(1) Il les méprisa avec une très grande aversion et, à ce moment-là, il écrivit à Muʿawiya ibn Abī Sufyān – qui s’était mis en route avec les gens de Syrie [pour combattre les gens d’Irak] et avait campé à Maskan – afin de négocier la paix entre eux. Muʿawiya lui envoya alors ʿAbd Allāh ibn ʿĀmir et ʿAbd al-Raḥmān ibn Sumura, qui arrivèrent auprès de lui à Kufa et lui offrirent les sommes qu’il réclamait. Al-Ḥasan exigea notamment de prélever cinq millions (cinq mille mille) de dirhams sur le trésor public (Bayt al-Māl) de Kufa, de bénéficier du kharāj de la région de Dār Abjard (entre autres conditions) et que ʿAlī ne fût pas maudit en sa présence. Si tout cela était accepté, il renoncerait au pouvoir au profit de Muʿawiya et épargnerait ainsi le sang des musulmans. Ils se réconcilièrent donc, et l’autorité se réunit sous Muʿawiya, comme nous l’expliquerons plus loin. Al-Ḥusayn reprocha à son frère al-Ḥasan (2) ce choix, mais celui-ci n’en tint pas compte. La justesse revenait néanmoins à al-Ḥasan – comme nous le prouverons bientôt. Al-Ḥasan ibn ʿAlī envoya ensuite l’ordre à son chef d’avant-garde (3), Qays ibn Saʿd, d’obéir à Muʿawiya, mais Qays refusa et déserta leur autorité à tous deux, se retirant avec ceux qui le suivaient. Plus tard, il revint pourtant sur sa position et prêta allégeance à Muʿawiya après peu, comme nous le verrons.
On rapporte généralement que l’allégeance d’al-Ḥasan à Muʿawiya eut lieu en l’an 40, raison pour laquelle on appelle cette année « l’année de l’union » (ʿām al-jamāʿa), vu que la communauté se rassembla sous Muʿawiya. Cependant, selon le témoignage d’Ibn Jarīr (4) et d’autres spécialistes des récits, cela se serait produit au début de l’an 41, comme (5) nous le mentionnerons, si Dieu le veut. Cette année-là – c’est-à-dire en l’an 40 – la responsabilité du pèlerinage incomba à al-Mughīra ibn Shuʿba (6). Ibn Jarīr (7), se fondant sur le récit d’Ismāʿīl ibn Rāshid, prétend que Mughīra ibn Shuʿba aurait fabriqué de toutes pièces une lettre au nom de Muʿawiya afin qu’il puisse exercer l’office d’émir du ḥajj cette année-là. ʿUtba ibn Abī Sufyān, de son côté, arriva avec une missive de son frère lui accordant cette même fonction. Mughīra, pour le devancer, aurait alors fait stationner les pèlerins au huitième jour afin de prendre les devants. Or, ce que rapporte Ibn Jarīr n’est pas recevable, et l’on n’imagine pas qu’al-Mughīra (que Dieu l’agrée) ait agi de la sorte. Nous le signalons seulement pour montrer que cela est faux et qu’il s’agit vraisemblablement d’une anecdote colportée par des tendances chiites.
Ibn Jarīr (8) rapporte encore que, cette même année, on prêta allégeance à Muʿawiya à Īliyā (Jérusalem). En effet, après la mort de ʿAlī, les gens de Syrie s’étaient rassemblés derrière Muʿawiya pour le proclamer Prince des Croyants, puisqu’il ne restait plus personne pour lui contester le pouvoir dans cette région. De leur côté, les gens d’Irak élevèrent al-Ḥasan ibn ʿAlī (que Dieu l’agrée) pour s’opposer aux gens de Syrie, mais ils ne purent accomplir ce qu’ils désiraient et entreprenaient, leur échec provenant de leur propre conduite et de leurs avis divergents, contraires à ceux de leurs dirigeants. S’ils avaient été clairvoyants, ils auraient grandi la grâce que Dieu leur avait accordée en leur permettant de prêter allégeance (9) au fils