Les kharijites déclarèrent alors : « Que Dieu fasse miséricorde à nos frères du fleuve : ils vous connaissaient mieux que quiconque, ô gens de Koufa. » Ils s’affrontèrent et les gens de Koufa les mirent en déroute avant de les chasser.
Par la suite, Muʿawiya voulut confier la gouvernance de Koufa à ʿAbd Allâh ibn ʿAmr ibn al-ʿĀs. Al-Mughīra ibn Shuʿba lui dit : « Vas-tu donc le placer à la tête de Koufa alors que son père se trouve en Égypte ? Ne risques-tu pas de te retrouver entre les mâchoires du lion ? » Il le dissuada ainsi de sa décision et Muʿawiya nomma finalement al-Mughīra ibn Shuʿba à ce poste.
Plus tard, ʿAmr ibn al-ʿĀs s’entretint avec Muʿawiya et lui demanda : « Vas-tu confier la perception de l’impôt (al-kharāj) à al-Mughīra ? Pourquoi ne nommes-tu pas quelqu’un d’autre pour la charge du kharāj ? » Muʿawiya écarta alors al-Mughīra de la gestion de l’impôt et ne le laissa chargé que de la prière. Al-Mughīra s'en entretint avec ʿAmr, qui lui répondit : « N’as-tu pas conseillé au commandeur des croyants (Amīr al-Mu’minīn) de nommer ʿAbd Allâh ibn ʿAmr ? – Certes, répondit-al-Mughīra. – C’est donc l’équivalent de ce que tu as fait. »
La même année, Humrān ibn Abān se révolta à Bassora, s’en empara et y exerça son pouvoir sans partage. Muʿawiya envoya alors une armée pour le tuer, lui et les siens. Abū Bakra al-Thaqafī se rendit auprès de Muʿawiya et intercéda en sa faveur afin qu’il fasse preuve de clémence et de pardon ; Muʿawiya les gracia donc et les libéra. Il nomma Busr ibn Abī Arṭāt comme gouverneur de Bassora. Celui-ci exerça ensuite son autorité contre les enfants de Ziyād car il avait reçu l’ordre de les exécuter. En effet, Muʿawiya avait écrit à leur père pour qu’il vînt sans délai, mais celui-ci tarda. Busr ibn Abī Arṭāt lui adressa de son côté une missive le menaçant clairement : « Si tu ne te hâtes pas de rejoindre le commandeur des croyants, je tuerai tes fils. » Abū Bakra intercéda alors auprès de Muʿawiya afin qu’il leur accorde sa protection et il obtint pour eux la garantie de sécurité.
Muʿawiya s’adressa un jour à Abū Bakra en ces termes : « As-tu un conseil à me donner ? » Il répondit : « Oui. Je t’enjoins, ô commandeur des croyants, de prendre soin de toi-même et de tes administrés, et d’agir avec droiture. Tu as accepté une lourde responsabilité : la succession de Dieu sur Ses créatures. Crains donc Dieu, car tu as une limite que tu ne pourras pas franchir, et un poursuivant qui te traque ardemment. Bientôt, il te rejoindra et tu te retrouveras devant Celui qui t’interrogera sur ce que tu as fait, sachant cela mieux que toi-même. Ce ne sera qu’examen et interrogatoire. Ne privilégie donc rien au détriment de la satisfaction de Dieu. »
Vers la fin de cette année, Muʿawiya confia finalement Bassora à ʿAbd Allâh ibn ʿĀmir. Il désirait initialement en confier la gouvernance à ʿUtba ibn Abī Sufyān, mais Ibn ʿĀmir lui dit : « J’y possède des biens et des dépôts, si tu ne me la donnes pas, je suis perdu. » Il le nomma donc à ce poste et accéda à sa demande.
Abū Maʿshar rapporte qu’ʿUtba ibn Abī Sufyān fit le pèlerinage (ḥajj) cette même année. Quant à al-Wāqidī, il affirme qu’il s’agissait plutôt de ʿAnbasa ibn Abī Sufyān. Dieu seul sait la vérité.
Parmi les notables décédés cette année-là, on compte Rifāʿa ibn Rāfiʿ (fils de Mālik ibn al-ʿAjlān). Il avait participé au pacte d’al-ʿAqaba, puis à la bataille de Badr et à toutes celles qui suivirent.