Cette année-là, Muʿāwiya destitua ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn al-ʿĀṣ de la gouvernance de l’Égypte et nomma à sa place Muʿāwiya ibn Ḥudayj (1). Au cours de cette même année, la conduite du pèlerinage fut assurée par ʿUtba – ou, selon certains, par son frère ʿAnbasa – ibn Abī Sufyān; Dieu sait mieux (ce qu’il en est).
Parmi ceux qui décédèrent cette année, on compte Qays ibn ʿĀṣim al-Minqarī (2). Il était l’un des notables aussi bien à l’époque préislamique (Jâhilîya) que sous l’islam. Il avait interdit le vin durant la Jâhilîya, parce qu’un jour, alors qu’il était enivré, il importuna une proche parente qui s’enfuit. Le lendemain, on lui rapporta l’incident, et il proscrivit le vin, déclarant à ce propos:
«J’ai constaté que le vin diminue l’honneur et comporte des tares qui déshonorent l’homme noble.
Par Dieu, je ne la boirai jamais de mon vivant,
Et ne m’en servirai jamais pour me soigner.» (3)
Il embrassa l’islam lors de la venue de la délégation des Banû Tamîm (4). Selon certains hadiths, le Messager de Dieu (ﷺ) aurait dit à son sujet: «Voici le chef (sayyid) des habitants des tentes» (5). Il était généreux, très loué et d’un noble caractère. C’est de lui que parla un poète (6) à sa mort:
«La disparition de Qays n’est pas celle d’un simple individu,
Mais la chute de l’édifice d’une tribu tout entière.»
[D’autres disent que ce vers fut en réalité prononcé par al-Khansâʾ au sujet de son frère Sakh’r] (7).
Al-Aṣmaʿî raconta: «J’ai entendu Abû ʿAmr ibn al-ʿAlâʾ et Abû Sufyân ibn al-ʿAlâʾ rapporter que l’on demanda un jour à al-Aḥnaf ibn Qays: “De qui as-tu appris la mansuétude (ḥilm)?” Il répondit: “De Qays ibn ʿĀṣim al-Minqarī. En effet, nous nous rendions chez lui pour juger nos affaires tout comme on se rend auprès des jurisconsultes pour leurs avis juridiques. Un jour, alors que nous étions assis auprès de lui, il se tenait devant sa demeure, enroulé dans son manteau. Une troupe arriva, tenant avec elle un homme assassiné et un autre ligoté – le premier étant son fils, et le second le fils de son frère. Ils lui dirent: ‘Voici ton fils, tué par le fils de ton frère.’ Alors, par Dieu, il ne dénoua même pas…”»