Al-Tabarânî rapporta d’après Ibn ‘Abbâs que ce dernier aurait dit : « J’ai toujours été convaincu que Mu‘âwiya accéderait à la royauté [et à l’autorité] (1) grâce à ce verset. Nous en avons déjà rapporté la chaîne de transmission et le contenu lors de l’exégèse de ce verset. » Lorsque Mu‘âwiya refusa de prêter allégeance à ‘Alî, il se produisit à Ṣiffîn ce que nous avons déjà mentionné. Puis l’affaire en arriva à l’arbitrage. Il en advint, concernant ‘Amr ibn al-‘Âṣ et Abû Mûsâ, ce que nous avons déjà exposé, montrant ainsi la force apparente du parti du Shâm (2). La situation de Mu‘âwiya se consolida, tandis que ‘Alî, dont les partisans étaient en pleine dissension, finit par être tué par Ibn Muljam, comme nous l’avons précédemment rappelé.
À ce moment-là, les gens d’Irak prêtèrent serment d’allégeance à al-Hasan ibn ‘Alî, tandis que les gens du Shâm prêtèrent serment à Mu‘âwiya. Al-Hasan marcha alors avec les troupes irakiennes, bien qu’il n’en eût pas l’intention première, et Mu‘âwiya avança avec les gens du Shâm. Quand les deux armées se firent face et que les deux camps se trouvèrent opposés, l’on s’efforça d’obtenir la réconciliation entre eux. La situation aboutit alors au choix d’al-Hasan de se démettre du califat et de remettre le pouvoir à Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân, en rabî‘ al-awwal de cette année-là, c’est-à-dire l’an quarante et un. Mu‘âwiya entra ensuite à Kûfa et y prononça un vibrant sermon après en avoir reçu l’allégeance. Les contrées, de l’Est à l’Ouest, du proche au lointain, se rallièrent à lui. Cette année fut appelée « l’Année de l’Unité » (ʿâm al-jamâ‘a), car l’autorité se trouva alors entre les mains d’un seul émir après la discorde.
Mu‘âwiya nomma Fadâla ibn ‘Ubayd juge (qâdî) du Shâm, puis Abû Idrîs al-Khawlânî lui succéda. Celui qui commandait sa police était Qays ibn Hamza, et son secrétaire, en même temps que chargé de ses affaires, était Sarjûn (3) ibn Manṣûr ar-Rûmî. On dit également que Mu‘âwiya fut le premier à se doter d’une garde rapprochée et à sceller les correspondances officielles. Le premier événement marquant de son règne (– qu'Allah soit satisfait de lui –) fut l’insurrection d’un groupe de kharijites contre lui.
La cause en fut que, lorsque Mu‘âwiya entra à Kûfa et que s’en allèrent al-Hasan ibn ‘Alî et sa famille vers le Hijâz, un groupe de kharijites—près de cinq cents—déclara : « Voilà qui ne fait plus aucun doute : prenez la route pour combattre Mu‘âwiya ! » Ils marchèrent jusqu’à s’approcher de Kûfa, conduits par Furwa ibn Nawfal (4). Mu‘âwiya envoya alors une troupe de cavaliers provenant des gens du Shâm, mais les kharijites mirent en déroute les Syriens. Mu‘âwiya déclara alors aux gens de Kûfa [qu’ils ne bénéficieraient] (5) d’aucune sûreté tant qu’ils ne maîtriseraient pas leurs fauteurs de troubles. Les Kufiens sortirent donc affronter les kharijites.
Les kharijites leur dirent : « Malheur à vous ! Que voulez-vous ? Mu‘âwiya n’est-il pas votre ennemi comme il est le nôtre ? Laissez-nous donc le combattre : si nous le vainquons, nous vous en serons quittes ; et s’il nous abat, vous en serez également débarrassés. » Mais ils répondirent : « Non, par Dieu, nous n’aurons de cesse de vous combattre ! »