Il continua de garder les troupeaux de son oncle pendant encore six années après avoir épousé les deux filles, de sorte que la durée totale de son séjour s’éleva à vingt ans. Jacob demanda alors à son oncle, Laban, de le laisser partir pour rejoindre sa famille.
Laban lui répondit : « J’ai été béni grâce à toi ; demande-moi donc de mes biens ce que tu veux. » Jacob déclara : « Donne-moi tout agneau qui naîtra cette année de couleur tachetée (1), tout agneau blanc marqué de noir, toute bête grise (2) présentant du blanc, ainsi que toute chèvre blanche (3) parmi tes caprins. » Laban accepta. Cependant, les fils de Laban mirent à part, à trois jours de marche de chez leur père, tous les boucs arborant ces marques, afin que rien de semblable ne naisse dans son troupeau.
On raconte ensuite que Jacob prit des branches fraîches et blanches de l’amandier et du platane ; il les pela par endroits et les plaça dans les abreuvoirs, de sorte que les brebis, en les voyant, fussent impressionnées et que les fœtus remuassent dans leur ventre, prenant alors de telles couleurs à la naissance. Il s’agit là d’un fait extraordinaire assimilé à un miracle. Ainsi, Jacob obtint une abondance de bétail, de serviteurs et de servantes. Mais le visage de son oncle et de ses fils changea à son égard, comme s’ils éprouvaient du ressentiment.
Dieu, exalté soit-Il, révéla à Jacob de retourner au pays de son père et de son peuple, en lui promettant Son assistance. Jacob transmit la nouvelle à sa famille, qui l’accueillit sans délai et lui obéit. Il emmena alors ses proches et ses biens, tandis que Rachel vola les idoles de son père. Quand tous eurent quitté la contrée, Laban et les siens les poursuivirent. Une fois qu’il eut rejoint Jacob, Laban le réprimanda d’être parti à son insu, lui reprochant de ne pas l’avoir prévenu pour qu’il pût les accompagner dans la joie, en musique et avec tambours, et pour prendre congé de ses filles et de leurs enfants. Il s’étonna également de la disparition de ses idoles, ignorant que Jacob n’en savait rien. Ce dernier nia alors toute implication. Laban fouilla les demeures de ses filles et de leurs servantes, mais ne trouva rien, car Rachel avait caché les idoles dans la housse de la selle sous elle, prétextant qu’elle ne pouvait se lever étant indisposée. Il ne put donc rien découvrir.
C’est alors que Laban et Jacob conclurent un pacte sur une colline appelée « Gilead », s’engageant mutuellement à ne pas maltraiter les filles de Laban, à ne pas prendre d’autres épouses et à ne pas franchir cette colline pour envahir le territoire de l’autre. Ils préparèrent un repas où leurs gens mangèrent et burent avec eux, puis chacun prit congé et retourna dans son pays.
Lorsque Jacob se rapprocha de la région de Séïr, des anges vinrent l’accueillir pour lui annoncer son arrivée. Jacob envoya alors des messagers à son frère Ésaü en faisant preuve de douceur et d’humilité. Cependant, les envoyés revinrent lui apprendre qu’Ésaü se dirigeait vers lui avec quatre cents hommes. Saisi de crainte, Jacob invoqua Dieu et L’implora, en Lui rappelant l’alliance et la promesse qu’Il lui avait faites. Il Le supplia de le protéger du mal de son frère Ésaü et prépara à son intention un présent considérable, composé de deux cents brebis.
(1) Terme traduit ici par « tacheté » ou « moucheté ».
(2) Dans le sens de bête au pelage mêlant des nuances, souvent gris ou blanchâtre.
(3) La chèvre blanche peut désigner un animal marquant nettement par sa robe claire au niveau de la tête.