Il nomma (1) Tufayl ibn ‘Awf al-Yachkurî gouverneur du Khorassan. Or Tufayl était l’ennemi d’Ibn al-Kawwâ’. Lorsque Ibn al-Kawwâ’ l’apprit, il déclara : « Ibn Dajâja ne me connaît guère. Pense-t-il que la nomination de Tufayl au Khorassan puisse me porter préjudice ? J’aimerais qu’il ne reste sur terre aucun Yachkurî qui ne me déclare son hostilité, et qu’il (Tufayl) les gouverne. » (2)
C’est alors que Muʿâwiya révoqua Ibn ʿÂmir du gouvernement de Bassora et envoya à sa place al-Hârith ibn ʿAbd Allâh al-Azdî. On raconte que Muʿâwiya fit venir Ibn ʿÂmir pour lui rendre visite ; Ibn ʿÂmir se rendit donc auprès de Muʿâwiya à Damas, fut reçu avec honneur et rétabli dans sa fonction. Au moment de prendre congé, Muʿâwiya lui dit : « Je te demande trois choses ; dis : “Elles sont tiennes.” » Ibn ʿÂmir répondit : « Elles sont tiennes, et je suis le fils d’Umm Ḥakîm. » (3)
Muʿâwiya poursuivit : « Tu me rends mon poste (de gouverneur) sans t’irriter. » Ibn ʿÂmir répondit : « C’est fait. » Muʿâwiya dit : « Tu me fais don de ta propriété à ʿArafa. » – « C’est fait », reprit Ibn ʿÂmir. Muʿâwiya dit encore : « Et tu me fais don de tes demeures à La Mecque. » – « C’est fait », répondit-il. Alors Muʿâwiya lui lança : « Que les liens du sang t’honorent ! » Ibn ʿÂmir s’exclama : « Ô Commandeur des croyants, à mon tour de te demander trois choses ; dis : “Elles sont tiennes.” » Muʿâwiya répondit : « Elles sont tiennes, et je suis le fils de Hind. » (4)
Ibn ʿÂmir dit : « Tu me rends ma propriété à ʿArafa. » Muʿâwiya acquiesça : « C’est fait. » Ibn ʿÂmir poursuivit : « Tu ne contrôles ni ne mets en examen aucun de mes agents ou gouverneurs. » – « C’est fait », répondit Muʿâwiya. Ibn ʿÂmir ajouta : « Et tu me donnes ta fille Hind en mariage. » – « C’est fait », répondit-il. On raconte aussi que Muʿâwiya laissa le choix à Ibn ʿÂmir entre ces trois requêtes et le gouvernement de Bassora ; celui-ci opta pour ces trois faveurs et se trouva ainsi déchargé du commandement de Bassora.
Ibn Jarîr (5) rapporte qu’au cours de cette même année, Muʿâwiya reconnut la filiation de Ziyâd ibn Abîh ibn Sumayya en l’attribuant à son père Abû Sufyân. En effet, un homme (de la tribu de ʿAbd al-Qays) (6) témoigna qu’Abû Sufyân avait avoué avoir forniqué avec Sumayya, la mère de Ziyâd, à l’époque préislamique, et qu’elle était tombée enceinte de lui. Après cette reconnaissance, on désigna Ziyâd sous l’appellation de « Ziyâd ibn Abî Sufyân ».
Al-Ḥasan al-Baṣrî a cependant rejeté cette attribution de paternité, évoquant la parole du Messager de Dieu (ﷺ) : « L’enfant revient au lit (du mari) et pour le fornicateur, la pierre. » (7)