Il (le plus grand de ses fils) fut enterré, comme nous l’avons mentionné, dans la demeure du pouvoir (à Koufa), selon l’opinion la plus exacte de ce que rapportent les gens. Lorsque l’on eut fini de s’occuper de lui(1), celui qui s’avança le premier auprès de al-Hasan ibn ‘Ali (qu’Allah l’agrée) fut Qays ibn Sa‘d ibn ‘Ubada. Il lui dit : « Tends ta main pour que je te prête allégeance selon le Livre de Dieu et la sunna de Son Prophète. » Al-Hasan garda le silence, puis il prêta allégeance, et les gens lui prêtèrent allégeance après lui. Cela se produisit le jour de la mort de ‘Ali. On rapporte que sa mort survint le jour où il fut frappé, un vendredi 17 ramadan de l’an 40, selon certains. D’autres ont dit qu’il ne mourut que deux jours après sa blessure(2). Certains encore situent sa mort dans la dernière décade de ramadan. À partir de ce jour, al-Hasan ibn ‘Ali exerça l’autorité.
Quant à Qays ibn Sa‘d, il était gouverneur de l’Azerbaïdjan et commandait quarante mille combattants qui avaient fait allégeance à ‘Ali jusqu’à la mort. Lorsqu’‘Ali mourut, Qays ibn Sa‘d insista auprès de al-Hasan pour la mobilisation(4) contre les gens de Syrie. Mais al-Hasan releva Qays de son poste de gouverneur d’Azerbaïdjan et y nomma ‘Ubayd Allah ibn ‘Abbas à sa place, car al-Hasan n’avait pas l’intention de combattre qui que ce fût. Cependant, ils le dominèrent dans ses décisions et la foule se rassembla en un nombre considérable, sans précédent — parce que les gens avaient gravité vers al-Hasan avec un grand élan d’amour et d’obéissance, puisqu’il était le petit-fils du Messager de Dieu (paix et salut sur lui) et sa « fleur » chérie. Al-Hasan ibn ‘Ali désigna alors Qays ibn Sa‘d ibn ‘Ubada à la tête de l’avant-garde, forte de douze mille hommes, et il s’avança lui-même avec les armées à sa suite, se dirigeant vers la Syrie pour combattre Mu‘awiya et les Syriens(6).
Lorsqu’il passa par al-Madâ’in, il y fit halte et envoya l’avant-garde devant lui. Tandis qu’il campait à l’extérieur de la ville, un crieur s’écria parmi les gens(7) : « Qays ibn Sa‘d ibn ‘Ubada a été tué ! » Alors, ce fut l’émeute : les gens se mirent à piller les biens les uns des autres(8), allant jusqu’à s’emparer de la tente d’al-Hasan, et même du tapis sur lequel il était assis. Certains le poignardèrent au moment où il chevauchait, d’un coup grave qui l’affaiblit et le blessa. Al-Hasan les détesta alors d’une profonde aversion, enfourcha sa monture et pénétra dans le « Palais blanc » de al-Madâ’in, où il s’installa en étant blessé. Celui qui administrait al-Madâ’in pour lui était Sa‘d ibn Mas‘ud al-Thaqafî — le frère d’Abû ‘Ubayd, le héros du « Jour du Pont »(10).
Lorsque al-Hasan se fut établi dans le palais, al-Mukhtâr ibn Abî ‘Ubayd — qu’Allah l’enlaidisse — dit à son oncle Sa‘d ibn Mas‘ud : « Ne souhaites-tu pas la noblesse et la richesse ? » Il répondit : « Que veux-tu dire ? » Il répliqua : « Tu te saisis de al-Hasan ibn ‘Ali, tu l’enchaînes, et tu l’envoies(11) à Mu‘awiya. » Son oncle lui dit : « Qu’Allah te déshonore, ainsi que ce que tu viens de proposer ! Trahirais-je le petit-fils du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) ? » Lorsque al-Hasan ibn ‘Ali vit son armée se disperser(12)