Un autre a rapporté : Le traité de paix entre eux et l’entrée de Muʿāwiya à Koufa eurent lieu au mois de Rabīʿ al-Awwal de l’an quarante et un. Nous avons déjà traité ce sujet en détail plus haut.
En substance, le pacte conclu avec Muʿāwiya stipulait qu’al-Ḥasan recevrait ce qui se trouvait dans le trésor (Bayt al-Māl) de Koufa ; Muʿāwiya tint parole et al-Ḥasan prit donc son dû, qui se révéla s’élever à cinq millions. Certains affirment qu’il s’agissait plutôt de sept millions. Par ailleurs, il fut convenu que le revenu foncier (kharāj) de Bassora – dit-on aussi, de Dārābgird (1) – lui serait attribué chaque année. Mais les habitants de cette région refusèrent de s’acquitter de cet impôt en sa faveur, si bien que Muʿāwiya le compensa en lui versant chaque année six millions de dirhams. Al-Ḥasan continua à en bénéficier, en plus des présents, des dons et des cadeaux que lui offrait Muʿāwiya lors de chaque venue, et ce jusque sa mort cette année-là.
Muḥammad ibn Saʿd (2) rapporta, d’après Hawdha ibn Khalīfa, d’après ʿAwf, selon Muḥammad ibn Sīrīn : « Lorsque Muʿāwiya entra à Koufa et qu’al-Ḥasan ibn ʿAlī lui fit allégeance, les compagnons de Muʿāwiya dirent à celui-ci : “Ordonne à al-Ḥasan ibn ʿAlī de prononcer un discours à ce sujet. Il est jeune et manque d’aisance à l’oral, peut-être s’embrouillera-t-il et perdra-t-il de sa considération aux yeux du peuple.” Muʿāwiya le lui ordonna donc, et al-Ḥasan prononça alors le discours suivant :
“Ô gens ! Si vous parcouriez les contrées depuis Jābalq jusqu’à Jābars (3) pour tenter de trouver un homme qui ait pour grand-père un prophète, en dehors de moi et de mon frère, vous ne le trouveriez pas. Nous avons donné notre allégeance à Muʿāwiya et estimé qu’il valait mieux épargner le sang des musulmans plutôt que de le verser. Par Dieu, je ne sais pas, cela est peut-être pour vous une tentation et un bien précaire jusqu’à un terme fixé.” Et il montra Muʿāwiya du doigt.
Celui-ci en prit ombrage et déclara : “Qu’as-tu voulu dire par là ?” Al-Ḥasan répondit : “J’en ai voulu ce que Dieu seul en veut.” Muʿāwiya monta ensuite en chaire et prononça son propre discours. Plusieurs transmetteurs (4) ont relaté cet épisode. Nous avons déjà signalé que Muʿāwiya fit des reproches à ses partisans [lorsqu’al-Ḥasan prononça ce discours] (5).
Muḥammad ibn Saʿd (6) rapporta également, selon Abū Dāwūd al-Ṭayālisī, d’après Shuʿba, d’après Yazīd ibn Khumayr, qui déclare avoir entendu ʿAbd al-Raḥmān ibn Jubayr ibn Nufayr al-Ḥaḍramī dire au nom de son père : « Je dis à al-Ḥasan ibn ʿAlī : ‘Les gens prétendent que tu souhaites la fonction de calife.’ Il répondit : ‘Les têtes des Arabes étaient entre mes mains : ils faisaient la paix avec qui je faisais la paix et la guerre avec qui je faisais la guerre. Je les ai délaissées par désir de la Face de Dieu. Et voilà qu’on ravive à nouveau cela entre les gens du Ḥijāz (8) !’ »