abû ʿAbd Allâh ? Tu vas à la rencontre d’un Seigneur que tu as adoré soixante ans ; pour Lui, tu as jeûné, prié et accompli le pèlerinage…” Alors la peur d’ath-Thawrî se dissipa. »
Abû Nuʿaym dit : « Lorsque la souffrance de Ḥasan ibn ʿAlî s’accentua, il fut gagné par l’angoisse. Un homme vint le voir et lui demanda : “Ô Abû Muḥammad, pourquoi cette angoisse ? Ne s’agit-il pas simplement de la séparation de ton âme et de ton corps, pour ensuite rejoindre tes parents : ʿAlî et Fâṭima ; tes grands-parents : le Prophète (ﷺ) et Khadîja ; tes oncles : Ḥamza et Jaʿfar ; tes oncles maternels : al-Qâsim, aṭ-Ṭayyib, al-Muṭahhar et Ibrâhîm ; ainsi que tes tantes : Ruqayya, Umm Kulthûm et Zaynab ?” Et ainsi son angoisse s’apaisa. »
Selon une autre version, celui qui l’exhorta ainsi était son frère al-Ḥusayn. Ḥasan lui répondit : « Ô mon frère, je suis sur le point d’entrer dans une affaire de Dieu dont je n’ai jamais fait l’expérience, et je vois des créatures de Dieu comme je n’en ai jamais vues auparavant. » À ces mots, al-Ḥusayn (– qu'Allah soit satisfait de lui –) fondit en larmes. Ce récit a été rapporté par ʿAbbâs ad-Dûrî, d’après Ibn Maʿîn. Certains le rapportent aussi d’après Jaʿfar ibn Muḥammad, suivant son père, et relatent quelque chose de semblable.
Al-Wâqidî (1) a dit : « Ibrâhîm ibn al-Faḍl nous a rapporté, d’après Abû ʿAtîq : “J’ai entendu Jâbir ibn ʿAbd Allâh dire : ‘Nous fûmes témoins du jour où mourut Ḥasan ibn ʿAlî, et la discorde faillit éclater entre al-Ḥusayn ibn ʿAlî et Marwân ibn al-Ḥakam, car Ḥasan avait fait à son frère la recommandation d’être enterré auprès du Messager de Dieu (ﷺ). Mais s’il craignait qu’en cela n’éclatât un combat ou un trouble, qu’il l’enterre alors au Baqîʿ.’” »