Il a assouvi son désir et a laissé derrière lui un opprobre… si jamais on évoque de tels exemples, ils emplissent la bouche (1).
L’imam Aḥmad (2) a dit : « ʿAlī ibn Isḥāq nous a rapporté : ʿAbd Allāh – c’est-à-dire Ibn al-Mubārak – nous a rapporté la parole de Ibn Lahīʿa, lequel m’a relaté, d’après Yazīd ibn Abī Ḥabīb, que ʿAbd al-Raḥmān ibn Shumāsah l’a informé en disant :
“Lorsque ʿAmr ibn al-ʿĀṣ se trouva à l’agonie, il se mit à pleurer. Son fils, ʿAbd Allāh, lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? Serais-tu effrayé par la mort ? » Il répondit : « Non, par Dieu, mais je redoute ce qui vient après la mort. » Alors son fils lui dit : « Tu as pourtant accompli du bien. » Puis il se mit à lui rappeler sa compagnie auprès du Messager de Dieu (que Dieu le couvre de bénédictions et de paix) et la conquête du Shām. ʿAmr déclara : « Mais j’ai laissé derrière moi quelque chose de plus précieux que tout cela : l’attestation qu’il n’est de dieu que Dieu. En vérité, j’ai connu trois états (3), et dans chacun je me connais bien moi-même.
Le premier, c’est lorsque j’étais mécréant et plus hostile que quiconque au Messager de Dieu (ﷺ). Si j’étais mort à cette époque, le Feu m’aurait été assuré. Ensuite, lorsque j’ai prêté allégeance au Messager de Dieu (ﷺ), j’étais la personne la plus pudique devant lui, au point de ne jamais oser le regarder fixement ni même le questionner sur ce que je voulais, tant j’étais gêné, jusqu’à ce que Dieu le rappelle à Lui. Si j’étais mort à ce moment-là, les gens auraient dit : “Félicitations à ʿAmr : il s’est converti à l’islam, a suivi la bonne voie et est mort ainsi. Nous espérons le Paradis pour lui.”
Puis, je me suis engagé dans le pouvoir (as-sulṭān) et dans d’autres affaires dont j’ignore si elles jouent en ma faveur ou contre moi. Ainsi, si je meurs, ne laissez aucune pleureuse sangloter sur mon sort, ne me suivez pas en me louant ni avec du feu. Serrez solidement le pagne autour de ma taille, car je comparaîtrai en procès, et répandez sur moi la terre à la volée (5) : mon flanc droit n’est pas plus digne de la terre que mon flanc gauche. Ne posez ni bois ni pierre dans ma tombe ; et quand vous m’aurez enseveli, restez près de moi autant de temps qu’il faut pour abattre un chameau et le dépecer (6), afin que je m’habitue à votre présence.”
Muslim a rapporté ce ḥadīth dans son Ṣaḥīḥ (7), d’après Yazīd ibn Abī Ḥabīb, avec une chaîne de transmission similaire, et il contient plusieurs ajouts louables qui ne figurent pas dans cette version. Parmi eux, on trouve : « afin que je m’habitue à vous et que je sache ce que je vais répondre aux messagers de mon Seigneur. »
Dans une autre version, il est dit qu’après cela, il tourna son visage vers le mur en répétant : « Ô Seigneur, Tu nous as ordonné et nous T’avons désobéi, Tu nous as interdit et nous n’avons pas respecté Ton interdiction ; nous n’avons d’autre recours que Ton pardon. »
Dans un autre récit, on rapporte qu’il posa sa main à l’endroit où serait posé le carcan au cou, leva la tête vers le ciel et s’exclama : « Ô Seigneur, je ne suis ni fort pour me défendre, ni innocent pour m’excuser, ni orgueilleux, mais je demande Ton pardon. Il n’y a de dieu que Toi. » Il n’a cessé de répéter ces paroles jusqu’à sa mort (8).